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2 décembre 2011

Dans le terrier du lapin blanc

Juan Pablo Villalobos
éditions Actes Sud, 12/2011


Orphelin de mère, Tochtli est un petit garçon comme les autres qui a pour papa un héros. Son héros travaille : il fait commerce de cocaïne, il est très riche - ses doigts sont couverts de bagues en or et en diamants, et très puissant - quand il reçoit des invités (crapules associées, prostituées, politiciens véreux …) on ne sait pas s’ils sont encore des gens ou déjà des cadavres. Comme tous les enfants, il aime jouer. Avec les mots, les chapeaux, les sabres. Et il excelle au jeu des questions / réponses. Quelqu’un annonce une quantité d’impacts dans une partie du corps et l’autre répond : “vivant, cadavre ou pronostic réservé”. Par exemple “trente balles dans l’ongle du petit orteil du pied gauche ?” : “vivant”. Entouré d’une “bande de mecs”, il ne quitte jamais le terrier. Il a un précepteur qui lui enseigne l’histoire et la géographie et lui transmet son obsession pour le Japon, le code d’honneur des samouraïs, et pour l’histoire de France. Tochtli aime beaucoup les Français, si délicats, qui enlèvent la couronne du roi avant de lui couper la tête pour éviter de la cabosser. Quand il manifeste l’envie de visiter un zoo, papa lui achète un lion et deux tigres.

Mais quand il s’agit d’un désir a priori impossible à assouvir, comme des hippopotames nains du Libéria en voie d’extinction ? On enfreint les règles de sécurité et on embarque pour une odyssée délirante et initiatique en direction de Monrovia. Papa peut tout. Rien ni personne ne lui résiste. Et cette omnipotence astronomique pèse lourd dans la construction de l’imaginaire de l’enfant, pour qui il n’existe aucune opposition entre le monde fantastique où tout est possible et le monde du réel. Mexicaniste jusqu’à l’absurde - les prénoms de tous les personnages comme l’enfant Tochtli : lapin, le père Yolcaut : serpent à sonnette, sont empruntés au dialecte náhuatl, la langue indigène la plus parlée au Mexique - l’auteur transpose cette violence prégnante dans d’autres cultures pour l’affilier à une longue tradition humaine. Il semblerait que toutes les civilisations comptent leurs coupeurs de têtes et qu’il ne soit pas si rare que les petits lapins se transforment en serpents à sonnette.

Juan Pablo Villalobos est né au Mexique en 1973. Il a fait des études de marketing et de littérature et vit à Barcelone. Dans le terrier du lapin blanc est son premier roman.

Source : Actes Sud

21 novembre 2011

Los infiltrados

David Aponte
Grijalbo, 2010

Los infiltrados : il y a un peu plus de deux ans la DEA a détecté des liens entre la cartel de Sinaloa et  des membres de l’ambassade des Etats-Unis.  Alors, on a découvert un réseau d’espionnage et de complicités entre policiers, militaires et crime organisé.

L’originalité de ce livre réside dans le fait que David Aponte donne la parole à des « témoins protégés » par les instances officielles en échange d’informations permettant d’arrêter des membres des cartels ou d’infiltrer ces mêmes cartels. Ces témoins sont quelques uns  des délinquants arrêtés pendant « l’Opération Propreté ».

L'Operación Limpieza (Opération Propreté) est une opération des bureaux du procureur général de la République du Mexique. Mise en œuvre fin 2008, elle a permis l'arrestation de nombreux fonctionnaires corrompus par les cartels de la drogue, y compris au sein du SIEDO (Subprocuraduría de Investigación Especializada en Delincuencia Organizada), spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de stupéfiants et placé sous l'autorité du ministre à la Sécurité publique. Fin février 2009, le ministre Medina Mora annonçait que 25 hauts fonctionnaires avaient été inculpés dans le cadre de cette enquête, dont le chef du SIEDO lui-même (Wikipedia). 

Le côté intéressant de ce livre est, qu’à travers les témoignages on perçoit la psychologie de ces délinquants qui considèrent souvent qu’ils font un travail comme un autre même quand ils doivent torturer ou tuer, leur attrait pour l’argent, la jalousie qui les anime.

Par ailleurs David Aponte réalise tout un travail journalistique d’investigation, aide le lecteur à s’y retrouver parmi les cartels, leurs chefs et il nous montre l’envers de cette lutte anti-narco menée par le président Calderón,  la faiblesse de certaines institutions, le pouvoir de corruption du narcotrafiquant, prêt à payer n’importe quel prix pour avoir des appuis dans ces mêmes institutions pour faire capoter des opérations d’envergure contre tel ou tel cartel.

David Aponte est né à Mexico en 1961. Il est journaliste et a travaillé pour La Jornada, El Independiente et El Universal où il se trouve actuellement, se spécialisant dans la chronique urbaine et politique. Il a aussi travaillé pour les revues Cambio et Nexos. Il a enseigné la communication et les relations internationales à l’université Ibéro-américaine. Il est le co-auteur de Viento rojo, 10 historias del narco en México ( Plaza y Janéq 2004) et Haití, isla pánico (Grijalbo 2010).

