29 mars 2013

La littérature inspirée par les disparues de Ciudad Juarez

Il sort régulièrement en librairie de nouveaux opus consacré aux victimes du féminicide de Ciudad Juarez, dans l'état de Chihuahua au Mexique. Après la narco-littérature, voila que se créé petit à petit un genre qui a pour toile de fond cette ville à la réputation sinistre essentiellement connue pour le nombre de meurtres, de disparitions et de violences qui y sont perpétrés contre les femmes, sans que les autorités y remédient depuis maintenant près de 20 ans. Contrairement aux livres des français Patrick Bard ou Maud Tabachnik, de la bd de Baudouin et Troubs, du livre du journaliste mexicain Sergio Gonzalez Rodriguez qui apportent, outre une enquête minutieuse, un hommage vibrant servis par un style incontestable, beaucoup d'autres oeuvres apparaissent comme l'exploitation d'un filon à sensation. Pour le moins, on peut trouver à cette feminicidio-littérature l'avantage de maintenir une actualité sur le sujet afin que les victimes ne tombent pas dans l'oubli.

Des parutions plus ou moins récentes relevant de cette deuxième catégorie :

Sam Hawken
Les disparues de Juarez
éditions Belfond
Septembre 2012

résumé de l'éditeur : Ultra-violent, solidement documenté et tristement inspiré de faits réels, un polar choc sur la ville la plus dangereuse du monde... Ciudad Juárez. Petite cité suintante de chaleur à la frontière américaine. On y échoue quand on n'a plus rien à perdre. Comme Kelly Courter, boxeur minable qui survit tout juste entre combats truqués et petit trafic de marijuana. Seule lueur dans sa morne existence : Paloma, la soeur de son meilleur ami, pasionaria de la cause des femmes disparues. Ciudad Juárez. On y reste par désespoir, comme Rafael Sevilla, vieux flic alcoolique et veuf, jamais remis de la disparition inexpliquée de sa fille. Or voici que Paloma se volatilise à son tour. Accusé d'assassinat, Kelly est envoyé croupir dans les geôles policières, dont on ressort rarement vivant. L'occasion du rachat pour Rafael qui se lance dans une enquête de tous les dangers au coeur des bas-fonds mafieux mais aussi auprès de ces nantis pour qui les femmes ne valent guère mieux que du bétail...


Alicia Gaspar de Alba
Le sang du désert
éditions Presses de la Cité
Avril 2012

résumé de l'éditeur : Ivon revient à El Paso, où elle est née, afin d'adopter avec sa compagne le bébé de Cecilia, une jeune Mexicaine. Avant même qu'elle puisse les rencontrer, Cecilia et l'enfant sont assassinés avec sauvagerie. Horrifiée, Ivon découvre alors l'existence misérable de ces ouvrières que les industriels américains exploitent à deux pas de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Mais sa curiosité déplaît aux truands locaux, et Irene, sa soeur âgée de seize ans, est enlevée. Si Ivon ne fait rien, Irene ne sera bientôt plus qu'un corps mutilé et abandonné dans le désert. Pour la sauver, Ivon doit affronter seule les tueurs, les flics corrompus et la loi du silence.


Cette catégorie qui, si elle n'apporte pas grand chose et si on peut reprocher aux auteurs d'utiliser un sujet tragique pour gagner de l'argent, maintien donc à minima des projecteurs braqués sur ces évènements, et est tout de même servie par des auteurs reconnus. Au dessous de cette catégorie, un genre plus bas que les romans de gare, qui pourraient donc être des romans de station de bus ou de métro, station Tepito direction Clichy sous Bois par exemple, dont l'unique but est de servir aux lecteurs quelques lignes indigentes enfilant à la queue-leu-leu les chapitres sur le sexe, la drogue, la violence, sous de faux airs de roman policier. On exploite la le côté le plus sensible et abominable de la problématique de Ciudad Juarez, pour la proposer, sans besoin de l'exagérer vu la réalité des choses, à un public avide de pornographie glauque, en caressant ses moeurs à tendance dépravée dans le sens du poil. Les auteurs ne sont pas quant à eux très regardants sur la saleté de leurs gains, tachés du sang des innocentes. En voici deux exemples :

