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3 mai 2025

Ici, c'est pas Miami

Fernanda Melchor
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Laura Alcoba
éditions Grasset, 05-2025

Présentation de l'éditeur

Veracruz, sur la côte caribéenne du Mexique, est l’une des villes les plus dangereuses du monde. C’est aussi le lieu de naissance de Fernanda Melchor, figure incontournable des lettres latino-américaines.  
Avec ce recueil de chroniques littéraires, la romancière fait le portrait d’une cité portuaire ravagée par le narcotrafic depuis les années 1970. Dans chaque récit, Fernanda Melchor raconte comment ses habitants vivent sous le joug d’une violence généralisée où les fusillades, les règlements de compte et la corruption n’épargnent personne. Une ancienne reine du carnaval, accusée d’infanticide, est traitée comme une paria ; un avocat, convoqué par un membre du cartel Los Zetas, s’arrange avec la vérité  ; des clandestins dominicains, épuisés par leur traversée, croient être à Miami quand ils accostent à Veracruz ; une adolescente, possédée par un démon, doit subir un exorcisme. La réalité de Veracruz est cruelle, mais les bourreaux ont aussi des élans d’humanité, et les victimes leur part d’ombre.  
Dans la grande tradition du journalisme littéraire qui va de Truman Capote à Leila Guerriero, Fernanda Melchor interroge l’origine du mal, en affirmant le pouvoir des mots pour le combattre. L’intelligence de cette observatrice de son temps et de la condition humaine fait d’Ici, c’est pas Miami une lecture dont nul ne peut sortir indemne.

Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur

Informations
ISBN : 9782246838982
Pages : 240
Prix : 21,50 €

Pour ce livre, Fernanda melchor est la première auteure mexicaine a remporter le Prix Ryszard Kapuscinski du reportage littéraire en 2024 


Aquí no es Miami
editorial Random House, 2013

Aquí no es Miami es un libro de relatos híbridos, aleación entre periodismo y literatura, que aborda lúcidamente las condiciones que germinaron el terror de la llamada guerra contra el narcotráfico en un estado especialmente golpeado por esta debacle como lo es Veracruz.

"Un volumen devastadoramente salvaje y rústico que conmociona y nos hace girar la vista hacia fronteras y paisajes que a menudo ignoramos."Sin embargo

En una epoca de límites borrosos entre la verdad y la mentira, el caos y el orden, el horror y la indolencia, la delincuencia organizada y el Estado, aparece Aquí no es Miami, un libro de relatos híbridos, aleación entre periodismo y literatura, que aborda lúcidamente las condiciones que hicieron germinar el terror de la llamada "Guerra contra el Narcotráfico" en un estado especialmente golpeado por esta debacle: Veracruz.

Más allá de la intención de entregar un recuento de datos duros, Melchor nos ofrece historias sobre personas; víctimas y criminales, sí, pero sobre todo hombres y mujeres comunes entregados a la lucha por la supervivencia, con esa mirada suya honda y compasiva, pero cruda y directa, con la que es inevitable

Premio internacional Ryszard Kapuscinski 2024

Ce qu'en dit l' Enciclopedia de la literatura en Mexico

Las crónicas de Fernanda Melchor dan cuenta de la degradación humana en uno de sus aspectos más sórdidos. Lo que su libro hace es manifestar la ignominia en toda esta rudeza. 

En una época de límites borrosos entre la verdad y la mentira, el caos y el orden, el horror y la indolencia, la delincuencia organizada y el Estado, aparece Aquí no es Miami, un libro de relatos híbridos, aleación entre periodismo y literatura, que aborda lúcidamente las condiciones que germinaron el terror de la llamada Guerra contra el Narcotráfico en un estado especialmente golpeado por esta debacle como lo es Veracruz. 

Más allá de la intención de entregar un recuento de datos duros, Melchor nos ofrece historias sobre personas: víctimas y criminales, sí, pero sobre todo hombres y mujeres comunes entregados a la lucha por la supervivencia, con esa mirada suya honda y compasiva, pero cruda y directa, con la que es inevitable involucrarse y conmoverse. 

El Veracruz de Fernanda Melchor no es tanto un escenario sino un personaje en esta ola de violencia. La cercanía de la autora con las historias que narra, y un uso siempre arriesgado del lenguaje, son las mayores fortalezas de esta nueva edición revisitada que cuenta con una nueva crónica. Y aunque estos relatos se enmarcan en una temporalidad, son aún reflejo deun país cuyas arenas siguen siendo movedizas.

 

Portrait. Fernanda Melchor, figure de proue de la littérature mexicaine contemporaine
À 42 ans, Fernanda Melchor est devenue l’une des autrices phares de la littérature mexicaine, particulièrement dynamique ces dernières années. “Ici, c’est pas Miami”, l’un de ses premiers ouvrages, sur son État natal de Veracruz, vient d’être traduit en français.