MA.B.

7 octobre 2011

3e festival international des littératures policières

Toulouse, du 7 au 9 octobre 2011

Samedi 8 octobre à 17H30 : Table ronde "Frontière"

La frontière, un endroit qui fait souvent rêver, fantasmer … Il en est une qui a tout du cauchemar.
Ciudad Juarez, au Mexique, en face d’El Paso, au Texas. Depuis 1993 des centaines de jeunes femmes y ont été violées et assassinées. En toute impunité. Les autorités de l’état de Chihuahua ne font rien pour arrêter les tueurs.
Marc Fernandez, journaliste français, a enquêté à Ciudad Juarez, pour tenter de comprendre. De son enquête (menée avec Jean-Christophe Rampal) il a tiré un film documentaire (qui sera projeté dimanche matin à 10h00 au cinéma Utopia de Tournefeuille) et un livre.
Le photographe, écrivain et grand-reporter Patrick Bard connaît bien le Mexique et le drame de Ciudad Juarez. De cette histoire atroce il a tiré un roman La frontière.
Tous les deux, accompagnés de l’incontournable Paco Ignacio Taibo II seront samedi les auteurs de la table ronde de 17h30 animée conjointement par Jean-Marc Laherrère et Sébastien Rutès.



3 octobre 2011

Journal de Oaxaca. Deux années passées au Mexique

 
Peter Kuper
éditions Rackam, 2011



En juillet 2006, Peter Kuper, dessinateur étasunien, s’installe au Mexique, dans l’état de Oaxaca. C’est à cette date que la capitale, Oaxaca de Juarez, s’enflamme autour de l’APPO (Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca). Le mouvement a été initié par les enseignants avant de s’étendre à toute la société civile. Les revendications, d’abord limitées aux conditions de travail du corps enseignant, ont rapidement évolué vers une contestation puis opposition frontale au gouverneur de l’état, Ulises Ruiz. Fondée le 27 juin 2006 après une intervention policière contre les occupants du zocalo de Oaxaca, l’APPO regroupe des syndicats, des associations, des organisations sociales et politiques et des communautés indigènes. La mobilisation citoyenne a duré plusieurs mois, attirant sur la ville, l’état et le Mexique l’œil des médias. De nombreux articles, reportages, documentaires et comptes-rendus ont été publiés ou réalisés, tant par les médias locaux que les médias mexicains et internationaux. Le mouvement s’est éteint petit à petit, dans une certaine confusion. La violence et le vandalisme de certains éléments ultras, l’évolution de plus en plus politique et nationale des revendications ont changé peu à peu le visage de l’APPO et la perception qu’en ont eu les mexicains s’est un peu brouillée. Mais ils ont aussi retenu l’intransigeance et la dureté du gouverneur Ruiz, membre du PRI (Partido Revolucionario Institucional), qui a usé et abusé des forces de police et de l’armée fédérale pour une répression féroce qui fit plusieurs morts. Malgré les nombreuses demandes de destitution, Ulises Ruiz a terminé son mandat de gouverneur en 2010. Aux nouvelles élections, le PRI a été battu par une alliance droite-gauche (PAN, PRD, PT, Convergencia, Partido comunista), 50,1% contre 41,9%.


Peter Kuper a rédigé un magnifique journal de ces deux années passées au Mexique, en particulier à Oaxaca. C’est un recueil de dessins, pastels, aquarelles, photos et parfois montages de ces divers éléments. Si tout d’abord il a été un simple témoin des évènements, il va par la suite produire des dessins plus engagés, choisissant de dénoncer les brutalités policières, alors que l’environnement médiatique traditionnel est plus classique, distant, muet voire complaisant. Petit à petit et au fil de l’actualité, son regard se portera aussi sur la riche culture de Oaxaca, les communautés indigènes, la vie artistique. Son âme de dessinateur l’amènera aussi à croquer des scènes simples du quotidien, ici un paysage, là une attitude et partout les réalités et les difficultés des habitants.


En utilisant des outils différents sur un même dessin, par exemple couleurs au crayon et trait surligné au feutre noir, Kuper nous transmet l'image de la douceur de Oaxaca violentée par l’armée et la police. Parfois le dessin est brut, sans phylactère, le seul visuel renforçant le message. Il s’est parfois inspiré des amates, ces dessins naïfs peints sur un papier de fibres végétales, qui représentent souvent des scènes villageoises, livrant alors des dessins foisonnant de couleurs vives et chaudes telles qu’on les voit souvent au Mexique. Enfin, l’agencement de certaines pages, l’ordre des cases et la présence d’éléments symboliques sont des indices indiquant que l’auteur a été victime du surréalisme mexicain. Mais le lien sous-jacent tout au long de l’album reste la lumière que Peter Kuper a su si bien capter et restituer.


Ph.H.