Ciudad Juarez
Gérard de Villiers
éditions GDV
2011

Le Mexique n'avait pas suffisamment à faire avec ses criminels nationaux, voila qu'on lui envoie des Colombiens, des Libanais, des Yanquis ... J'ai feuilleté le bouquin. Sur la forme, c'est bourré de mauvaises traductions. Sur le fond, dès la page 4 une jeune ouvrière de maquiladora est déjà violée, torturée et assassinée. je n'ai pas vu l'intérêt d'aller plus loin.


Dans le même triste style :

Massacre à Ciudad Juarez
Don Pendleton
éditions GDV
2012

De la même veine que le précédent.








Autre référence trouvée sur la toile, Llorona on the rocks, de Charlotte Bousquet. Ce livre est beaucoup plus difficile à classer. Son auteur, passionnée d'histoire, de contes et de mythologie ancre résolument le récit dans un style fantastique, ce qui est confirmé par l'éditeur, Argemmios, spécialisé dans la fantasy, fantastique et les univers imaginaires. L'héroine qui est à la fois tueuse à gage et spirite se trouve confrontée à la llorona, personnage féminin d'une très vieille légende mexicaine d'origine préhispanique basée sur déesse Cihuacóatl, devenue pleureuse à la recherche de ses enfants.

Llorona on the rocks
Charlotte Bousquet
éditions Argemmios
2010

Quatrième de couverture :
« Les fées, c’est comme la Vierge de Guadalupe, j’ai cessé d’y croire à dix ans. Quand j’ai tué pour la première fois. »
À Ciudad Juarez, des femmes sont assassinées. Pour le sexe. Pour le fun. Pour leurs organes, aussi. La routine. Sauf qu’une inconnue voilée de blanc apparaît, à chaque fois, près des cadavres. La Llorona. En pleine guerre des cartels, les Feds ont autre chose à faire que courir après une légende. Alors, ils ont fait appel à moi, Eva Vargas, la meilleure tueuse à gages et spirite du Mexique. Mais entre les fantômes du passé, les narcos et mon fichu coeur d’artichaut, il va falloir autre chose qu’un téquila blanco pour y arriver sans me brûler les ailes…
L'oeil avisé du lecteur mexicanophile et tequilivore remarquera que le mot téquila est correctement utilisé, c'est à dire au masculin, comme au Mexique. Ce n'est pas si courant, cela méritait d'être signalé.

La Llorona, interprétée par Tania Libertad, Lilas Downs et Eugenia Leon, en hommage à Chavela Vargas - 2012

PhH







7 février 2013

La calavera de cristal

Juan Villoro, scénario
Bernardo Fernandez "BEF", dessin
Sexto piso editorial, 2011

La bande dessinée n'est pas très développée au Mexique. Les auteurs les plus connus, dont le style se rapproche de la bd européenne font plutôt carrière en Europe comme José Ladronn ou Tony Sandoval. Ceux qui restent pratiquent un trait influencé par le comic américain (gringo). Toutefois, dans ce petit monde, quelques auteurs se détachent et portent un style "mexicain", qui, s'il n'est pas révélé forcément par le dessin, l'est par les scénarii. Parmi eux, Trino, dont on vient de porter à l'écran les aventures hautement rocambolesques d'El Santo, dans le film El santo vs la Tetona Mendoza, dont le titre illustre déjà a lui seul bien le degré de décallage et de rigolade (voir son album Historias desconocidas de la independencia y la revolucíon). Le nouveau venu dans le monde graphique est "BEF" par ailleurs auteur confirmé de polars (voir Hielo negro).
PhH.

La calavera de cristal es la primera novela gráfica de Juan Villoro. Esta historia, ilustrada con precisión y talento por Bef, apuntala el género del cómic en México y se presenta como una lectura entretenida y entrañable para todas las edades.