15 février 2025

Montrez-leur la mort

Pierre Luciani
éditions Melmac Cat, 02-2025

Présentation de l'éditeur

Habib Pieri, enseignant désabusé, s’envole pour le Mexique dans l’espoir d’y refaire sa vie. Kheira, dont il a été l’amant lors de ses séjours en France l’accueille chez elle. Mais les choses ne tournent pas comme il l’avait espéré et il se retrouve englué dans un vaudeville tropical. Son refus des implants cervicaux, imposés aux cols blancs de ce pays, l’empêche de trouver rapidement du travail pour s’extirper de ce mauvais pas. Entre intelligences artificielles qui n’en font qu’à leurs têtes, corruption généralisée, narcos diaboliques qui testent leurs dernières drogues de synthèse sur des criminels lâchés dans la nature, Pieri pourra-t-il se sortir d’une situation qui vire au mauvais trip sous peyote ?
Autre temps, autre continent. En France, les Verts-bruns de TAPE (Terres aux peuples d’Europe) sont aux portes du pouvoir, poussés par la colère et les inégalités toujours plus criantes. Un nouveau-né, lui, est aux portes de la mort, son père va tout faire pour payer des frais d’hospitalisation exorbitants et le sauver, y compris verser dans la criminalité la plus meurtrière.

Intelligence artificielle, narco-trafic, critique sociale, le nouveau roman de Pierre Luciani surfe avec bonheur sur un certain nombre des problématiques du temps.

Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur

Informations
ISBN : 9782492759253
Nombre de pages : 320
Prix : 18 €



 

24 août 2024

Cartels

Voyage au pays des narcos
Frédéric Saliba
documentaire
éditions du Rocher, 09-2024

Présentation de l'éditeur

 
« Je n'étais pas correspondant de guerre, c'est la guerre qui est venue à moi. » Cette confidence, Frédéric Saliba l'a entendue des dizaines de fois de la part de ses confrères mexicains. Quand il débarque à Mexico, en février 2006, le journaliste écrit sur l'économie, la culture et le tourisme de ce grand pays, voisin de la première puissance mondiale. Dix mois plus tard, Felipe Calderón, le nouveau président, déclare la guerre aux cartels de la drogue. Les mafias s'affrontent, entre elles et contre les autorités, à coups de fusils-mitrailleurs et lance-roquettes antichars. L'embrasement attire l'attention des médias internationaux. Frédéric Saliba se retrouve à couvrir ces crimes glaçants, le marché juteux de la drogue, ses tueurs, ses victimes, ses collusions politiques, sa narco-culture… La militarisation exacerbe un conflit qui fera, de 2006 à 2024, plus de 450 000 morts et 70 000 disparus !
Cartels, voyage au pays des Narcos plonge le lecteur dans le quotidien d'un correspondant étranger qui livre les coulisses de ses reportages, ses craintes, ses poussées d'adrénaline et ses réflexions intimes, sur un puzzle mafieux où l'ultraviolence fait loi. Le reporter nous embarque, dans ses pas, à la découverte d'une guerre sans fin. Un regard journalistique et un vécu personnel qui révèlent un pays contrasté, baroque et généreux, mais aussi inégalitaire, machiste et corrompu. Vue de France, cette spirale infernale semble bien lointaine. Et pourtant, les cartels mexicains ont pris pied en Europe. Les Cassandre parlent déjà de « mexicanisation » du narco-banditisme français.
 
La fiche du livre sur le site de l'éditeur
 
Informations
ISBN : 9782268110295
Nombre de page : 416
Prix :  19,90€ 

L'auteur
Installé à Mexico pendant plus de quinze ans, Frédéric Saliba a assuré la correspondance du journal Le Monde au Mexique et en Amérique centrale, tout en collaborant avec d'autres médias. Auteur de l'ouvrage, Les Mexicains, passionnels, il a également écrit et réalisé un documentaire sur le quartier lacustre de Xochimilco, poumon écologique de la capitale mexicaine.
 

1 juin 2024

Rendez-les-nous vivants !

Sur les traces des disparus d'Ayotzinapa
Anahi H. Galaviz (Dessin, Couleurs)
Marco Parra, Andalusia K. Soloff (Scénario)
éditions Presses de la Cité, 10-2023

 

Résumé

Fin 2014, le Mexique apprenait avec stupeur l'enlèvement de 43 étudiants. Ils manquent toujours à l'appel... Le 26 septembre 2014, le Mexique apprenait avec stupeur la disparition de 43 élèves instituteurs de l'École normale d'Ayotzinapa, dans l'État de Guerrero. Malgré les inlassables recherches des parents et proches des étudiants pour faire la lumière sur cette affaire, ils manquent toujours à l'appel. Rendez-les-nous vivants !
Un roman graphique engagé, qui a révélé l'ampleur de l'état de terreur et de corruption d'un Mexique aux prises avec une guerre des cartels d'une violence inouïe.
" En tant que journaliste indépendante travaillant pour des médias internationaux, j'ai consacré des dizaines de reportages, d'articles et d'entretiens à cette affaire. Mais je sentais qu'il manquait toujours un témoignage à même d'expliquer sa réalité complexe dans son ensemble. Ainsi est née cette bande dessinée dont l'ambition est de documenter le voyage émotionnel des familles de disparus qui, socialement marginalisées et exclues, se sont retrouvées du jour au lendemain les porte-parole de toute une nation. "
Andalusia K. Soloff

La fiche du livre sur le site de l'éditeur
 
Informations :
ISBN : 9782258201767
Nombre de pages : 208
Prix : 20 €


Andalusia K. Soloff est une journaliste indépendante, spécialiste de l’actualité mexicaine, qui travaille comme correspondante locale pour de nombreux médias étrangers.
Marco Parra est illustrateur et a déjà collaboré à plusieurs romans graphiques. Comme Andalusia K. Soloff, il est très investi dans la défense de la liberté de la presse dans son pays.
Anahi H. Galaviz est artiste plasticienne. 