20 septembre 2011

Gringos locos

Yann et Olivier Schwartz
éditions Dupuis, 01-2012


Olivier Schwartz et Yann travaillent sur un album au titre déjà évocateur, Gringos locos, qui racontera les aventures américaines de trois piliers de la bande dessinée franco-belge, André Franquin (Spirou, Gaston Lagaffe, Idées noires), Joseph Gillain dit Jijé (Blondin et Cirage, Jerry Spring ... ) et Morris (Lucky Luke). Pendant leur séjour sur le nouveau continent entre 1948 et 1955, les trois compères vont voyager quelques mois au Mexique, passant par Tijuana, Mexico et Cuernavaca notamment. Cette période mexicaine, durant laquelle les dessinateurs vont s’imprégner de l’ambiance et des paysages mexicains, se retrouvera plus tard dans différents albums dans lesquels les uns et les autres restitueront leur vision du pays. Jijé publiera Blondin et cirage au Mexique, Morris, père de Lucky Luke fera souvent intervenir le folklore mexicain dans ses bd, et consacrera même une aventure de son héros à ce pays dans Tortillas pour les Dalton. Franquin lui semble s’être largement inspiré du Mexique pour créer la Palombie, pays imaginaire ou les révolutions sont fréquentes, les sombreros de rigueur, les cactus nombreux et la guitare très prisée.

Franquin, Le dictateur et le champignon, 1953, éditions Dupuis

Les (rares) visuels disponibles donnent une idée générale du contenu, qui devrait être joyeux et dynamique.

© Yann & Olivier Schwartz, Gringos locos, à paraître



Yann et Schwartz ont déjà travaillé ensemble, réussissant avec Le groom vert-de-gris une des meilleures reprises de Spirou.

L’album est attendu aux éditions Dupuis dans le courant de 2012.

Sources : L’Expressbd.fr, Le club des amis d’Olivier Schwartz.

 

Inquiet de l'avancée du communisme en Europe, Jijé décide de quitter le vieux continent avec sa famille. Franquin et Morris ayant décidé de le suivre, tout ce petit monde débarque à New York en 1948. Ayant acquis une veille Ford Hudson, ils sillonnent les Etats-Unis de la côte est à la côte ouest, dans l'espoir de se faire engager par les studios Disney. Peine perdue, en cette période où Disney licenciait plus qu'il n'embauchait. Voyant son visa touristique expirer, Gillain décida de s'installer quelques mois au Mexique avec sa famille, bientôt rejoint par Franquin et Morris.












27 juin 2011

Marcial Maciel, Historia de un criminal

Carmen Aristegui
Prólogo de Miguel Ángel Granados Chapa
Fotografías de Kirén Miret
Editorial Grijalbo, 2010 

La autora : Carmen Aristegui, periodista famosa que condujo varios programas de radio y televisión ; es conocida por sus posturas críticas. Es autora del libro Uno de dos (Grijalbo 2006) y coautora de Transición (Grijalbo 2009) en cuyas páginas se encuentra la entrevista al ex presidente Miguel de la Madrid por la cual ganó el Premio Nacional de Periodismo 2010. Actualmente dirige y conduce el programa matutino en Noticias MVS de MVS Radio así como el programa de entrevistas que lleva su nombre en la cadena internacional CNN en español y colabora en el diario Reforma.
El libro : Se compone de una serie de entrevistas, unos anexos y una cronología.
La serie de 17 entrevistas con fotografía de los entrevistados, pone de relieve la figura perversa del fundador de los Legionarios de Cristo y las complicidades de las que se benefició Marcial Maciel (1920-2008), gran amigo de Juan Pablo II y de las clases pudientes mexicanas. Fundó la congregación en 1941 en México y fue acusado de violaciones a seminaristas y de drogadicción, además de tener hijos ocultos, tanto en España como en México mientras que era sacerdote.
Los anexos : son cartas, comunicados (Santa Sede, Secretaría de Estado, Legión de Cristo) y denuncias.
La cronología : se compone de la biografía de Marcial Maciel y de las fechas de los grandes hitos de la Legión. 

Este libro recalca la « cultura del secreto » que siempre existió en el seno de la jerarquía de la Iglesia Católica mediante la cual se ocultaron los escándalos y los crímenes perpetrados por sacerdotes. Subraya también el increíble poder del dinero y de la oligarquía.

MA.B.

8 juin 2011

Eclipse de lune

Rolo Diez
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
titre original : Matamujeres
éditions Fayard noir, 2007