En el homenaje por el décimo aniversario de la muerte del capitán Rodríguez Plata, su hijo Gus se da cuenta de que la vida de su padre es un misterio para él. De la mano de su amigo Máquina decide aventurarse a resolver los enigmas que rodean el deceso de su padre. En el trayecto se hará de cómplices como su tío Felipe, un científico loco que se refiere a Gus como «pequeño primate», y su fiel asistente, el gordo Bernabé, que es bueno como el pan; contará con la ayuda de Jerónimo «el Reptil» Rodero, quien expía sus pecados viviendo en el desierto donde se alimenta de culebras y armadillos. Juntos deberán combatir a Venus de Venegas, un rico empresario coleccionista de dulces exóticos y de piezas arqueológicas y a su manga de secuaces: la hermosa Circe, que sólo encuentra paz destruyendo obras de arte que rivalizan con su belleza, el conserje del Museo de Antropología Xipe Totec, cuyo apodo deriva del parecido de su horrible rostro con el dios maya de la renovación (el dios despellejado), así como un sacerdote corrupto llamado Mano Santa, y Roberto Bob Boby, campeón regional de tiro y veloz corredor de autos.
En medio de esta épica búsqueda a través del pasado, héroes y villanos pasarán por míticos parajes arqueológicos como Paquimé o Yaxchilán, mientras intentan descifrar las pistas contenidas en cajas negras de aviones, códices mayas y antiguas ciudades prehispánicas en pos de «el brillo de los hombres»: la calavera de cristal.


Les auteurs :

Bernardo Fernandez, dit BEF
Bernardo Fernández, mejor conocido como Bef, es un escritor, historietista y dibujante mexicano. Se ha desempeñado con éxito y soltura tanto en el terreno de la ficción como en el de la novela gráfica. Su novela Tiempo de alacranes fue merecedora del Premio de Novela Policiaca y con Hielo negro ganó el primer Premio Grijalbo de Novela. En 2010 publicó la novela gráfica muda Espiral, un cómic recursivo.
Juan Villoro et Bernardo Fernandez


Juan Villoro
Juan Villoro es uno de los escritores de habla hispana más importantes en la actualidad. Sus cuentos, novelas, obras de teatro y crónicas le han dado la vuelta al mundo y han sido traducidas a diversos idiomas. Ha sido merecedor de diversos premios entre los que destacan el Premio Herralde con su novela El testigo en el 2004, el Premio Internacional de Periodismo Vázquez Montalbán en el 2006 y el premio Antonin Artaud por su volumen de relatos Los culpables en el 2008. La calavera de cristal es su primera novela gráfica. (voir Juan Villoro à la fiesta del libro, Coyoacan 2012)

Sexto Piso editorial



1 février 2013

Chimichanga

Eric Powell
bande dessinée en 1 volume
éditions Delcourt - 2013

Résumé de l’éditeur :
Lorsque la fillette à barbe du cirque itinérant du Père la Ridule récupère un oeuf qui éclot en monstre, les ennuis commencent. Eh oui, ce n'est pas tous les jours facile de gérer ce nouveau venu car Chimichanga prend beaucoup de place et n'est pas du goût de tout le monde. Mais lorsque des hommes mal intentionnés s'en prennent à sa petite maîtresse, Chimichanga n'hésite pas une seconde. 

Cette édition regroupe la série initialement parue aux Etats-Unis en 3 tomes d’une trentaine de pages, dessinée et scénarisée par Eric Powell. De style fantastique, le dessin semble diriger cet ouvrage vers un jeune public (même si les distributeurs l’annoncent pour les plus de 10 ans). Le titre, Chimichanga, désigne des burritos, de pollo (poulet) ou de res (bœuf). Il s’agit de tortillas de blé farcies de blanc de poulet effiloché ou de bœuf haché, de lanières de salade et de fromage, assaisonnées de crème, de cumin, d’origan et de piment chipotle, servies avec du riz, des haricots noirs et du guacamole. Elles sont frites à la poêle avant d’être dorées au four. La chimichanga est surtout servie dans le nord du Mexique.

chimichanga de pollo, con guacamole


La bd quant à elle raconte la rencontre entre Lula, petite fille barbue et Chimichanga, monstre doté d’une force herculéenne et d’un appétit du même calibre. Les autres vedettes du cirque jalousent rapidement le nouveau venu car Lula voit en lui la nouvelle star qui assurera l’avenir de son cirque ambulant. Autre entrée de l'histoire, doté de vertus magiques, les poils de barbe de Lula sont convoités par une entreprise pharmaceutique. Et que rapport avec le mexique me direz-vous ? Peut être le vendeur de tacos qui a donné le nom au monstre et le titre au livre ?


