2 juin 2017

La uruguaya


Pedro Mairal
Libros del asteroide, 2016


Un viaje existencial de un día en la vida de un escritor argentino que se encuentra confrontado a la crisis de los cuarenta años. ¿ O se es viejo o se es joven a los cuarenta ? Como asumir las responsabilidades de un padre de familia cuando se es un escritor en Argentina en plena crisis económica y con deseos de seguir comportándose como un joven de veinte años. Las angustias, las esperanzas, las alegrías y los miedos del personaje principal nos describen la vida cotidiana de un argentino y el problema del cambio de dólares. Muchos van a Uruguay para cambiar mejor y nuestro personaje en uno de sus viajes conoce a una joven que lo hace dudar sobre su matrimonio, la fidelidad, la existencia misma. Pedro Mairal tiene un estilo fácil y agradable de escribir. Nos proyectamos en el libro como si lo viviéramos. Baste como ejemplo, estas frases que hablan de su hijo :
“ A veces también tengo miedo de Maiko. Miedo a él. Incuba cada virus que se agarra en el jardín, lo aísla y lo fortalece dentro de su flamante sistema inmunológico y me lo pega con toda la furia. Sus gripes me derrumban, me dejan pensando que me voy a morir, sus gastroenteritis me mandan al banco de suplentes una semana entera, la conjuntivitis leve que se agarró me dejo ciego a mi dos meses. Lo veo avanzar con sus mocos, dice papa medio llorando, con es burbuja de moco que se le hace en un agujerito de la nariz, viene hacia mí, es un estreptococo de noventa centímetros. Mi sangre, mi foquito infeccioso.”

“ Y la vez que nos pegó los piojos, y el tiempo de los panales subatómicos, ¿ te acordas ?... Y ese superpoder involuntario que tiene para pegarme en las bolas desde ángulos imposibles. En el sillón, en la cama, o jugando a cualquier cosa, estoy en la otra punta y llega exacta la patada, el codazo, el pelotazo que me dobla. A veces hace una pausa antes de patear la pelota, como si calculara todas las variables de trayectoria, balística, gravedad, y después da la patada de puntería perfecta al centro de mi dolor ”.
En resumidas cuentas, un libro ameno donde se parecía el lenguaje irónico del autor.


El autor
Pedro Mairal nació en Buenos Aires en 1970. Su novela “Una noche con Sabrina Love” recibió el Premio Clarín de Novela en 1998 y fue llevada al cine en 2000. Publicó además las novelas “El año del desierto” y “Salvatierra”; un volumen de cuentos, “Hoy temprano”; y dos libros de poesía, “Tigre como los pájaros” y “Consumidor final”. Ha sido traducido y editado en Francia, Italia, España, Portugal, Polonia y Alemania. En 2007 fue incluido, por el jurado de Bogotá39, entre los mejores escritores jóvenes latinoamericanos. En 2011 condujo el programa de televisión sobre libros Impreso en Argentina. En 2013 publicó “El gran surubí”, una novela en sonetos, y “El equilibrio”, una recopilación de sus columnas. Sus artículos y crónicas están publicados en “Maniobras de evasión” (Editorial Universidad Diego Portales). En 2016 publicó la novela “La uruguaya”.
Fuente : Sitio del autor


ROB

21 mai 2017

Te vendo un perro

Juan Pablo Villalobos
Anagrama, 2015
Publié en français sous le titre Les Temps perdus, traduit par Claude Bleton, Actes Sud

Te vendo un perro raconte l’histoire d’un ancien « taquero » de 78 ans, Téo, artiste frustré durant sa jeunesse, car l’obligation d’aider sa mère l’a forcé à travailler comme vendeur de tacos. Cet amoureux de la bouteille… de whisky fauché échoue dans un immeuble habité par une colonie de cafards et une bande de personnes du troisième âge qui passent leur temps à organiser des lectures littéraires et à faire des ragots. Francesca en est la déléguée et, à ce titre, elle s’immisce dans la vie de Téo et dans son appartement car elle est persuadée qu’il écrit un roman. Lui se promène avec la Théorie Esthétique de Theodor Adorno dont il tire des phrases qu’il écrit dans un cahier, les mêlant à des réflexions sans queue ni tête sur son quotidien, pour ne pas faire mentir Francesca et l’attirer dans son lit.