Carlos Hernández est un policier de la brigade des Relations Opérationnelles, c'est-à-dire les opérations délicates. Quoi de plus délicat au Mexique que de mener une enquête qui touche aux dramatiques évènements de Ciudad Juárez. Tout commence par l’assassinat d’une vieille dame. Les coupables potentiels sont nombreux, sa famille, des politiciens, des associés, chacun pour des motifs variés mais tous aussi vénaux les uns que les autres. L’implication d’un député local n’arrange rien, pressions sur la police, guerre des services, collusion avec le milieu, toute la panoplie des corruptions y passe. Ajoutons que le flic héros de Rolo Diez est un archétype du genre. Macho, polygame, il a beau être ironique, avec le sens de l’humour, paraitre détaché voire décalé, il n’en reste pas moins que ses méthodes sont loin de la légalité, ses manières avec les femmes n’ont rien de romantique et il traite durement ses amis. Il ne force pas vraiment la sympathie avec son code d’honneur très personnel en guise d’éthique professionnelle. Mais peut-il en être autrement dans ce pays ? Le portrait qu’en dresse l’auteur est conforme à la réalité actuelle. De Mexico DF à Ciudad Juárez, Carlos Hernández met à jour les collusions entre le crime organisé, le monde industriel et des affaires et le milieu de la politique. Autant d’acteurs qui se croisent, s’entrecroisent et se mélangent. En face, des policiers avec peu de moyens, d’où la nécessité de chercher d’autres sources de revenus que le seul salaire, et pas de soutien. On glisse plus volontiers des peaux de bananes sous leurs démarches quand on ne leur met pas les bâtons dans les roues. Tout au long de cette enquête policière classique, la bière coule à flot, les femmes voluptueuses se succèdent devant le regard concupiscent de Carlos et les fusillades éclatent comme les orages de la saison des pluies. On suit le quotidien d'une classe moyenne prise entre la modernité économique et les besoins qu'elle suscite, et la baisse de revenu de cette même classe dans un pays ou pourtant la richesse de certains est aussi opulente qu'indécente. La vie des femmes, encore soumise à des archaismes culturels conjugués à cette précarité économique, glisse vers un nouveau prolétariat, lumpen même pour les travailleuses des maquiladoras, et rend celles qui restent au foyer encore plus dépendantes des hommes. C’est un roman noir, sale, et lépreux comme les murs d’une cellule d’une geôle mexicaine, chaud et glauque comme l'arrière salle d'une cantina un soir de quinzaine, rauque et aigri comme les dernières roucoulades des mariachis au petit jour sur la place Garibaldi.

Côté histoire, on reste tout de même un peu sur sa faim. Le fatalisme du héros ne pousse pas à l’optimisme. Les résultats qu’il obtient malgré tout montrent une fois de plus les liens étroits entre la pègre, la police, la justice et la politique. Les personnages, très nombreux, manquent un peu d’épaisseur. Le tout est assez confus et l’enchainement des chapitres manque un peu de fluidité, malgré un style incisif qui donne beaucoup de vivacité. Quant à Ciudad Juárez, il en est finalement assez peu question, trois chapitres, mais assurément les moments les plus forts du roman. Sans s’appesantir sur des hypothèses ou des suggestions de pistes, Rolo Diez imagine, avec des mots très simples et très percutants, l’enlèvement d’une jeune fille au sortir de son travail et de ce qu’il advient d’elle. Loin de la brutalité des descriptions d’autres livres abordant le sujet ou dont c’est le thème central, l’auteur nous plonge dans l’angoisse de cette victime d’une façon très évocatrice. Le féminicide de Ciudad Juárez n’est pas le sujet d’Eclipse de lune, contrairement à ce qui est dit en quatrième de couverture. C’est plutôt un décor général, une ambiance qui pèse, un témoignage supplémentaire apporté. A moins que l’étendue du problème et le nombre de disparues participent à une fascination des romanciers.

Ph.H.


Sur ce blog, en liaison avec Ciudad Juárez :
Viva la vida
La frontière
J'ai regardé le diable en face

28 avril 2011

Loverboy

Gabriel Trujillo Muñoz
Traduction de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli
Folio policier, Gallimard, avril 2011.

Une autre enquête de Miguel Angel MORGADO, avocat défenseur des droits de l’homme au Mexique. Cette fois-ci, il est amené à rechercher des enfants disparus à Mexicali. Même si au début il ne veut pas enquêter sur ce cas, une jolie avocate de Mexicali le fera changer d’avis. Une nouvelle courte qui se lit d’un trait, on aura d’une part une affaire de trafic d’organes, des enfants enlevés et des criminels morbides, sans scrupules, complètement fous. D’autre part, on trouvera la mentalité des certains (pas tous, heureusement) qui pensent qu’ « un indien n’est pas du pays » et que c’est un excellent bouc émissaire, idéal pour calmer l’opinion publique. Et si en plus l’indien est une indienne, une femme mixtèque, l’affaire sera close. Comme le dirai l’auteur, ceci nous fait penser à la chanson de John LENNON qui disait « Woman is the nigger of the word ». MORGADO doit se dépêcher pour trouver les vrais coupables.

ROB

Mexicali City Blues. Loverboy
2006
Otra investigación de Miguel Angel Morgado, abogado defensor de los derechos humanos en Mexico. Esta vez, Morgado se encuentra confrontado a varios casos de desaparición de niños en la Ciudad de Mexicali. Aunque al principio no quiere aceptar esta investigación, una abogada guapa le hará cambiar de opinión... Un relato breve que se lee en un momento. Por un lado, tenemos, un caso de tráfico de órganos, secuestros de niños y criminales morbidos, sin escrúpulos, completamente locos. Por otro lado, conocemos la mentalidad de algunas personas (no todas afortunadamente). Quienes creen que “un indio no es del país” y es un excelente chivo expiatorio, servirá muy bien para calmar la opinión pública. Y si además el indio es una mujer, mixteca, el caso estará cerrado. Como lo diría el autor, esto nos hace penser a la canción del desaparecido John Lennon que decía « Woman is the nigger of the word ». Morgado debe apurarse para encontrar a los verdaderos culpables.