 



18 mai 2024

Rendez-les-nous vivants !

Histoire orale des attaques contre les étudiants d'Ayotzinapa
John Gibler
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Anna Touati
Gravures de Yoel Jimenez
éditions CMDE, 04-2017

Postface inédite du Collectif Paris-Ayotzinapa et du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Présentation de l'éditeur

La nuit du 26 septembre 2014 à Iguala, dans l’État de Guerrero au Mexique, 6 personnes ont été assassinées et 43 étudiants de l’école rurale d’Ayotzinapa ont disparu. Au Mexique, où l’État et le narcotrafic ont fusionné, où plus de 29 000 personnes sont portées disparues, cette tragédie a été celle de trop. « L’affaire » des 43 étudiants d’Ayotzinapa a réveillé la société mexicaine dans ses bases les plus profondes et a suscité un élan de solidarité internationale.
Le gouvernement s’est empressé de répandre de fausses rumeurs et de conclure l'enquête par des théories aussi fumeuses que mensongères. John Gibler, lui, s’est rendu sur les lieux quelques jours après les faits pour comprendre ce qui s’était passé. Pendant près d’un an, il s’est entretenu avec les rescapés, les témoins des attaques et les parents des disparus. Ce livre est fait de leurs voix.

Prologue de l’auteur à l’édition française

Vers 21 heures, le 26 septembre 2014, des centaines d’agents de police et un certain nombre d’hommes armés en civil ont commencé à attaquer cinq bus d’étudiants à Iguala, dans l’État de Guerrero, au Mexique. À 15 kilomètres de cette ville, sur l’autoroute, ils ont aussi attaqué un bus qui transportait une équipe de jeunes footballeurs de troisième division, des voitures et des taxis. Les attaques se sont déroulées simultanément dans différents lieux, pendant plus de huit heures. La police municipale, la police de l’état, la police fédérale et des hommes armés en civil ont tous collaboré, cette nuit-là, pour tuer 6 personnes, en blesser plus de 40 (dont une est toujours dans le coma) et ont fait disparaître 43 étudiants de l’école rurale normale Raúl Isidro Burgos d’Ayotzinapa, dans l’État de Guerrero. Les tueurs ont torturé un étudiant, lui ont arraché le visage et ont abandonné son corps sur un petit tas d’ordures à quelques rues des attaques. Plus de deux ans après, 43 familles cherchent toujours leurs fils.

Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur

John Gibler est journaliste indépendant. Il est l’auteur de quatre livres, dont Mourir au Mexique (CMDE, 2015) et Mexico Unconquered: Chronicles of Power and Revolt (City Lights), sur l’histoire récente mexicaine.

Informations :
ISBN : 979-10-90507-234
Nombre de pages : 208
Prix : 18 €
Coll. Les réveilleurs de la nuit 



17 février 2024

L'Histoire très ordinaire de la générale Ascencio

Angeles Mastretta
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Michel Mibart
Gallimard, 09-1989

 

Présentation de l'éditeur

Jeune Mexicaine de Puebla, Catalina appartient à une famille nombreuse et très modeste. Dans les années 1930, elle rencontre un général de la Révolution de 1910, quadragénaire ambitieux et séduisant. Il l'enlève plus qu'il ne l'épouse, et elle devient sa femme officielle.
Mais, bien que toujours séduite par la forte personnalité du général Andrés Ascencio, Catalina ne tarde pas à s'apercevoir, avec frayeur, des moyens dont usent les politiciens héritiers de la Révolution pour affermir leur pouvoir politique et financier : la corruption et l'assassinat.
Par ailleurs, elle accepte presque tout : les nombreux enfants que le général a d'autres femmes et que, souvent, il lui confie ; le meurtre des syndicalistes, ouvriers ou paysans, qui s'opposent à lui, ou celui de la femme qui lui résiste ; l'immense fortune qu'il amasse, et dont elle bénéficie. Jusqu'au jour où le général fait abattre le jeune musicien aux idées généreuses en qui elle a trouvé le véritable amour.
Dès lors, la jeune femme jetée aux lions dans une société close et limitée aux devoirs conjugaux et maternels, la femme gardée, retrouvera d'un coup la nature qui était la sienne autrefois et qu'une vie facile avait quelque peu étouffée. Et, dépassant en ruse et en intelligence son seigneur et maître, elle connaîtra enfin l'irremplaçable plaisir de ne vivre que pour soi et par soi... 

