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21 mai 2017

Te vendo un perro

Juan Pablo Villalobos
Anagrama, 2015
Publié en français sous le titre Les Temps perdus, traduit par Claude Bleton, Actes Sud

Te vendo un perro raconte l’histoire d’un ancien « taquero » de 78 ans, Téo, artiste frustré durant sa jeunesse, car l’obligation d’aider sa mère l’a forcé à travailler comme vendeur de tacos. Cet amoureux de la bouteille… de whisky fauché échoue dans un immeuble habité par une colonie de cafards et une bande de personnes du troisième âge qui passent leur temps à organiser des lectures littéraires et à faire des ragots. Francesca en est la déléguée et, à ce titre, elle s’immisce dans la vie de Téo et dans son appartement car elle est persuadée qu’il écrit un roman. Lui se promène avec la Théorie Esthétique de Theodor Adorno dont il tire des phrases qu’il écrit dans un cahier, les mêlant à des réflexions sans queue ni tête sur son quotidien, pour ne pas faire mentir Francesca et l’attirer dans son lit.

Plusieurs personnages hauts en couleur gravitent autour de ce microcosme en particulier un mormon de l’Utah, un maoïste clandestin, Dorotea, une jeune policière dont le mormon est secrètement amoureux, et, les chiens de sa mère d’abord, puis d’autres ensuite, qui donnent son titre à ce roman plein d’un humour noir décapant. On sourit, on rit aussi franchement aux réparties des uns et des autres, à l’analyse percutante du Mexique de ces 80 dernières années, aux situations rocambolesques. Tout y est, la corruption, l’humour, les petites gens, les écrivains sans oublier l’évocation de plusieurs artistes peintres plus ou moins connus.

Juan Pablo Villalobos mêle le présent du narrateur à son enfance et sa jeunesse, et évoque la relation difficile qu’il a eue avec ses parents.

Dans une interview, J.P. Villalobos a dit, à propos de ce roman : « Qui n’a pas mangé un jour un taco à la viande de chien ? » Cette phrase nous plonge dans l’ambiance du livre.

L’auteur
Juan Pablo Villalobos est né en 1973 au Mexique à Guadalajara. Devenu écrivain, il publie des articles sur ses voyages, se fait un temps traducteur et, pour diverses publications, rédige des critiques littéraires et cinématographiques.Ses romans ont été traduits en français pour la plupart d’entre eux chez Actes Sud.

  • Fiesta en la madriguera (2010)
  • Quesadillas (2012)
  • Si viviéramos en un lugar normal (2012)
  • Te vendo un perro (2015), publié en français sous le titre Les Temps perdus, traduit par Claude Bleton, Arles, Actes Sud
  • No voy a pedirle a nadie que me crea (2016)

Marie-Ange Brillaud

5 mars 2016

Les temps perdus

Juan Pablo Villalobos
traduit de l'espagnol (Mexique) par Claude Bleton
Actes sud, 02-2016

Après une dure vie de labeur à vendre des tacos douteux dans le centre de Mexico, Teo coule une retraite pittoresque dans un vieil immeuble délabré qu’il partage avec une dizaine de congénères et une impressionnante légion de cafards. Indépendant et fantasque, il refuse obstinément d’intégrer le cercle de lecture du troisième âge initié par la sémillante Francesca, objet de tous ses fantasmes. Il n’a pourtant échappé à personne qu’il est probablement écrivain, puisqu’il passe son temps à noircir des carnets. Converti en ennemi public no 1, il détient, fort heureusement, une arme imparable : la Théorie esthétique d’Adorno, véritable bijou multi-usage, paradigme vital tout aussi efficace pour chasser les vendeurs importuns et exterminer les blattidés hostiles que pour river le clou à des vieillards décatis obnubilés par leurs ateliers de macramé, de modelage en mie de pain ou d’analyses de haute volée sur La Recherche du temps perdu.

Entre querelles de voisinage hilarantes et pulsions érotiques déjantées, l’auteur embrasse trois quarts de siècle de l’histoire du Mexique avec révolution et contre- révolution, crimes d’État, corruption, assassinats, disparition et marginalité.

Une irrévérence affirmée, instructive et salutaire.

Source : éditions Actes sud

6 février 2016

Si nous vivions dans un endroit normal

Juan Pablo Villalobos
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Claude Bleton
Editions Actes Sud, octobre 2014
Collection Lettres latinos américaines

Le jeune Oreste vit au sommet d’une colline dans une bourgade mexicaine peuplée de vaches, de prêtres et d’ingénus qui croient aux fantômes, aux ovnis et aux miracles. Sa nombreuse fratrie, affublée de prénoms grecs par un père professeur d’éducation civique, se dispute tous les soirs les sempiternelles quesadillas* préparées par une mère mélodramatique, acharnée à convaincre sa progéniture que la piteuse famille appartient à la classe moyenne.
Alors qu’une fraude électorale** sème la zizanie dans le village, la disparition dans un supermarché des “jumeaux pour de faux” Castor et Pollux fournit à Oreste le prétexte rêvé pour entreprendre l’odyssée de sa vie et découvrir le vaste monde qui s’étend au pied de sa butte.
Louvoyant habilement entre peste et choléra (nationalisme populiste et catholicisme pathologique), l’auteur fige son pays dans une désopilante caricature pour stigmatiser les errements d’une société livrée au non-sens : corruption, violence, pauvreté, trafics en tout genre.
André Breton tenait le Mexique pour un pays surréaliste, on observe que ce serait là un moindre mal.

Source Éditions Actes Sud

*  Les quesadilla font partie des antojito (en-cas) mexicains, mais aussi d'Amérique centrale. Elles sont réalisées à partir de tortillas de mais ou de blé,  garnies de fromage fondant (queso oaxaca par exemple). On peut y ajouter de nombreux éléments, champignons, viande, fleurs de courgettes, cactus ... Les quesadillas sont cuites sur une plaque d'acier appelée comal.

** La fraude électorale est une donnée incontournable de la démocratie mexicaine. Elle sévit à tous les niveaux, élection des maires, des députés, des gouverneurs et des Présidents de la République. Il est plus que probable que les élections présidentielles de 1994 qui ont vu la défaite de Cuauthémoc Cardenas contre Carlos Salinas de Gortari ont été entachées d'une fraude massive (panne électrique) qui a inversé le résultat. En 2006, le candidat vaincu (de 0,56%) Lopez Obrador n'a pas reconnu sa défaite face à Calderón, et en 2012, Lopez Obrador a mis en cause le parti du vainqueur (Peña Nieto -PRI) pour achat de votes et en pointant la surexposition de ce dernier dans les médias, grâce au canal de télévision Televisa.