Plusieurs personnages hauts en couleur gravitent autour de ce microcosme en particulier un mormon de l’Utah, un maoïste clandestin, Dorotea, une jeune policière dont le mormon est secrètement amoureux, et, les chiens de sa mère d’abord, puis d’autres ensuite, qui donnent son titre à ce roman plein d’un humour noir décapant. On sourit, on rit aussi franchement aux réparties des uns et des autres, à l’analyse percutante du Mexique de ces 80 dernières années, aux situations rocambolesques. Tout y est, la corruption, l’humour, les petites gens, les écrivains sans oublier l’évocation de plusieurs artistes peintres plus ou moins connus.

Juan Pablo Villalobos mêle le présent du narrateur à son enfance et sa jeunesse, et évoque la relation difficile qu’il a eue avec ses parents.

Dans une interview, J.P. Villalobos a dit, à propos de ce roman : « Qui n’a pas mangé un jour un taco à la viande de chien ? » Cette phrase nous plonge dans l’ambiance du livre.

L’auteur
Juan Pablo Villalobos est né en 1973 au Mexique à Guadalajara. Devenu écrivain, il publie des articles sur ses voyages, se fait un temps traducteur et, pour diverses publications, rédige des critiques littéraires et cinématographiques.Ses romans ont été traduits en français pour la plupart d’entre eux chez Actes Sud.

  • Fiesta en la madriguera (2010)
  • Quesadillas (2012)
  • Si viviéramos en un lugar normal (2012)
  • Te vendo un perro (2015), publié en français sous le titre Les Temps perdus, traduit par Claude Bleton, Arles, Actes Sud
  • No voy a pedirle a nadie que me crea (2016)

Marie-Ange Brillaud

1 mai 2017

Le Mexique au Marathon des mots - Toulouse du 22 au 25 juin 2017

Le Marathon des mots traverse l’Atlantique et met le cap sur le Golfe du Mexique et la mer des Caraïbes en compagnie des écrivains venus d’Amérique Centrale (Cuba, Costa Rica, Guatemala, Haïti, Martinique, Mexique, Porto Rico, Vénézuéla) et Latine (Bolivie).
Dix-huit écrivains  publiés récemment par des maisons d’éditions françaises – dont Patrick Chamoiseau, Guadalupe Nettel et Leonardo Padura , grande figure des lettres cubaines – prendront part à des rencontres et des lectures dans toute la métropole toulousaine.
On y découvrira la toute jeune scène littéraire mexicaine, remarquée par les éditeurs du monde entier et représentée à Toulouse par Aura Xilonen , Eduardo Rabasa, Laïa Jufresa ou Antonio Ortuño, mais aussi Enrique Serna, Martín Solares et David Toscana. Un concert d’Arielle Dombasle et Nicolas Ker (Poni Hax) viendra clôre ces quatre jours et trois nuits placés sous le signe du Mundo Latino.




Source :  Le Marathon des mots

23 avril 2017

Umami

Laïa Jufresa
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Margot Nguyen Béraud
Éditions Buchet Chastel, 05/2016

Umami explore les vies des habitants d’un lotissement de la ville de Mexico, renvoyés chacun à ses propres blessures par la disparition d’une petite fille.

C’est Ana, sa grande sœur, qui mène la danse : Ana voudrait vivre mais le poids de la peine des adultes, l’ennui d’un été qui n’en finit pas et son propre chagrin l’en empêchent. Aidée d’Alfonso, un voisin anthropologue que la mort de sa femme a laissé hagard, elle se lance corps et âme dans un projet audacieux : planter dans l’arrière-cour de sa maison une milpa, le champ traditionnel des communautés indiennes du Mexique. À mesure qu’elle remue la terre, ratisse et plante, les habitants de ce drôle de voisinage démêlent le passé, si douloureux soit-il, pour un jour enfin renaître.

Loin des clichés sur le Mexique, Laïa Jufresa met en scène, avec beaucoup de poésie, la vie de cette petite cour ; à l’instar des saveurs élémentaires qui donnent leur nom à chacune des maisons – sucré, salé, amer, acide, umami –, elle joue la gamme des sentiments humains et donne corps à toute leur complexité.