ROB


Dans ce deuxième opus mettant en scène l’avocat Miguel Angel Morgado, Gabriel Trujillo Muñoz aborde dans un très court roman, 94 pages, plusieurs aspects du Mexique contemporain. Tout d’abord, l’émergence dans le paysage social d’une Commission pour les droits de l’enfant, calquée sur la CNDH, la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Même si ces instances sont peu voire pas du tout efficaces, on peut toujours rétorquer qu’elles ont le mérite d’exister. A condition que le pouvoir politique en place ne s’en serve pas comme écran de fumée, comme se fut le cas par exemple lors des évènements de San Salvador Atenco en mai 2006. Il évoque aussi de façon très directe le racisme qu’éprouvent quelques mexicains blancs du nord à l’égard des populations indigènes, qu’elles soient de Oaxaca, du Chiapas ou d’autres états mexicains, des indiens pourtant primo habitants par rapport aux blancs ou aux métis, mais pas considérés comme des gens convenables. Alors, aux yeux de certains policiers et de certains notables, ils sont des bouc-émissaires parfaits. Dans cette histoire de séquestrations, c’est une femme mixtèque qui sera désignée à la vindicte publique, sa peau mate, ses tresses, son huipil brodé étant autant de marques d’infamies. L’intrigue porte donc sur des disparitions d’enfants dont les cadavres sont découverts mutilés, ayant subi des ablations d’organes. Ce genre d’affaires sordides fait régulièrement les titres des actualités mexicaines mais aussi de toute l’Amérique centrale. S’il est certain que de tels crimes ont lieu, il est toutefois probable que l’ampleur des rumeurs qui y sont liées en donne une perception un peu faussée. En situant l’action du livre à Mexicali (Basse-Californie du nord) et à sa jumelle gringa Calexico, Gabriel Trujillo Muñoz dénonce cette zone de non-droit que constitue la frontière d’avec les Usa, point de passage facile pour tous les dépravés, les armes, la drogues et les organes sains. Il dénonce en même temps le peu de morale des gringos, qui posent bien peu de questions sur la provenance de ces organes, le prix demandé payant aussi bien le rein d’un enfant que leur silence coupable. En choisissant comme exécuteur de basses-œuvres un ancien sataniste passé par Matamoros, l’auteur rappelle les méfaits d’une secte réunissant des trafiquants de drogues, des marginaux, des musiciens qui pratiquèrent des sacrifices humains dans les années 1983 à Matamoros (Tamaulipas), autre ville-frontière mexicaine (cf Adolfo de Jesús Costazgo y los narcosatánicos de Matamoros). Enfin, à travers le lynchage de la femme organisatrice du réseau, Trujillo Muñoz érige en vengeance sociale salutaire, en mouvement collectif d’autodéfense, en réaction instinctive de survie et en message d’espoir ce qui était une exécution sommaire. Cette scène rappelle étrangement la mise à mort de Maigrat par les femmes de mineurs en grève, dans Germinal de Zola. Le sentiment de colère face aux criminels, l’impunité des coupables, l’inaction policière conduisent le peuple, et notamment les femmes à prendre leur destin en main en un geste symbolique et violent.
C’est un livre très incisif, très direct, écrit avec une plume acérée et sans concession, avec juste ce qu’il faut d’humanité et d’amour pour mettre en valeur l’avocat Morgado et Guadalupe Esperaza de la Commission pour les droits de l’enfant et leur combat pour un monde moins mauvais.
PhH

Du même auteur, sur ce blog, Tijuana city blues

8 avril 2011

¡Viva la vida!


Baudoin (dessin), Troubs (scénario)

El historietista francés Edmond Baudoin  acaba de publicar el cómic ¡Viva la vida! donde describe la vida de Ciudad Juárez. Esta obra será presentada en el Salón del Cómic de Barcelona, España el 14 de abril. En esta historieta el autor representa a través de sus personajes el horror que vive la ciudad mexicana. Una historieta realizada junto al también dibujante y habitual de este género Troubs. Las cuatro manos trabajan en profundo equilibrio, aprovechando al máximo las potencialidades de cada uno. Si Troubs es el encargado de dar una visión más periodística de la grave situación de la ciudad fronteriza, por su parte Baudoin consigue transmitir con su habitual destreza los sentimientos y emociones que le causaba ver en directo el horror, la ausencia de futuro, el dolor y la necesidad de vida que clamaba la gente. Su trazo libre se domestica para acoplarse a la realidad, pero su pulsión vital sigue intacta y conecta directamente a lector y víctimas de la violencia para casi, casi, ser testigos de primera línea.


