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2 novembre 2024

Coyote

Sylvain Prud'homme
éditions de Minuit, 10 - 2024

Présentation de l'éditeur

« Ay, Silvano !
Regarde ces couleurs sur le désert.
Regarde comme c’est beau.
On a le coucher de soleil pour nous.
Tu veux que je te dise mon avis ?
On a eu du bol de naître dans cette vie.
¿ Qué dices de la vida : bonita, no ?
Elle est belle mais elle est courte, il faut la vivre bien.
Suavemente.
Doucement.
Avec art. »

Sylvain Prudhomme a parcouru en autostop les 2500 km qui séparent les deux extrémités de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Un périple qui lui a fait croiser des ouvriers, des camionneurs, un trafiquant de drogue, un artiste, une employée de station-service... Coyote restitue la voix de ces inconnus rencontrés au hasard de la route et donne à voir leurs visages, saisis à la volée. À travers ces fragments de vie, Sylvain Prudhomme brosse un portrait sensible et humain de cette zone frontalière, qu’on ne connaît que par l’hyper-violence des faits divers et les discours de campagne de Trump.

De Tijuana à Matamoros. Entre ces deux villes mexicaines, le romancier Sylvain Prudhomme a parcouru en dix jours et en autostop 2500 kilomètres de frontière avec les Etats-Unis. Dans « Coyote », il décrit avec une grande puissance d'évocation une zone de frictions et de fantasmes, d'un côté comme de l'autre du fameux mur voulu par Donald Trump pour limiter l'immigration illégale. L'autostop est mal vu et souvent interdit aux Etats-Unis; on se méfie des rares marcheurs au bord des routes. Le Français (prix Femina 2019 pour Par les routes) fait figure d'original, un avantage qui lui permet d'aborder des inconnus. Ce ne sont généralement pas des Américains qui acceptent de le laisser monter dans leur voiture, mais des Mexicains, ou des Mexicains d'origine. De modestes ouvriers, des employés, de petits patrons. Au début, des hommes uniquement lui offrent l'hospitalité de leur véhicule, puis des couples, et enfin, vers la fin du voyage, des femmes seules.
(Julien Burri, Le Temps, 21 octobre 2024)

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

Informations :
ISBN : 9782707355638
Nombre de pages : 256
Prix : 17,00€

31 octobre 2015

La frontière sud

José Luis Muñoz
Traduit de l'espagnol (Espagne) par Alexandra Carrasco
éditions Actes Sud, septembre 2015
Collection Actes noirs


Mike Demon vend des assurances agricoles aux fermiers de Californie. Évidemment, ce n’est pas le boulot le plus folichon du monde. On passe ses journées en bagnole sous un soleil de plomb, on se fait pas mal claquer la porte au nez et on finit plus souvent qu’à son tour dans un motel miteux en bord d’autoroute. Alors, pour oublier qu’on ne voit pas sa famille autant qu’on voudrait, on s’offre une soirée en roue libre de temps en temps. Un de ces soirs justement, Mike Demon décide d’aller faire une petite virée à Tijuana. Il y fait la rencontre d’une prostituée sublime dont il va tomber follement amoureux, au point de lui promettre une nouvelle vie de l’autre côté de la frontière. Le problème, c’est qu’entre la fille et les États-Unis, il y a Fred Vargas, un flic mexicain aussi violent que véreux. Un esthète de la combine assez futé pour avoir compris que, niveau rendement, un bon père de famille yankee venu s’encanailler de ce côté-ci de la frontière, ça valait toutes les polices d’assurance du monde...

Source Éditions Actes Sud

9 septembre 2014

Triple crossing

Sebastian Rotella
traduit de l'anglais par Anne Guitton
éditions Liana levi, 2012

Résumé de l'éditeur :
Chaque nuit, sur la Ligne entre le Mexique et les États-Unis, une foule de migrants tentent leur chance. Et chaque nuit, les agents de la patrouille frontalière américaine sont là pour les refouler. Certains, sans scrupule, profitent de la faiblesse des clandestins et donnent libre cours à leurs penchants sadiques. D'autres, comme Valentin Pescatore, essaient de s'en tenir aux règles. Cela ne l'empêche pas de commettre une entorse qui pourrait lui valoir une sanction sévère, à moins de collaborer... Mais avec qui, au juste ? C'est bien les Américains qui lui demandent d'infiltrer une famille de narcos de Tijuana, mais qui peut garantir que son inexpérience ne va pas l'entraîner du côté de la corruption, de la drogue et de l'argent facile ? En tout cas, c'est ce que redoute Leo Méndez, flic mexicain aux allures de justicier... Sebastian Rotella nous conduit vers de troubles frontières dans un thriller saisissant sur la mondialisation du crime.
L'avis de Julien Bisson, de l'Express :
Dès le préambule de Triple Crossing, Sebastian Rotella l'affirme sans ambages : si son premier roman est une fiction, tout ce qu'il y raconte est vrai, nourri par des années de reportages acclamés pour le Los Angeles Times. Des trafics en tous genres aux méthodes troubles de la police, en passant par la folle prison de Tijuana, ce cousin de Don Winslow donne ainsi à voir la réalité d'une Amérique latine à la dérive, minée par les cartels, la violence et la corruption. Un cocktail délétère qui culmine dans la Triple Frontière éponyme, aux confins du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay. Une jungle sans loi livrée aux pègres du monde entier, devenue plaque tournante de ce que la globalisation a de pire à offrir... Passionné et passionnant, Sebastian Rotella nous gratifie, lui, d'un prodigieux thriller, comme un hommage à la lutte inégale d'une poignée d'honnêtes hommes face au chaos de notre époque. Lire l'intégralité sur le site de L'Express.
Le livre est disponible au format poche aux éditions 10-18 depuis 2013. On  notera au passage le changement d'image de couverture, le cactus sur fond nocturne étant remplacé par une photo de la frontière dans les environs de Tijuana.