Le style des dessins de Chimichanga est très influencé par les comics américains des années 40/50 et l’univers scénaristique est plein de poésie. La rencontre des deux influences produit un album résolument fantastique, ou, comme dans les contes pour enfants, la peur marche main dans la main avec le merveilleux, le naturel avec le surnaturel.

PhH

24 janvier 2013

Conquistador

Bande dessinée, histoire en deux tomes
Philippe Xavier (dessin), Jean Dufaux (scénario)
Editions Glénat
Tome 1
2012, 64 pages
Depuis leur débarquement en Amérique, Hernán Cortés et son armée sont considérés comme des divinités par l’empereur aztèque Moctezuma. Cela fait bien longtemps que Cortés œuvre davantage pour son compte que pour la lointaine couronne d’Espagne. Tandis qu’il part à la rencontre d’une expédition punitive montée pour lui rappeler son allégeance, Cortés missionne un groupe hétéroclite, mêlant soldats et mercenaires, afin de voler l’inestimable trésor de Moctezuma.
Parmi eux, le loyal soldat Hernando Royo. Le groupe d’aventuriers sera bientôt décimé par une mystérieuse entité qui les poursuit dans la jungle. Créature mythique ou tueurs tout ce qu’il y a de plus humains ? On ne s’attaque pas impunément aux ancestrales et puissantes légendes aztèques… Une saga d’aventure, oppressante et mystique, teintée de fantastique.
 
Tome 2
2012, 64 pages
Après avoir pillé le trésor de l’empereur aztèque Moctezuma, le groupe d’aventuriers missionné par Cortés a pris la fuite et connaît l’enfer dans la jungle… Ce ne sont pas tant les attaques incessantes des indiens otomis qui les inquiètent, mais surtout l’apparition d’une créature végétale et infernale : Txlaka, fils des racines de l'Oqtal. Heureusement pour eux, la violence Txlaka est aveugle, et frappe aussi les Otomis. Poussé par une force inconnue, Hernando Royo a ingéré l’une de ces racines, contenue dans une amulette volée à l’empereur aztèque. Une pulsion qui scellera le sort des aventuriers...
 
source : éditions Glenat

15 janvier 2013

Feria del libro alternativa - Coyoacan 2012 (Mexico DF)

El encuentro, en el que participan 300 sellos editoriales, busca promover la lectura en las plazas públicas y acercar a destacados autores con el público, informaron los organizadores en un comunicado. Con la participación de las escritoras mexicanas Guadalupe Loaeza, Laura Esquivel y Mónica Lavín inició la Feria del Libro Alternativa en el Jardín Hidalgo de la Delegación Coyoacán, donde hasta el domingo próximo se realizarán presentaciones editoriales, conferencias, tertulias y conciertos.

Le dimanche 14 décembre 2012 étaient présents, Paco Ignacio Taibo II, Elena Poniatowska, Juan Villoro et Fabrizio Mejia Madrid. Elena et Paco ont présenté une petite causerie sur leurs carrières comme journalistes, leurs rencontres (riches et variées), des anecdotes et ont parlé de leurs ouvrages récents.


PIT 2, toujours disponible, aimable et rigolard !
  