Leer el articulo completo en El Pais

Le dessinateur français Edmond Baudoin vient de publier la bande dessinée  Vive la vie ! Qui décrit la vie à Ciudad Juárez. Ce travail sera présenté à l'Exposition BD à Barcelone, en Espagne le 14 avril. Dans cette histoire, l'auteur dépeint ses personnages à travers l'horreur qui vit la la ville mexicaine. Un dessin animé réalisé en collaboration avec son  confrère Troubs un habitué de ce genre. Le travail à quatre mains a su montrer un équilibre profond, en maximisant le potentiel de chacun. Si Troubs est en charge de donner une plus journalistique du sort de la ville frontalière, pour sa part Baudoin parvient à transmettre avec son habileté ordinaire les sentiments et les émotions qui lui ont fit voir en direct l'horreur, la douleur, l’absence d’avenir et la nécessité de vivre que les gens exigent. Son libre dessin s’accommode à la réalité, tout en laissant intacte son élan vital pour se connecter directement aux lecteurs et aux victimes de la violence pour presque, presque, devenir des témoins en première ligne.

https://www.bdtheque.com/repupload/T/T_46129.JPG

Ciudad Juarez, située au nord de l’Etat de Chihuahua au Mexique, connaît depuis deux décennies une criminalité qui l’a rendue tristement célèbre. Une longue série de meurtres et de disparitions de femmes a coloré la ville de manière à la faire classer comme une des plus dangereuses au monde. La façon la plus honnête d’aborder Juarez, pour Baudoin et Troubs, tous deux très familiers du carnet de voyage, était de partir d’une base simple: « Faire le portrait de ceux qui voudront bien, et leur demander : “Quel est votre rêve ?”. Dire la vie dans cette ville où on meurt. » Le récit de ce périple à travers la violence évoque le pire comme le meilleur des relations humaines, à travers une collaboration inédite où les styles de Baudoin et de Troubs se complètent impeccablement. (site éditeur)

Sur ce blog sur le même sujet :
La frontière
J'ai regardé le diable en face

28 mars 2011

Mexico, quartier sud

Guillermo Arriaga
Points (édition poche) Phébus (édition grand format)
Titre original : Retorno 201
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Elena Zayas

Noir c'est noir comme disait l'autre. C'est la couleur dominante des chapitres du livre. Arriaga décrit quelques scènes de la vie quotidienne des habitants de l'avenida Retorno, quartier populaire de Mexico DF. Enfants violents, adultes lâches, immoralité, égoïsme, alcoolisme, il n'y a pas beaucoup de place pour la rigolade dans cette ambiance, sauf le ton détaché qu'utilise l'auteur pour dresser ces portraits rugueux, peu engageants et pas sympathiques du tout en général. Avec une plume acide et acérée, Arriaga nous plonge dans les mentalités de cette colonia d’Iztapalapa, une des plus dures du Distrito Federal. On y croise les petits monstres Roberto et Rodrigo, El Viking qui ne vaincra pas son éternel ennemi d’enfance malgré le développement de sa taille et de son courage, la veuve Diaz, mariés très jeune à un vieillard à qui elle se dévoue par amour, Romulo et ses angoisses irrépressibles dues à une paternité non-désirée qui réveille son parcours personnel. La maladie l’emporte souvent sur la santé et la mort semble plus forte que la vie. Seule une veuve dévouée et le courage d'un malade du cœur apportent une note d'optimisme. Ces chroniques de petites gens sont le reflet un peu triste d’une certaine réalité de Mexico, mégapole tentaculaire qui favorise l’individualisme au détriment de la solidarité et qui récompense plus surement la discrétion coupable à l’héroïsme inutile voire dangereux. Arriaga laisse néanmoins une place à l’amour, surtout physique, qu’il fait apparaitre comme un exutoire aux douleurs quotidiennes. Le corps des femmes est souvent le réceptacle du désarroi, de la peur et de la résignation. Avec un vocabulaire sensuel, l’auteur compare quasiment cet amour charnel à une drogue plus efficace que le romantisme qui n’a pas sa place dans ces zones. La vie y est dure et difficile, un combat permanent. Pour un roman noir, cette plongée dans les bas-fonds de Mexico dans lesquels Arriaga a vécu son adolescence, est donc une réussite.

Ph.H.

9 mars 2011

Historias desconocidas de la independencia y la revolución

Trino
Tusquets editores
(Mexico)

Au Mexique, Trino est connu par ses publications dans la presse sous forme de tiras en 5 ou 6 images. Ses personnages emblématiques sont Don Taquero, El Santos, La Tetona Mendoza ou El Rey Chiquito. Avec Historias desconocidas de la independencia y la revolución, Trino nous fait partager à travers un album complet, sa visite du bicentenaire de l’indépendance et le centenaire de la révolution. Dans le style d’un dessinateur de presse, avec des croquis très épurés à la Reiser, nous voila aux cotés du padre Hidalgo, de Jose Maria Morelos y Pavon et son paliacate rouge fiché en tête, de Vicente Guerrero, héros de l’indépendance. En deuxième partie, Adelita, los federales, Ayala (et son plan), Porfirio Diaz, Pancho Villa, et Emiliano Zapata illustrent les batailles menées par les révolutionnaires.