Source : éditions Buchet Chastel

L'édition de poche est sortie chez Folio le 13 avril 2017.

L’auteur
Laia Jufresa nacio en 1983, creció en el bosque de la niebla de Veracruz y pasó su adolescencia en París. Cuando a los 18 años se mudó a la Ciudad de México, descubrió que no sabía cruzar la calle. Desde entonces, escribe narrativa. Laia estudió en La Sorbona y es autora del libro de cuentos El esquinista (Fondo Editorial Tierra Adentro, 2014) y la novela Umami (Literatura Random House, 2015). En 2016, Umami se publicó en inglés y francés, y está por aparecer en italiano, olandés, turco, polaco y danés. Fue seleccionada como la mejor novela en español en el Festival de primeras novelas de Chambéry, Francia, y recibió el premio PEN Translates Award.

Source : site de l’auteur

4 avril 2017

Disparition du journaliste et écrivain mexicain Sergio González Rodríguez

C’est une des voix les plus honnêtes, les plus indépendantes et courageuses du pays qui s’éteint.

Muere Sergio González Rodríguez, el autor de Huesos en el desierto y premio Anagrama. El escritor y periodista mexicano (Ciudad de México, 1950) ha fallecido el 3 de abril 2017. Su obra contiene un reguero de pistas para llegar a comprender el fenómeno de la violencia en México. Premiado y reconocido fuera y dentro de su país, su compromiso le colocó también físicamente en el centro de la diana del terror. En 1999, mientras investigaba la matanza de mujeres en Juárez para su monumental Huesos del Desierto, unos sicarios lo asaltaron en un taxi y lo golpearon hasta dejarle una cojera crónica y un coagulo en la cabeza. 
Lire l’article (en espagnol) sur El País 

Lire la chronique de Huesos en el desierto sur ce blog


Sergio González Rodríguez (Foto: Héctor González / Aristegui Noticias)
En 2015, il avait publié un livre sur le cas Ayotzinapa, Los 43 d'Iguala.

26 mars 2017

Un jeu à somme nulle



Eduardo Rabasa
Titre original La suma de los cerros
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Chloé Samaniego
Éditions Piranha, 07/2016


Une dystopie à l’humour grinçant sur les ravages du néolibéralisme dans un pays ressemblant à s'y méprendre au Mexique.

Max Michels a l’habitude de cohabiter avec les voix présentes dans sa tête. La voix de son père, un homme exigeant jusqu’à la tyrannie qui lui a inculqué de force la maxime selon laquelle « la valeur de tout homme se mesure à la dose de vérité qu’il peut supporter ». Et les voix des « nombreux », qui remettent sans cesse en cause le moindre de ses actes.

Jusqu’au jour où, lassé d’être la marionnette de ses démons, il décide de se présenter à la présidence de Villa Miserias, une « unité habitationnelle » régie par un système subtil mais implacable : le quiétisme en mouvement.

Dans cette fable politique grinçante, qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de George Orwell, Eduardo Rabasa dissèque avec la précision d’un chirurgien les mensonges et les errements de nos démocraties modernes transformées en ploutocraties représentatives.

Source : éditions Piranha

L’auteur
Eduardo Rabasa (Ciudad de México, 1978), estudió Ciencias Políticas en la Unam, de donde se tituló con una tesis sobre el concepto de poder en la obra de George Orwell. Escribe una columna semanal para Milenio y ha traducido libros de autores como Morris Berman, George Orwell y Somerset Maugham. En 2002 fue uno de los miembros fundadores de la editorial Sexto Piso, donde trabaja como editor desde entonces. La suma de los ceros es su primera novela.