 
  PIT 2 et Elena Poniatowska

Juan Villloro, quant à lui, écrivain et chroniqueur de football, a fait une petite conférence très plaisante sur la sociologie du football, illustrée de savoureuses annecdotes. Il a par exemple parlé du club de Necaxa, aujourd'hui grand club mexicain de 1er ligue et régulièrement présent dans des compétitions internationales, mais qui, dans les années 1940 était un club de la capitale aux succès et à la renommée limitée. Les aficionados étaient peu nombreux et se connaissaient presque tous. Un jour l'un de ces supporters téléphona au siège du club pour savoir quel jour et à quelle heure Necaxa allait jouer. L'interlocuteur, dirigeant du club lui répondit : " et vous, quand êtes vous libre ?".
Il raconta également l'humour d'un commentateur mexicain lors d'un match de l'équipe nationale d'Union Soviétique, URSS, ce qui en cyrillique donnait CCCP. Ce que le facétieux commentateur transforma en Cu Curu Cucu Paloma !


Juan Villoro


La manifestation était organisé par la "brigada leer en libertad" (lire en liberté)

 Un ouvrage dédicacé par Elena Poniatowska












7 novembre 2012

DOGGYBAGS 3, Violencía y terror en Juarez

Room 213, de Run et Neyef
La danza de los 13 velos, de Maudoux
Día de muertos, de Giugiaro et Gasparutto
éditions Ankama, label 619 - octobre 2012

Imaginez que Quentin Tarentino et Roberto Rodriguez se mettent à la BD. Que Guillermo Ariaga ou Boston Teran passent du roman noir au comic noir. Ou encore que Rafael Ramírez Heredia revienne d’entre les morts pour coucher sur le papier ses aventures passées du côté obscur de la vie. On s'en doute, la lecture de cette bd est réservée à un public adulte.

Ce troisième volet de Doggybags, édité par Ankama label 619 est un condensé de violence, sang, tripes, viols, machettes et balles de gun et dont les actions, il y a trois histoires, se passent à Ciudad Juarez. Rien d'étonnant au choix de cette ville eu égard au style graphique et aux scénarii qu’on a dans les mains. Les dessins réalistes sont de style comics américain (Usa), les visages  masculins ont des traits anguleux, les filles sont aguichantes et dégagent un érotisme de teiboleras, tuberas et autres playmate, les phylactères résonnent des engins motorisés customisés aux chromes rutilants et aux vrombissements agressifs, des détonations et rafales d'armes de tous calibres et de tous tranchants. Dany Trejo en agent Machete se sentirait dans son élément, au milieu de ces flots de fureur sanguine et de susceptibilités qui ne se règlent pas à l’amiable. Trois récits, Room 213 (Run & Neyef) – La danza de los 13 velos (Maudoux) – Día de muertos (Giugiaro & Gasparutto), qui mettent en scène la Santa Muerte, les désormais incontournables narcos et des flics vengeurs essayant de ne pas devenir fous trop rapidement dans cette villes de psychopathes.


Les dessins sont très largement inspirés de l’imagerie mexicaine du día de muertos, calaveras, squelettes, beaucoup de cranes, de roses et cempazúchitl , de motifs azteco-mayas, une ambiance macabre illuminée de couleurs vives et brillantes. Cet aspect « fête des morts » est très bien rendu par les différents dessinateurs, Jérémie Gasparutto, Florent Maudoux et Neyef. Quant aux scénarios, ils sont à la hauteur des ambitions des auteurs. Ca déménage. On est bien loin de « Tintin et les Picaros » ou « Tortillas pour les Daltons ». Le livre est enrichi de petits dossiers sur la criminalité au Mexique, sur les narcos, leurs méthodes, les narcocorridos, les disparues de Ciudad Juarez, les décapitations, les mata-zetas, histoire de rappeler aux lecteurs qu'au Mexique, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Au contraire, la vida no vale nada. On découvre même en fin de volume quelques pages consacrées à l'affaire Florence Cassez. Sont aussi parsemés au fil des pages des encarts journalistiques relatant les activités du crime organisé, faits réels ou détournés comme par exemple la fausse une d'El Nuevo Alarma, numéroté 666 et paru un 5 de mayo (!). El Nuevo Alarma est une feuille de choux qui se complait dans la publication de faits divers d'une violence extrême, en rajoutant du sensationnel morbide et en ne lésinant pas sur le choc des photos pour illustrer le poids des maux.