Informations :
ISBN : 9782070715077
Nombre de pages : 300
Prix : 21,30 €

12 février 2022

Du tabac pour le puma

Juan Hernández Luna
Titre original  Tabaco para el puma
traduit de l'espagnol (Mexique) par Christophe Josse
éditions L'Atalante, 02-1999

 

Présentation de l'éditeur

Puebla au Mexique, ville fondée, dit-on, par les anges. Pourtant... Ezequiel Aguirre, magicien sur la touche, s’abreuve d’émotions fortes ; il cherche à oublier le départ de sa femme. Liliana, sa fille, risque gros à filmer un trafic d’immigrés clandestins originaires d’Amérique centrale. Un quidam qui revendique le sobriquet de « Main furtive » s’emploie à tripoter en douce d’honorables citoyennes de la ville. Le gouverneur de l’État exproprie des paysans afin de céder leurs terres à une multinationale. Un vieux pompier relate ses exploits d’agitateur dans les années trente. Roger Simon, l’auteur californien vient mener une enquête sur un espion allemand de la Première Guerre mondiale. Autant de destins dont la trame se nouera finalement. Réaliste mais burlesque, amer mais hilarant, Juan Hernández Luna, né en 1962, a obtenu avec Du tabac pour le puma le prix Hammet 1997 décerné au festival international de Gijón. 

 

 La fiche du livre sur le site de l'éditeur

15 janvier 2022

American Dirt

Jeanine Cummins
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain & Christine Auché
éditions 10/18, 01-2022

 

Résumé éditeur

Libraire à Acapulco au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie… La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.
Contrainte de prendre la fuite avec Luca, son fils de huit ans, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Tous deux vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le Nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…
Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d’avancer vers la frontière.
 

Avis de la Presse et des lecteurs à lire sur le site de l'éditeur

La Bestia, c'est un train de marchandises qui circule sur les deux lignes qui longent les côtes caraïbes et pacifiques. Parties du Chiapas, elles se rejoignent dans le centre-sud du Mexique, vont vers la capitale, Mexico, et une gare de triage (Lecheria), d'où rayonnent quatre lignes qui se dirigent vers le Texas, l'Arizona et la Californie.
A propos du train La Bestia :
Un article de Radio Canada de 2014
Un article sur Ouest-France de 2018
Un reportage de Brut Media sur Norma Romero qui depuis 25 ans porte secours aux migrants, 2019

8 janvier 2022

Les mortes

Jorge  Ibargüengoitia
traduit de l’espagnol (Mexique) par Dominique Fisher
éditions Gallimard - série noire, 02-1996
éditions Cambourakis, 06-2021

Présentation de l'éditeur

Archangela et Seraphina ne sont pas des anges mais plutôt des maquerelles.
Et quand une loi interdit la prostitution, les deux dames sont bien obligées de cacher leur personnel dans une maison close désaffectée, en attendant des jours meilleurs. La justice et la prostitution n'ont jamais fait très bon ménage. Mais les dames recluses et inactives finissent par avoir des montées de fièvre, si bien que certaine viennent à mourir d'étrange façon.

 

 

Basé sur des faits réels, le livre raconte l'histoire des sœurs Valenzuela qui a défrayé la chronique en 1964 au Mexique, connue sous le nom de "Las Poquianchis". Quatre sœurs maquerelles exploitaient des jeunes filles séquestrées dans des bordels à 200km de Mexico. L'histoire criminelle est tellement exceptionnelle que Dominique Fisher, traducteur et préfacier la présente comme canonique des tueurs en série au Mexique. Las Poquianchis sont à ce pays ce que Landru est à la France, Jack l'éventreur à l'Angleterre ou Al Capone aux Etats-Unis. L'auteur raconte les faits de façon romanesque et détachée, à grand renfort d'humour noir, dans une ambiance semblable à celle de L'Auberge rouge de Claude Autant-Lara, Fernandel en moins. Jorge  Ibargüengoitia, écrivain au talent reconnu et récompensé, utilise un style littéraire qui rend la lecture très agréable. On frémit souvent face aux traitements que subissent les prostituées contraintes malgré le ton très neutre volontairement adopté par l'auteur qui veut par la prendre le contre-pied des chroniques amarillistes qui se répandent après que l'affaire ait été dévoilée. Au delà des nombreuses exactions commises par les sœurs, le livre dénonce toutes les complicités et corruptions de militaires, notables, avocats, policiers, élus, fonctionnaires ... qui ont permis à cette tragédie de se dérouler sur 20 ans dans un État (Guanajuato) aux portes de Mexico. Souvent enlevées à des familles pauvres, revendues pour quelques milliers de pesos illustrant bien l'adage mexicain "la vida no vale nada", nourries avec quelques tortillas et haricots quotidiens, le sort des filles étaient abominable. Mais plutôt que de se complaire dans des descriptions sordides, l'auteur a choisi de privilégier l'étude de l'atmosphère générale du pays qui a permis que ces faits se déroulent sur une période aussi longue avant que la justice ne s'en mêle. Si le livre n'aborde "que" le cas d'une dizaine d'assassinats, les sœurs Valenzuela ont été condamnées pour la mort de 91 personnes (assassinats et infanticides), et on estime à 150 le nombre total de victimes. Pour l'auteur, là est le véritable scandale, la véritable honte pour le pays : le niveau de corruption qui gangrène déjà la haute société, l'absence de considération pour les femmes de ces clients appréciant la jeunesse de filles parfois de moins de 15 ans, l'exploitation de la pauvreté, la traite d'êtres humains et l'absence de réaction de la police de la justice et de la société avant que l'affaire n'éclate. La lecture de ce livre écrit en 1977 sur des faits jugés en 1964 donne un début d’explication à la montée de la violence, à la multiplication des féminicides et aux pouvoirs pris par le crime organisé dans le Mexique contemporain.