Source

 

17 mars 2017

N'envoyez pas de fleurs

Martín Solares
Titre original No manden flores
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot
éditions Christian Bourgeois, 02-2017

L’action se déroule dans le Golfe du Mexique, non loin de la frontière avec les États-Unis, à La Eternidad : une ville qui porte mal son nom car ses habitants ne semblent pas voués à y faire des vieux os.
Qui vient d'enlever la jeune Cristina, la jeune fille de 17 ans d'un riche couple ? Qui est son fiancé, qui l'accompagnait ? Un événement banal dans la région de La Eternidad, dans le golfe du Mexique. Carlos Treviño, un ancien policier, est chargé de l'enquête. Les parents de Cristina sont riches et puissants et, avec l’aide du consul américain Don Williams qui offre aussi ses services, ils ont décidé de retrouver leur fille coûte que coûte. Dès lors, l’enquête avance à grands pas, ce qui n’aurait pas été le cas avec la police locale. La police, justement, est dirigée par le commissaire Margarito González, que tout le monde craint et qui a quelques comptes à régler avec Treviño.
Récit impitoyable, désabusé, drôle, Martín Solares, dans la grande tradition du roman noir, convoque les témoins pour les faire parler et mentir.
Ce roman noir révèle les liens tortueux entre la mairie de la ville, les policiers, les syndicats, les gardes du corps, le crime organisé, le consul des États-Unis, et la collusion qui les rassemble tous.
Police corrompue, services secrets partisans, meurtres, enlèvements, bandes rivales sont une allégorie du Mexique contemporain.

L'auteur
 Martin Solares est né en 1970 à Tampico au Mexique. Parallèlement à son travail de recherche et d'écriture, il travaille depuis 1989 comme critique, professeur et éditeur de littérature. En 1992, il a reçu la mention honorifique du Prix national Periodismo Cultural Fernando Benítez. En 1998, il a obtenu le Prix national Efrain Huerta pour la fiction. De 2000 à 2007, il a vécu à Paris où il a effectué un doctorat en littérature à la Sorbonne.
Ses nouvelles et ses travaux critiques ont été publiés dans de nombreuses revues et anthologies au Mexique mais aussi en Angleterre, en France, aux États-Unis et en Espagne.
En 2006, un groupe d'écrivains, parmi lesquels Sergio Pitol, Juan Villoro et Mario González Suares, l'ont désigné comme l'un des jeunes auteurs les plus prometteurs des dix dernières années.
Source : éditions Christian Bourgeois

6 mars 2017

Ni vivants ni morts


Federico Mastrogiovanni
Titre original Ni vivos ni muertos
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry
Éditions Métailié, 09/02/2017

Depuis une dizaine d’années, on compte plus de 30 000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, l’onde de choc s’est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l’homme, ni les initiatives des familles n’ont suffi, dans ce cas comme dans d’autres, à faire apparaître la vérité – et encore moins à enrayer le phénomène. Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man’s land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l’atmosphère. Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l’angoisse interminable, les menaces, l’hypocrisie des autorités. L’enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu’à la possibilité d’une contestation. C’est le portrait sensible et effrayant d’un pays miné par la peur, où l’État piétine sciemment ses propres prérogatives – et les droits de ses citoyens –, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.

Ni vivants ni morts a reçu le prix PEN Mexico 2015 et le prix national du journalisme en 2015.

L'auteur
Federico Mastrogiovanni est un journaliste et documentariste né à Rome en 1979, qui vit au Mexique depuis 2009. Il travaille actuellement pour plusieurs magazines sud-américains, parmi lesquels Variopinto, Gatopardo, Esquire Latin America et Opera Mundi.

A propos du livre
Au Mexique, la nuit des ni morts ni vivants
Par François-Xavier Gomez (Libération, 22 février 2017)

L’Argentine de la dictature militaire (1976-1983) a comptabilisé, suivant les sources, entre 9 000 et 30 000 disparus ; le Chili de Pinochet, de 2 000 à 3 000. Au Mexique, en 2013, le ministère de l’Intérieur (source on ne peut plus officielle) chiffrait à 27 000 les personnes enlevées qui n’ont plus donné signe de vie. Dans un pays où beaucoup de délits ne sont pas dénoncés, par peur de représailles, par méfiance envers les autorités, il faut sans doute multiplier plusieurs fois ce nombre pour approcher la réalité. Le Mexique actuel ne correspond sans doute pas à la définition d’une dictature, malgré de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux, mais il montre les caractéristiques d’un pays en guerre. Telle est la conclusion accablante du livre reportage de Federico Mastrogiovanni.