La lecture est plaisante et parfois drôle, à condition de savoir se hisser au second voire au troisième degré. A l’instar des films de tarentinesques, l’exercice est de faire de la série B. Ce n'est donc pas de bon goût, mais les auteurs ont choisi d'être décalés et anticonformistes. C’est indéniablement réussi, et avec brio. L’ensemble, décoré à grand renfort d’imagerie naco, de Jesus Malverde, de slogans du style « violencía y terror en Ciudad Juarez », « 112 pages tout en couleurs en sans aucune concession », « violence 100% graphique » ou « pour lecteur averti » donne l’impression que l’on tient un objet un peu sulfureux, une bible dédiée à une divinité peu recommandable de Mictlan ou de la Niña Blanca elle même. D'ailleurs, l'ouvrage débute sur une oracíon à la Santa Muerte qui fera passer un petit frisson sur les épaules frèles des lecteurs prepubères, non-avertis ou des touristes en partance pour les tranquilles plages yucatèques où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe calme et volupté. Ciudad Juarez est un lieu de villégiature un peu plus caliente. Dont on peu essayer d'en rire, puisque pleurer n'y change rien.

Ph.H.

5 novembre 2012

Quiela

Pièce de théâtre
de Guillermo León Tequio Mexico, teatro de la Capilla, théâtre de l'Elysée (Lyon)
à partir de "Cher Diego, Quiela t'embrasse" d'Elena Poniatowska


Diego Rivera, le célèbre muraliste mexicain, s’est marié trois fois. Si on connait particulièrement bien sa dernière femme, la peintre Frida Khalo, on entend déjà moins parler de sa seconde épouse Guadalupe Marin. Quant à la première, Angelica Beloff, elle est quasiment inconnue. A partir des lettres d’Angelina à Diego, alors qu’elle est à Paris et lui au Mexique, l’écrivain Elena Poniatowska va écrire « Cher Diego, Quiela t’embrasse », Querido Diego, te abraza Quiela. Ces lettres écrites dans les années 1920 relatent la vie d’Angelina à Paris, saisie par le « froid qui vient d’Alsace et de Verdun », la pneumonie de son fils puis la mort de celui-ci, et enfin sa solitude.
Le texte d’Elena Poniatowska a été adapté pour le théâtre à travers la pièce « Quiela », monologue joué en France par Odille Lauría. L’œuvre est très prenante, reflet tragique de la triste vie d’Angelina lors de son séjour parisien. Alors qu’elle est russe, elle trouve le froid de Paris plus terrible que celui de Saint Petersbourg, sa ville natale. Un froid qui lui enlève son fils sans que Diego ne s’en soucie. Lui est tout à sa peinture, à la recherche de la lumière des impressionnistes, à d’autres conquêtes féminines aussi. Indulgente devant le génie du maître, Angelina, elle même peintre sous le nom de Quiela, devient féroce et haineuse lorsque le peintre, cet hijo de puta, ne manifeste aucune émotion à la mort de son propre fils. Au contraire, il semble même soulagé d’un poids. Être seule en scène avec un texte de plus d'un heure est déjà une performance. Jouer avec passion toute une gamme de sentiments, joie, colère, espoir, déprime, en est une autre. Avec un décor et une mise en scène minimalistes et ce jeu très juste d’Odille Lauría, on ressent tout ce qu’Angelina a pu supporter à Paris, mais aussi 10 ans plus tard. En effet, grâce aux méandres du destin et à de généreux amis, Angelina pourra se rendra à Mexico. Invitée à une cérémonie ou sont présents de nombreux artistes, elle y retrouve Diego Rivera. Leurs regards se croisent. Il ne lui adressera pas la parole. L’a-t-il même reconnue ?*. Entre ses aventures extraconjugales du temps de Guadalupe puis de Frida, et sa conduite terriblement méprisante avec Angelina, l’image de Diego Rivera est un peu plus écornée. Un peintre brillant, certes, mais aussi un sacré sale type.
Ph.H.