PhH

 

L'auteur
Jorge Ibargüengoitia Antillón (1928 - 1983) est né à Guanajuato. C'est un écrivain et dramaturge mexicain. Il remporta un grand succès avec ses récits satiriques, comme Las Muertas (Les Mortes), Dos Crimenes (Deux crimes), et Los Relámpagos de Agosto. Parmi ses pièces, Susana y los Jóvenes et Ante varias esfinges remontent toutes deux aux années 1950. En 1960, Ibargüengoitia  reçut le prix littéraire de la ville de Mexico.Dans ses romans, il s'inspire souvent d'événements réels, qu'il traite d'une façon sardonique. Pour Les Mortes (1977) il traita du plus horrible fait divers de son état de naissance : l'histoire des sœurs Delfina & María de Jesús González, deux tenancières de bordel, chez qui on retrouva 91 cadavres en 1964. 

 

L’édition de 2021 aux éditions Cambourakis

 

Las muertas
editorial RBA libros

Si al despertarse, Simón Corona se hubiera vuelto a su casa, los crímenes de Las Poquianchis habríanpermanecido ocultos. Pero el destino tenía escrita otra historia. El reencuentro con Serafina Baladro, su amante, lecostará a Simón Corona cuarenta y ocho balas de calibre reglamentario, y aún así se librará de la muerte. Pero tambiénle valdrá una confesión ante el inspector Teódulo Cueto: una vez ayudó a Serafina y a su hermana Arcángela a trasladarel cadáver exhumado de una mujer.La obra maestra de Jorge Ibargüengoitia es la extraordinaria recreación de un casoreal que conmocionó el México de los años sesenta, cuando aparecieron varios cadáveres de prostitutas en distintaspropiedades de las dos madame, dueñas de tres burdeles. Las muertas está construida a partir de diversos testimonios,voces que se reúnen para dar forma a un universo literario único.

2 octobre 2021

Olinka

Antonio Ortuño
traduit de l'espagnol (Mexique) par Margot Nguyen-Béraud
éditions Christian Bourgeois, 04-2021

 Présentation éditeur

Après quinze ans, Aurelio Blanco sort de la prison où il a été incarcéré pour son rôle dans l’escroquerie d’Olinka, un complexe de luxe construit suite à l’appropriation de terrains publics. Par loyauté aux Flores, sa famille politique, Aurelio endosse la faute contre la promesse de sortir vite de prison, avant d’être abandonné à son sort. À nouveau libre, il compte bien récupérer ce qu’on lui a volé : son foyer, sa fille, sa vie.
Olinka aborde la crise d’un clan des affaires de Guadalajara, capitale et paradis du blanchiment d’argent. C’est là que les Flores ont construit leur ville. Mais la réalité mexicaine transforme les utopies en farces sanglantes, et la multiplication des projets immobiliers est un signe clair de la corruption rampante.
Avec ce roman (très) noir, Antonio Ortuño confirme qu’il est l’un des observateurs les plus lucides des impasses et de la violence, sous toutes ses formes, de son pays.

 

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Un article de Victorien Attenot
Après La file indienne et Méjico parus en 2018, les Éditions Christian Bourgois continuent la série noire du romancier mexicain Antonio Ortuño avec Olinka, traduit par Margot Nguyen-Béraud. Olinka creuse encore le thème de la violence à Guadalajara, ville natale d’Antonio Ortuño où croissent la corruption, le blanchiment d’argent et une bulle immobilière gigantesque... Lire la suiite sur Nouveaux Espaces Latinos

 

Olinka
editorial Seix Barral, 05-2019

Tras quince años de encierro, Aurelio Blanco sale de la prisión donde ingresó acusado del fraude de Olinka, una urbanización de lujo levantada gracias a negocios turbios y despojos de tierras comunales. Por lealtad a los Flores, su familia política, Blanco asumió la culpa con la promesa de que saldría pronto, pero fue abandonado a su suerte. Ahora, en libertad, quiere recuperar lo que le fue arrebatado: un hogar, una hija, una vida.
Olinka es un thriller que arranca con un deseo de venganza en la ciudad mexicana de Guadalajara, capital y paraíso del lavado de dinero. La construcción de una utópica urbanización para científicos y artistas sirve como trasfondo para revelar una realidad en la que reina la corrupción. Antonio Ortuño
explora en esta novela un problema incontenible: la gentrificación y el papel del dinero sucio en ella. Y lo hace con una diáprosa implacable, que desnuda a cada personaje y disecciona el caos de las urbes contemporáneas.