Qui sont les victimes de ces disparitions ? Des migrants, proies faciles qui tentent de gagner les Etats-Unis, des militants des droits humains, des défenseurs de l’environnement, des journalistes… Et toute personne qui a eu le tort d’être le mauvais jour au mauvais endroit.

Ces exactions, les médias (dont Libération) les relatent avec constance depuis des années. Là où le journaliste italien va plus loin, c’est dans sa désignation des responsables. Le trafic de drogue n’est, selon lui, qu’un rideau de fumée, le véritable donneur d’ordres des enlèvements et des assassinats est l’armée, dans le but de créer un « haut niveau de terreur » et faire taire quiconque s’oppose à l’exploitation minière, notamment le gaz de schiste.

Lire l’intégralité de l’article sur Libération

19 février 2017

Dans les griffes de Salm-Salm


Sauvage tome 2
Scénario : Yann - Dessin : Félix Meynet
Éditions Casterman, 01/2017


En 1864, le Mexique est en partie occupé par un corps expéditionnaire français. Engagé au sein de l’armée impériale du Mexique, le sous-lieutenant Félix Sauvage poursuit sa quête de vengeance contre le marquis de Trazegnies, lui-même commandant de cavalerie au sein de l’armée impériale du Mexique et responsable du sort de ses parents. Mais sur sa route se dressent d’autres intrigues qui le dépassent et auxquelles il se trouve mêlé. Après la mort de leur frère Honoré engagé dans le corps expéditionnaire, sa sœur Clémentine Sauvage, femme d’honneur et de caractère, décide de s’engager sur le champ comme cantinière au Mexique. Il lui revient à elle, avant Félix, de venger leurs parents. Mais un an plus tard, c’est Félix qui se retrouve dans l’armée française au Mexique, tenant sa sœur pour morte, avec le devoir d’honorer la vengeance. Il y découvre les méthodes atroces du colonel Dupin, chef du l’escadron de contre-guérilla, qui fait exécuter ses prisonniers en faisant galoper des chevaux sur leurs têtes dépassant de terre. Il reçoit comme une échappatoire à cette barbarie la mission d’aller porter son bâton de maréchal au commandant Bazaine. Au cours de cette mission, Félix se rend compte qu’il était poursuivi par Agnès de Salm-Salm, qui nourrit de son côté un tout autre dessein, l’évasion de son mari, prisonnier des mexicains.
Le premier titre retenu pour ce tome 2 était « Le spectre de Chapultepec ». Voir la fiche du tome 1.

© Casterman - Dupin, en uniforme mexicano-hongrois et ses méthodes expéditives

Sauf sur le plan militaire et la célèbre bataille de Camerone, l’intervention française au Mexique (1861-1867), se solda par un fiasco que les livres d’histoire évoquent peu. Le scénario de Yann, sur trame de fond de vengeance familiale, mêle avec succès aventure, exotisme, western et romance. Avec Félix Meynet au dessin, la griffe artistique est maîtrisée et aboutie, avec une très haute exigence concernant les uniformes, vêtements et les décors. L’ambiance graphique qui en résulte est une indéniable réussite.
© Casterman - Les uniformes très fidèlement dessinés par Meynet
L’album évoque aussi le Colonel Charles Dupin, personnage historique pittoresque qui, à la tête de sa troupe de contre-guérilla, laissa un mauvais souvenir au Mexique. Après la prise d’Oaxaca, les militaires furent envoyés combattre au nord du Mexique, là où la guérilla était la plus virulente. Le corps expéditionnaire n’était pas habitué à lutter de cette manière : lorsque les rebelles étaient en position de force, ils attaquaient, dans le cas contraire, ils fuyaient. En outre, ils avaient des chevaux, ce qui n’était pas le cas des Français. Afin de lutter contre cette stratégie, se mit en place la contre-guérilla du colonel Dupin : une troupe d’hommes du pays, connaissant le terrain sur lequel ils s’aventuraient, équipés de chevaux, agissaient en marge de l’armée française. Les exactions de Dupin sont restées dans la mémoire collective mexicaine dans les régions où il a sévi (états de Veracruz, Puebla, Oaxaca). Il arrive encore aujourd’hui que les enfants turbulents soient menacés de la venue d’el Dupin (prononcer doupine), comme on le ferait en France avec le croquemitaine.