* : Marié à ce moment à Guadalupe Marin, dont la jalousie (ô combien justifiée) était légendaire, on peut, à la décharge de Rivera, envisager qu’il ait choisi d’ignorer Angelina pour éviter une scène. Ça reste une pure hypothèse.




Quiela
Autor : Guillermo León, a partir de la novela "Querido Diego, Te Abraza Quiela"
de Elena Poniatowska.
Dirección escénica: Guillermo León
Elenco: Odille Lauría
« Quiela » es un monólogo que tiene como protagonista a Angelina Beloff, la primera esposa del célebre pintor mexicano Diego Rivera, con quien se encuentra en el París de principios del siglo XX. Es el París de Picasso, Gris, Modigliani; ambos están allí buscando encontrar SU pintura y compartiendo el hambre, la miseria, la enfermedad, el frío, la guerra… y las múltiples andanzas de Diego. Al morir el único hijo de la pareja, Diego no lo soporta y regresa a su tierra. Angelina, Quiela, se queda en París, esperando a que su marido le envíe el dinero necesario para que ella pueda alcanzarlo en México. Pero Diego no lo hará. Diego no volverá nunca.
(Teatro de la Capilla, Coyoacan, Mexico DF)


 

Résumé Actes Sud :
En soixante pages d’une pudeur et d’une discrétion exemplaires, Elena Poniatowska évoque ici la dévastation provoquée dans la vie d’Angelina Beloff par le départ de son amant, le peintre mexicain Diego Rivera. Dans ce récit épistolaire à une voix, c’est l’autre voix, celle de l’absent, qui par son silence donne à la solitude d’Angelina les dimensions du tragique. Le roman d’Elena Poniatowska est, depuis sa publication en 1978, l’un des livres les plus lus au Mexique. A découvrir comme il fut écrit : passionnément !

24 octobre 2012

41

Rogelio Guedea
éditions Ombres noires - 2012

À l'intérieur du coffre d'une voiture, le cadavre de Ramiro Hernández Montes, tué par balles. Situation pour le moins embarrassante pour le frère de la victime qui espère son élection au poste de gouverneur de l'État de Colima. Quatre flics sont chargés de l'enquête avec pour consigne de l'étouffer : le servile commandant Obispo, le Tigre Guerrero, violent mais efficace, Román et Sabino, deux policiers machos confrontés au monde gay. Car l'enquête révèle une série d'assassinats d'homosexuels, tous abattus avec un calibre .41, mais aussi les orgies organisées dans des villas luxueuses et le goût de certains notables pour les enfants. Ailleurs dans la ville, un gamin livré à lui-même se lie d'amitié avec un adulte qui ne tarde pas à l'initier à la drogue et au sexe. Un jour, on le présente à un couple, Roi Camilo et Reine Sofía...

Tiré d'un fait divers, roman sans concession sur la perte de l'innocence, 41 montre jusqu'où peut aller la perversion des plus vils personnages politiques.

(résumé de l'éditeur)

Rogelio Guedea est né au Mexique en 1974, où il a exercé la profession de fonctionnaire fédéral. Il a quitté le Mexique avec sa famille à la suite de nombreuses menaces de mort. Aujourd’hui, il vit en Nouvelle-Zélande où il enseigne la littérature hispanique. Il est considéré comme l’une des nouvelles voix du polar mexicain. 41 a reçu le Premio Interamericano de Literatura Carlos Montemayor. Il s’agit de son premier roman traduit en France.