21 novembre 2020

L'amant de Janis Joplin

Elmer Mendoza
traduit de l'epagnol (Mexique) par François Gaudry
éditions Métailié, 10-2020


Présentation de l'éditeur


Dans le Triangle d’or de la marijuana, le Sinaloa, le jeune David, un peu attardé et naïf, est capable de tuer un lièvre d’un lancer de pierre. Ce qui en fait, malgré lui, un joueur de baseball convoité. À la fête du village, il danse avec une fille interdite, réservée au fils d’un trafiquant. Bagarre. David tue son agresseur. Son père passe un accord avec le trafiquant et l’éloigne. À Los Angeles, il est dragué par une fille qui l’emmène dans sa chambre, le déniaise puis le met à la porte en lui disant qu’elle s’appelle Janis Joplin. Il en tombe éperdument amoureux, se fait virer de son équipe de baseball pour alcoolisme et renvoyer au Mexique. David n’est pas armé pour faire face aux barons de la drogue du Sinaloa. Tout explose autour de lui, dealers, policiers corrompus, guérilleros au cœur pur, femmes fatales et même une voix intérieure. Sa vie devient une course d’obstacles, une fuite continuelle ponctuée de coups de chance. Il va de catastrophe en catastrophe, de situation dangereuse en menaces de mort. Mais il n’a qu’un seul objectif : retrouver son amour, Janis Joplin.

Un polar impeccable, tragicomique virtuose, sarcastique et tendre, avec en plus l’argot lyrique des narcos.

 

Informations
ISBN : 979-10-226-1068-1
Pages : 240
Prix : 19,80 €

La fiche du livre sur le site de l'éditeur
Grand Format

19 décembre 2017

Milena ou le plus beau fémur du monde

Jorge Zepeda Patterson
traduit de l'espagnol (Mexique) par Claude Bleton
éditions Actes Sud, 01/2018



Tel un Félix Faure des Tropiques, un patron de presse mexi­cain succombe dans les bras d’une ravissante Croate, connue sous le nom de Milena. À seize ans, elle a quitté son village pour suivre un passeur lui faisant miroiter les fastes de Ber­lin. Le voyage s’arrêta à quelques encablures de Zagreb, dans une bâtisse délabrée qui ouvrait grandes ses portes sur l’en­fer de la prostitution.

Privée de son protecteur, voilà Milena livrée de nouveau aux exactions de la mafia ukrainienne qui pendant des années l’a contrainte à vendre son corps dans tous les palaces et les cloaques de Marbella. Son seul sauf-conduit : un précieux carnet où sont consignés des numéros de comptes bancaires prouvant l’implication de sociétés russes dans des opérations illicites. Pour lutter contre l’avilissement et le dégoût de soi, elle y avait aussi noté les confidences de diverses figures de la vie publique (l’évêque, le magistrat, l’avocat…) passées par son lit, justifiant toutes, avec un naturel confondant, de leur recours au commerce des femmes.
Nombreux sont donc ceux qui veulent aujourd’hui la faire taire.

Jorge Zepeda Patterson revient avec un palpitant thriller politique et social (prix Planeta 2014) qui dénonce le clien­télisme, l’autocratie et la violence qui gangrènent la société mexicaine, fustigeant ici le trafic des corps et les pratiques innommables des hommes qui n’aiment pas les femmes.

Source : éditions Acte Sud


Milena o el fémur más bello del mundo
La novela Milena o el Fémur más bello del mundo convirtió a Jorge Zepeda Patterson en el primer mexicano en obtener el Premio Planeta, desde que se inició el galardón 63 años antes. Un thriller político y policiaco que provoca en el lector una lectura obsesiva y apasionada, al decir de sus lectores. Milena es una joven croata de extraordinaria belleza que luego de ser secuestrada por las redes de tratantes de personas es conducida a Marbella, en el sur de España, para ser convertida en una esclava sexual de los círculos turísticos de la élite mundial. La joven recurrirá a diversas estrategias para intentar la fuga y, sobre todo, para sobrevivir a la convivencia forzada con hombres de poder de los círculos políticos y empresariales.Buscando escapar de las redes de tratantes, Milena llegará a México, conocerá al grupo de amigos Los Azules y al periódico El Mundo, y juntos enfrentarán los demonios salvajes que intentan recuperar los secretos que la joven robó de las mafias que la explotan.
Leer el articulo completo en el sitio de JZP

L'auteur
Biographie (en espagnol)
Économiste, sociologue et chroniqueur politique, Jorge Zepeda Patterson est né au Mexique (Mazatlan - Sinaloa) en 1952. Il étudie à l'université de Guadalájara et de la Sorbonne, il fait ses armes de journaliste au sein de El País, en Espagne, avant de rentrer au Mexique où il a fondé et/ou dirigé de nombreux organes de presse, dont Siglo 21, Público et El Universal, auquel il collabore encore. Sa chronique hebdomadaire est publiée dans vingt et un journaux du pays. Il est l'auteur de six essais sur la vie politique mexicaine.