Dans une joyeuse ambiance totalement débridée, Trino nous raconte ces morceaux d’histoire mexicaine sur un ton iconoclaste et gentiment irrespectueux. Le trait est vif et précis, ce qui donne beaucoup de dynamise aux situations, toutes déclinées en quelques vignettes sur une ligne. Les dialogues sont savoureux, décalés et porteur d’une autodérision jubilatoire. Largement emprunté au langage populaire du XXIe siècle, on croise beaucoup de gueys, de no manches et autres chingadera ou chingoneria dans les réparties des protagonistes. Moyen aussi pour l’auteur de se moquer des nacos et fresas (populos et bobos) qui rient les uns des autres dans la société d’aujourd’hui.

Jouant sur les clichés de la société mexicaine, Trino va d’abord exalter un nationalisme forcené, avant de rétablir immédiatement l’équilibre en pointant le malinchisme incontournable de ses compatriotes.


L’effet comique est très souvent accentué par l’utilisation d’anachronismes technologiques à la mode aujourd’hui. Ainsi, les héros ou leurs faire-valoir, vérifient ou diffusent l'information sur leur blackberry, le lap-top ou sur facebook. On (ré)apprend d'ailleurs à cette occasion que pour l'état civil mexicain, Pancho Villa s'appelle Doroteo Arango.


Avec une troisième édition en octobre 2010, ces Historias desconocidas de la independencia y la revolución sont un succès de librairie au Mexique. Véritable petit manuel comparable à ce que serait « l'indépendance et la révolution pour les nuls », Trino, en plus de nous distraire très efficacement, fait œuvre d’instruction publique en permettant à son lectorat de se remémorer quelques pages illustres de son histoire. Enfin, son œil critique et sa vision ironique voire caustique lui permet, à travers ses textes et dessins sur le passé, de dresser un portrait sans concession du Mexique moderne, de ses paradoxes, de ses défauts et de ses qualités.

Ph.H.

25 février 2011

J'ai regardé le diable en face

Maud Tabachnik
éditions Le Livre de Poche

Sandra Khan est journaliste au San Francisco Chronicle. Elle est en reportage à Ciudad Juarez, ville mexicaine de l’état de Chihuahua où depuis 1993 des milliers de femmes disparaissent. Régulièrement, le désert qui l’entoure rend des cadavres de victimes violentées, violées et parfois mutilées. Comme tous les enquêteurs qui ont affronté ce drame, Sandra va se heurter aux autorités impuissantes, inactives ou corrompues, au crime organisé qui trafique les filles comme il le fait de la drogue, c'est-à-dire comme une marchandise comme une autre. Il faut aussi compter avec toutes ces petites usines de montages, les maquiladoras, qui emploient un sous-prolétariat féminin soumis au bon vouloir des petits-chefs et qui fait une proie facile pour les hommes sans scrupules. Parce qu’elles sont femmes, nombreuses et qu’on est dans une région du monde où ont ne les considèrent pas, elles disparaissent et meurent dans une relative indifférence. D’autant qu’il y a parfois derrière ces sombre activités, des commanditaires puissants. Sandra en fera la cruelle expérience.

Comme Patrick Bard l’a fait dans La frontière, Maud Tabachnik a choisit de placer son roman à Ciudad Juarez. Avec presque 1,5 millions d’habitants, cette ville située sur la frontière avec les Etats-Unis concentre tout ce que l’homme a de mauvais envers la femme. Prostitution, viol, vol d’organes, snuffmovies, et sadisme rythment les jours et les nuits. Police et justice sont absentes, quand elles ne sont pas des complices bienveillantes voire actives. Les journalistes curieux ne font pas de vieux os, comme les défenseurs des droits de l’homme ou les membres d’associations d'aide aux victimes. Quant aux politiciens, c’est celui qui graisse le plus leurs pattes qui aura leur silence, ou leur soutien. Alors, la ville s’enfonce lentement dans ce terreau glauque et sordide, sans avenir, sans espoir et sans lumière. Même le nombre de cadavres n’y change rien, ou si peu.

Le roman est enlevé et le ton percutant. Le regard d’une femme sur ce féminicide est d’autant plus solidaire et vengeur. Il est aussi un hommage aux rares journalistes qui osent encore publier sur ce sujet. Comme le dit Sandra Khan : « personne ne peut regarder le Diable en face sans se brûler ».

Sur ce blog sur le même sujet, La frontière


Ph. H.

La frontière

de Patrick Bard
éditions du Seuil, collection Points

Présenté sous la forme d’un roman, La frontière se révèle être une enquête particulièrement étayée sur ce que l’on appelle le féminicide de Ciudad Juarez, ville de l’état de Chihuahua au Mexique. En 2010, avec presque 1000 assassinats, Ciudad Juarez est devenue l’une des villes les plus violentes et les plus dangereuses du monde. Les disparitions de femmes puis la découverte de leurs cadavres abandonnés dans le désert a commencé en 1993. Amnesty International évalue en 2008 le nombre de corps retrouvés à 1653, pour 2000 disparues.