(Source : Ombres noires)

Tempête sur le Mexique

Michel Peyramaure
édition le Livre de poche - 2012

Le tragique destin d’un empereur sacrifié. 1861. La République du Mexique, ruinée et affaiblie par les guerres civiles, est devenue un enjeu entre les grandes puissances. Napoléon III, en quête d’une tête couronnée à même d’y instaurer un régime à la solde de la France, choisit Maximilien de Habsbourg. Ce jeune prince, que l’accession au trône de son frère, François-Joseph, empereur d’Autriche, a privé de tout avenir, est un poète, un progressiste que rien ne prépare à l’exercice du pouvoir. Accompagné de sa belle épouse, Charlotte, il quitte son château de Miramar pour régner sur un pays dont il ne connaît rien. Persuadé qu’il répond à une aspiration du peuple mexicain, Maximilien déchante lorsqu’il apprend que ses sujets viennent grossir les rangs des rebelles à la solde de Benito Juárez, l’ancien président du Mexique. Au fur et à mesure que se poursuivent les combats entre impériaux et républicains, Maximilien se détourne de son empire pour se consacrer à ses maîtresses, tandis que sa courageuse femme gère les affaires de l’État. Quand Napoléon III annonce le retrait de ses troupes du Mexique, Maximilien relève la tête et décide enfin de se battre. Charlotte part en Europe afin de supplier l’empereur des Français de maintenir son soutien militaire.

Il est des personnages qui entrent dans l’histoire en même temps que dans la légende. Ainsi en est-il de la princesse Charlotte de Belgique et de l’archiduc Maximilien d’Autriche dont les destins incandescents transcendèrent les péripéties historiques pour atteindre d’emblée au mythe. Pouvait-on rêver couple plus romantique ? Elle, belle, ardente, musicienne, lui, raffiné, épris de poésie, avec la noble prestance des Habsbourg. Pourtant les fêtes, les voyages, les fastes de la cour de Vienne et du château de Miramar sur l’Adriatique ne dissipaient pas leur mélancolie. Quand Napoléon III, dans l’une de ces combinaisons diplomatiques scabreuses qui perdront son règne, leur propose en 1859 de devenir les souverains du Mexique, le couple entrevoit en rêve un pays immense, des trésors immémoriaux, le vent de l’aventure, leur amour régénéré. Une fois séparé, le malheur fondra sur le couple ; Charlotte perdra la raison, Maximilien la vie.

(résumé de l'éditeur)

16 octobre 2012

L'ultime secret de Frida K

Gregorio León
éditions Les Escales noires, 2012

Un autoportrait de Frida Kahlo a été voléà Mexico. Une jeune détective privée espagnole, Daniela Ackerman, est envoyée sur place pour le retrouver et fait une découverte surprenante : la toile contiendrait un message codéà destination de Léon Trotski, le célèbre révolutionnaire... devenu l'amant de Frida Kahlo pendant l'exil mexicain de celui-ci.
Au même moment, une série de meurtres défraye la chronique : les cadavres de strip-teaseuses sont retrouvés mutilés, l'image de la Santa Muerte– l'Ange de la mort – tatouée sur le sein gauche, tandis que des autels consacrés à cette secte religieuse rivale du Vatican sont détruits.
Daniela se retrouve ainsi plongée dans une enquête mêlant narcotrafiquants dévôts de la Santa Muerte, évêques officieux et curés aux visages d'ange, tueurs à gages en maillot du Real de Madrid et procureures mangeuses d'hommes obsédées par la chirurgie esthétique...
Un polar hispanique explosif qui nous dévoile, à travers une intrigue contemporaine sulfureuse, l'ultime secret de Frida K. et de sa liaison clandestine avec Trotski quelques mois avant son assassinat.

Source : site de l'éditeur


Mélangez au shaker Frida Khalo, Léon Trotski, la Santa muerte, Azcapotzalco, Tepito, une détective espagnole spécialisée dans l’art, un avocat mexicain véreux, un narcotrafiquant, un prêtre catholique blanchisseur d’argent et en perte d’ouailles, un évêque de la Niña Blanca en gain d’ouailles mais dont les autels sont saccagés, des teiboleras assassinées, un flic taciturne, une procureur nymphomane et un tatoueur. Agitez vivement quelques minutes, et jetez sur le papier ce qu’il en sort. On obtient ce livre qui a une trame linéaire aussi trépidante qu’une autoroute belge par une soirée d’automne. Les ingrédients ne sont la que pour servir d’exotisme à un style simpliste, à une histoire mal racontée et qui reste confuse du début à la fin.

Ph. H