17 mars 2017

N'envoyez pas de fleurs

Martín Solares
Titre original No manden flores
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot
éditions Christian Bourgeois, 02-2017

L’action se déroule dans le Golfe du Mexique, non loin de la frontière avec les États-Unis, à La Eternidad : une ville qui porte mal son nom car ses habitants ne semblent pas voués à y faire des vieux os.
Qui vient d'enlever la jeune Cristina, la jeune fille de 17 ans d'un riche couple ? Qui est son fiancé, qui l'accompagnait ? Un événement banal dans la région de La Eternidad, dans le golfe du Mexique. Carlos Treviño, un ancien policier, est chargé de l'enquête. Les parents de Cristina sont riches et puissants et, avec l’aide du consul américain Don Williams qui offre aussi ses services, ils ont décidé de retrouver leur fille coûte que coûte. Dès lors, l’enquête avance à grands pas, ce qui n’aurait pas été le cas avec la police locale. La police, justement, est dirigée par le commissaire Margarito González, que tout le monde craint et qui a quelques comptes à régler avec Treviño.
Récit impitoyable, désabusé, drôle, Martín Solares, dans la grande tradition du roman noir, convoque les témoins pour les faire parler et mentir.
Ce roman noir révèle les liens tortueux entre la mairie de la ville, les policiers, les syndicats, les gardes du corps, le crime organisé, le consul des États-Unis, et la collusion qui les rassemble tous.
Police corrompue, services secrets partisans, meurtres, enlèvements, bandes rivales sont une allégorie du Mexique contemporain.

L'auteur
 Martin Solares est né en 1970 à Tampico au Mexique. Parallèlement à son travail de recherche et d'écriture, il travaille depuis 1989 comme critique, professeur et éditeur de littérature. En 1992, il a reçu la mention honorifique du Prix national Periodismo Cultural Fernando Benítez. En 1998, il a obtenu le Prix national Efrain Huerta pour la fiction. De 2000 à 2007, il a vécu à Paris où il a effectué un doctorat en littérature à la Sorbonne.
Ses nouvelles et ses travaux critiques ont été publiés dans de nombreuses revues et anthologies au Mexique mais aussi en Angleterre, en France, aux États-Unis et en Espagne.
En 2006, un groupe d'écrivains, parmi lesquels Sergio Pitol, Juan Villoro et Mario González Suares, l'ont désigné comme l'un des jeunes auteurs les plus prometteurs des dix dernières années.
Source : éditions Christian Bourgeois

6 mars 2017

Ni vivants ni morts

Federico Mastrogiovanni
Titre original Ni vivos ni muertos
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry
Éditions Métailié, 09/02/2017

Depuis une dizaine d’années, on compte plus de 30 000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, l’onde de choc s’est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l’homme, ni les initiatives des familles n’ont suffi, dans ce cas comme dans d’autres, à faire apparaître la vérité – et encore moins à enrayer le phénomène. Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man’s land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l’atmosphère. Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l’angoisse interminable, les menaces, l’hypocrisie des autorités. L’enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu’à la possibilité d’une contestation. C’est le portrait sensible et effrayant d’un pays miné par la peur, où l’État piétine sciemment ses propres prérogatives – et les droits de ses citoyens –, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.


Ni vivants ni morts a reçu le prix PEN Mexico 2015 et le prix national du journalisme en 2015.

L'auteur
Federico Mastrogiovanni est un journaliste et documentariste né à Rome en 1979, qui vit au Mexique depuis 2009. Il travaille actuellement pour plusieurs magazines sud-américains, parmi lesquels Variopinto, Gatopardo, Esquire Latin America et Opera Mundi.

A propos du livre
Au Mexique, la nuit des ni morts ni vivants
Par François-Xavier Gomez (Libération, 22 février 2017)

L’Argentine de la dictature militaire (1976-1983) a comptabilisé, suivant les sources, entre 9 000 et 30 000 disparus ; le Chili de Pinochet, de 2 000 à 3 000. Au Mexique, en 2013, le ministère de l’Intérieur (source on ne peut plus officielle) chiffrait à 27 000 les personnes enlevées qui n’ont plus donné signe de vie. Dans un pays où beaucoup de délits ne sont pas dénoncés, par peur de représailles, par méfiance envers les autorités, il faut sans doute multiplier plusieurs fois ce nombre pour approcher la réalité. Le Mexique actuel ne correspond sans doute pas à la définition d’une dictature, malgré de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux, mais il montre les caractéristiques d’un pays en guerre. Telle est la conclusion accablante du livre reportage de Federico Mastrogiovanni.

Qui sont les victimes de ces disparitions ? Des migrants, proies faciles qui tentent de gagner les Etats-Unis, des militants des droits humains, des défenseurs de l’environnement, des journalistes… Et toute personne qui a eu le tort d’être le mauvais jour au mauvais endroit.