Le colonel Dupin au Mexique

Son portrait est dressé dans plusieurs ouvrages (extraits) :

- Charles est un officier français, baroudeur-buveur-joueur-pilleur-violeur, qui participe aux expéditions impérialistes. Depuis peu, Dupin commande une unité de contre-guérilla chargée de tenir à distance les Mexicains libéraux et les bandes de brigands qui sévissent dans les basses terres. Disposant d’une troupe bigarrée d’environ 150 cavaliers, parmi lesquels des Indiens prêts à se livrer à des exactions moins pour combattre les libéraux du président Benito Juárez que pour terroriser les populations et faire le vide autour de lui, l’intellectuel baroudeur Dupin – surnommé la « hyène de Tamaulipas » par les Mexicains – pense parvenir à rétablir la sécurité en recourant à une technique d’engagement inédite qui fait une large place aux méthodes expéditives de l’adversaire, parmi lesquels brigandage et cruauté le plus souvent gratuite figurent en bonne place. De plus, les légionnaires ont subi des conditions de détention sévères : les exactions du colonel Dupin ne pouvaient qu’exaspérer la population civile et les soldats réguliers et irréguliers de l’Etat de Veracruz qui ainsi vengeaient leurs morts.
(Camerone - 30 avril 1863, André-Paul Comor, Tallendier, 2012)


- Le Mexique ne pouvait que tenter un pareil caractère, et il s’engagea d’abord dans les troupes mexicaines. Mais Forey, puis Bazaine, séduits par sa personnalité et son efficacité, lui confièrent l’organisation de la contre-guérilla dans les Terres chaudes où sa science du terrain, sa technique de l’engagement et son peu de respect pour les règles classiques de la guerre firent merveille. Au grand dam des généraux, il ne dépendait que du commandant en chef qui lui avait donné carte blanche. Sa bande de soldats-brigands qui lui étaient tout dévoués et lui-même avec sa grande barbe, son uniforme mexicano-hongrois éclatant et bizarre et son pistolet dans la ceinture, furent bientôt connus de toute l’armée, et ses colonnes infernales, redoutées des libéraux. Sur les territoires qu’il contrôlait, il signait les décrets « gouverneur Charles Du Pin ». Ses méthodes étaient expéditives. Il multipliait les coups de main, exécutait les prisonniers, brûlait les villages soupçonnés de connivence avec les juaristes, éliminait les civils suspects. Il ne faisait pas de quartier et les actes de cruauté ne le rebutaient pas. Sa tête fut mise à prix pour 100 000 francs, en vain. Dans le même temps – car l’homme était complexe – il écrivait de tendres lettres à sa nièce qui aurait voulu l’épouser si seulement ses parents y avaient consenti, et il dira lui-même : « J’ai fait une guerre atroce ». Remis en activité hors cadre, il avait été fait commandant de la Légion d’honneur et cité à l’ordre du corps expéditionnaire. Mis en cause par l’empereur Maximilien, et par ses pairs à la fois jaloux de ses résultats et réprobateurs des moyens employés, le « monstre » des Terres chaudes, le « diable rouge » fut renvoyé en France en avril 1865 et remplacé par le capitaine Ney d’Elchingen. Une enquête sur ses agissements aboutit à le laver d’accusations de détournements de fonds et il revint au Mexique en janvier 1866. Cette fois, Bazaine refusa d’obéir à Maximilien furieux de son retour et déclara à l’intéressé : « Je serais trop heureux d’avoir beaucoup d’officiers de votre trempe. » Mais l’affaire Du Pin, qui fit grand bruit, illustra pour tous des deux côtés de l’Atlantique, les conditions pénibles et les moyens discutables de l’intervention, et Du Pin finit par être remplacé.

(Dictionnaire du Second Empire, Dupin Charles-Louis, Fayard, 1995)


Pour en savoir plus :
L'expédition du Mexique sur Histoire du monde
Dupin le chacal sur le blog de Claire Grube
Médaille de la campagne du Mexique
PhH