Patrick Bard met en scène le journaliste Toni Zambudio. Il va suivre toutes les pistes possibles, qui sont en fait une multitude de pistes réelles. Que ce soient les conditions de travail et les contremaîtres abusifs qui sévissent dans les maquiladoras, les chauffeurs des transports publics ou privés, les narcotrafiquants, les maquereaux, les maris jaloux, les amants anonymes ou les pervers, tous ces acteurs se rejoignent pour exercer les pires violences sur les femmes, allant jusqu’au meurtre. Il est vrai qu’on dit souvent qu’au Mexique la vida no vale nada. C’est cette impression lourde et nauséeuse qui saisit le lecteur à bras le corps, tout le long du récit, à chaque cadavre retrouvé, quand la victime à été violée et mutilée de surcroit. Non seulement la vie de ces filles ne vaut rien, mais elles sont plus mal traitées que ces objets de consommation qu'on jette après usage. Le malaise s'accentue  lorsqu’est abordée la piste des snuffmovies, ces films pornographiques poussant le sadisme jusqu’à l’assassinat devant la caméra, films dont certains gringos seraient friands et paieraient cher pour se les procurer. Car Ciudad Juarez est aussi une ville frontière, de l’autre côté il y a El Paso aux Etats-Unis. C’est un point de passage pour le crime organisé, les trafics en tous genres et la recherche de sexe facile pour les texans dans les bars sordides du côté mexicain où, on l’aura compris, les prostituées ne sont pas toujours consentantes. Mais que vaut leur avis devant l'abondance des dollars ? Face à un tel déferlement de violence, les quelques serial-killers qui ont été arrêtés ne suffisent pas à expliquer l’étendue du massacre. D’ailleurs, après chaque arrestation, la série continue. A tel point que Ciudad Juarez est devenue la ville ou même le diable ne veut pas vivre.

Ce premier roman est vraiment un coup de maître. Le sujet est parfaitement maitrisé, fouillé, argumenté, servi par un style irréprochable et un suspens à chaque page. On l'aura compris, certaines réalités sont particulièrement dérangeantes pour les auorités locales de Ciudad Juarez, pour les autorités de l'état de Chihuahua et pour les autorités fédérales du Mexique ainsi que pour le voisin du nord. Finalement, il est juste dommage que cette fiction soit une réalité. Mais à cela, l’auteur n’y peut rien.

A voir sur la toile, un site mexicain sur les disparues de Juarez : http://www.mujeresdejuarez.org/
Sur ce blog sur le même sujet, J'ai regardé le diable en face



Ph. H.

14 février 2011

El Spectro, les mutants de la lune rouge

Dessin d'Yves Rodier
Scénario d'Antoine Frédéric
éditions du Lombard, 01-2011

Si vous aimez le Mexique,
Si vous aimez la lucha libre,
Si vous aimez El Santo, Blue Demon, et autres héros masqués à gros biscottos,
Si vous aimez la BD ligne claire et la BD d'aventures,
Alors vous devriez aimer El Spectro.

Yves Rodier avait frappé un grand coup peu après la mord d'Hergé en dessinant, en toute piraterie, le dernier album de Tintin, Tintin et l'alph'art. Ce premier opus d'El Spectro n'est pas sans rappeler Gil Jourdan et les séries d'aventures publiées dans le journal de Spirou dans les années 70. Les premières pages s’ouvrent sur un crash aérien dans les Andes mettant en scène Ukumar, version sud-américaine du yéti. C’est aussi un beau clin d’œil à Tintin car il est difficile de ne pas penser aux épisodes neigeux du Temple du soleil et de Tintin au Tibet. De même, le look des moines évoque la tenue des Moines rouges de Tillieux. Quant à l'histoire, El Spectro, en goguette en Espagne avec une espionne russe est au prise avec une secte tripotant les gènes et fabriquant des créatures de cauchemars qui rappellent le film La mouche. Si l'album bénéficie d'une pagination généreuse (56 p.), les cases sont un peu grandes, ce qui ne favorise pas le précis du trait. L'ambiance générale est d'une nostalgie sympathique pour les grands, à voir si le jeune public, gavé de mangas, suivra ces aventures installées dans les années 1950/1960 ?

Ph.H.

29 janvier 2011

A l'automne, je serai peut-être mort

Adrian McKinty
éditions Folio, 03-2007


Présentation de l'éditeur

 

Père en taule, enfance irlandaise plus que difficile au milieu des attentats... Michael n'a pas vingt ans lorsqu'il doit s'expatrier à New York où une vague cousine lui a trouvé une place. La routine codifiée de la violence pour un gang de Harlem : six balles dans le corps d'un récalcitrant, sordides descentes punitives, sept hommes tués en moins d'un an... Michael, à l'humour très sec, n'est pas un mauvais bougre ni un idiot, mais il va pourtant se laisser aller à ce qu'il n'aurait jamais dû faire.
La suite est implacable et le mènera en Amérique centrale. Lui qui commençait à bien connaître la violence urbaine du New York de la pire époque comprendra que l'expression du Mal est sans limites. Il se passe des choses dans les marais du Chiapas, qu'il n'imaginait même pas...