Ces exactions, les médias (dont Libération) les relatent avec constance depuis des années. Là où le journaliste italien va plus loin, c’est dans sa désignation des responsables. Le trafic de drogue n’est, selon lui, qu’un rideau de fumée, le véritable donneur d’ordres des enlèvements et des assassinats est l’armée, dans le but de créer un « haut niveau de terreur » et faire taire quiconque s’oppose à l’exploitation minière, notamment le gaz de schiste.

Lire l’intégralité de l’article sur Libération

 


 

25 septembre 2016

La ville qui tue les femmes : enquête à Ciudad Juarez


Marc Fernandez, Jean-Christophe Rampal
Hachette Littératures, 2005

La ville de Ciudad Juarez, située dans l'État de Chihuahua au Mexique, à la frontière avec les États-Unis, est aujourd'hui tristement célèbre. C'est « la cité des mortes », la ville qui tue les femmes. Depuis 1993, près de 400 femmes y ont été assassinées, on y dénombre encore plus de 500 disparues, et les crimes continuent aujourd'hui à un rythme infernal de deux victimes par mois (*).
Or depuis le début de ces crimes, de nombreux suspects ont été arrêtés, voire même emprisonnés, mais les autorités n'ont toujours pas pu identifier les responsables de ces meurtres. Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal sont allés mener l'enquête. Ils en ont tiré un livre. Ils ont tenté d'explorer toutes les pistes du dossier, et elles sont nombreuses.

Car Ciudad Juarez est une ville frontalière. D'un côté, elle accueille donc les entreprises américaines et multinationales, qui installent leurs fameuses maquiladoras dans sa Zone Franche Industrielle. Ces usines attirent les populations pauvres de tout le pays à Ciudad Juarez, et embauchent principalement des femmes, ce qui crée une situation dans laquelle c'est la femme fait vivre le foyer, ce qui pourrait potentiellement expliquer une augmentation du taux de violence conjugale. Mais d'un autre côté, Ciudad Juarez est également un lieu de passage du Mexique vers les États-Unis. Elle attire donc les candidats à l'immigration clandestine, ainsi que leurs passeurs. Mais elle est également un lieu essentiel du trafic de drogue. Narcotrafiquants et cartels de la drogue y règnent en maîtres. Et là encore, les femmes sont les premières victimes collatérales de ce trafic, utilisées comme primes pour les passeurs ou les clients potentiels. Mais ce que pointe surtout ce documentaire, c'est le caractère insoluble de ces crimes : l'aveuglement des autorités, la corruption, le rôle plus que trouble de la police et de l'appareil judiciaire font que toute enquête semble par avance vouée à l'échec. Disparition de preuves, conclusions bâclées, aveux extorqués, les enquêtes piétinent et les disparitions continuent.

Le documentaire de Marc Fernandez et Jean-Christophe Rampal est donc un état des lieux, très pointu et très exigeant, qui ose poser les bonnes questions et pointe toutes les erreurs plus ou moins volontaires qui permettent depuis 1993 à Ciudad Juarez d'être la ville mondiale du féminicide. Les auteurs, sans tomber dans le pathos, prennent les faits au corps et mettent à plat les tenants et les aboutissants de l'ignominie sociale qui réduit les femmes à l'état de marchandise et rendent compte de la perversité de cette ville-frontière, royaume de la drogue et de la corruption, véritable laboratoire de la mondialisation sauvage.


* Les médias mexicains et internationaux s’étaient emparés du drame des «mortes de Juarez» à la fin des années 1990 et au début des années 2000, alors que des corps de jeunes filles mutilées, portant des traces de sévices sexuels étaient régulièrement retrouvés dans le désert qui cerne la ville. Puis, le drame des féminicides, comme on dénomme ces crimes sexistes, avait disparu des projecteurs au moment même où il s’aggravait. De 2008 à 2012, Ciudad Juarez était le théâtre d’affrontements sanglants entre cartels de narcotrafiquants, un conflit qui a laissé 11 000 morts, corps gisant sur le bitume ou pendus aux ponts. Ces années-là, la « ville la plus violente au monde », selon certains classements, n’avait que faire des femmes disparues et assassinées. De 1993 à 2013, 1441 meurtres de femmes ont été commis à Ciudad Juarez, selon le centre universitaire Colegio de la Frontera Norte, qui se base sur des statistiques officielles. Les deux tiers de ces féminicides ont été perpétrés après 2008. Une centaine de dossiers de disparitions de jeunes filles restent ouverts auprès du Parquet spécialisé dans les crimes contre les femmes. Et le phénomène s’aggrave de jour en jour : six adolescentes de 13 à 16 ans ont disparu durant les deux premiers mois de 2016. L’hypothèse de captures par les réseaux criminels, dont l’existence a été démontrée, qui exploitent sexuellement des jeunes filles avant de les liquider, est prise au sérieux.


Sur ce sujet, voir : Mexique : le drame sans fin des femmes disparues (TV5Monde 8 mars 2016)
http://information.tv5monde.com/info/mexique-le-drame-sans-fin-des-femmes-disparues-94031