 

23 mai 2014

Le territoire des monstres


Margaret Millar
Traduit de l’anglais (Canada) par Jean-Patrick Manchette
Editions du Masque, 05-2014 (réédition, première publication en 1972 en France)

Résumé de l’éditeur :
Depuis un an, le mari de Devon, Robert Osborne, propriétaire d'une exploitation fruitière en Californie, a disparu. Le corps reste introuvable mais la présence de sang et d'un couteau dans un champ ne laisse que peu de doutes sur son décès. Du sang, on en a aussi retrouvé des litres, bus par le plancher de la cantine. On a dragué le cours d'eau, battu les collines de Tijuana, inspecté les ranches voisins : aucune trace, aucun indice. Une année entière de recherches pour rien. C'est pourquoi demain, au tribunal, le juge va déclarer solennellement que, le soir du 13 octobre, entre 20 h 30 et 21 h 30, Robert Osborne a été roué de coups. Et sans le moindre doute raisonnable, Robert Osborne est mort. Point final. Ou presque. Déterminée à faire son deuil, la veuve demande au juge de clore l'enquête et de déclarer Robert Osborne officiellement mort. Au fil de l'instruction, les révélations sur le couple et leurs employés mexicains se succèdent. Tandis que Devon essaie d'imposer son autorité au sein du ranch, l'étau se resserre peu à peu autour de la communauté mexicaine...
La chronique de PhH

Le Territoire des monstres est souvent considéré comme exemplaire parmi les romans de suspense psychologique. Il décrit sans concession aucune un contexte de racisme et de haine familiale. Le roman a pour cadre le sud de la Californie, tout prêt de Tijuana et de la frontière mexicaine, lieu de passage pour les migrants, parmi lesquels un grand nombre de clandestins. Ceux-ci vont s’embaucher dans les exploitations fruitières où ils seront terriblement exploités et déconsidérés.

Le roman est une chronique de cette partie des États-Unis qui « accueille » des milliers de mexicains et autres latinos dans les années 1970. Déjà, ces travailleurs sont vus comme une armée de fantômes affamés venus du côté aride de la frontière, ligne invisible tracée entre les anglo-saxons blancs propriétaires, et les ouvriers alambres basanés, entre ceux qui cultivent les fruits arrosés de leur sueur, de leurs larmes et parfois de leur sang, et ceux qui les mangent, ignorant l’existence et les conditions de vie de ceux qui les produisent. L’histoire racontée par Margaret Millard explore les relations complexes entre exploitants et exploités, l’évolution de ces relations avec l’âge des protagonistes les rendant parfois paradoxales, tout comme l’est l’ambiance familiale, tendue pour le moins, dans ces familles quasi dynastiques ou l’argent et la possession est le seul repère et le machisme une loi. On lit comment les enfants sont élevés selon qu’ils sont nés d’un côté ou de l’autre de la frontière, physique et géographique, mais qui s’hérite, ainsi que les privilèges ou asservissements afférents. On grandit ensemble puis l’un devient maitre et l’autre valet.

Portrait d’une forme d’esclavage moderne, la force du roman réside dans la description fidèle des situations et de cet équilibre basé sur l’injustice. l'écriture au ton faussement subtil est intransigeante et le suspens mené d'un bout à l'autre, suivant une courbe ascendante régulière jusqu'au dénouement.

PhH

1 juin 2012

Tijuana Straits

Kem Nunn
éditions Sonatines, 2010

Avec Tijuana Straits, Ken Nunn a écrit un roman environnemental, social et engagé. L’histoire se passe entre Imperial Beach, une ville des Usa de la vallée de la Tijuana River, et de l’autre côté de la frontière, à Tijuana, plus grande ville l’état mexicain de Baja California. Sam Fahey est un ancien surfeur malmené par la vie. Il a de mauvaises relations avec son père, un petit truand qui ira jusqu’à assassiner des clandestins mexicains. Ce mauvais exemple, s’il ne l’empêche pas de réussir quelques sorties mémorables sur les houles prisées du pacifique, le fameux mystic peak entre les iles Coronados et l’embouchure de la Tijuana river, ne lui épargnera pas des dérapages autour de la drogue, consommation et trafic, qui le conduiront en prison pour plusieurs années. A sa sortie, il a un seul désir, se ranger dans une petite vie tranquille, sans horizon et sans exploit sportif mais sans aussi sans embêtement.

Magdalena, à Tijuana, voudrait que les choses changent pour les femmes mexicaines. Elle travaille à la Casa de las mujeres, où elle apporte une aide psychologique, matérielle et juridique aux nombreuses victimes d’un univers social et professionnel très particulier, dans lequel les conditions de travail sont basées sur le machisme, l’absence de législation, l’absence de protection, la violence et la corruption. Cette activité va valoir à Magdalena un attentat qu’elle attribue aux patrons des maquiladoras, ces petites usines qui fourmillent sur la frontière, dans lesquelles les femmes sont exploitées par des employeurs yanquis sans scrupules, avec l’accord des autorités mexicaines qui y voient un essor économique. Echappant à ses poursuivants, Magdalena va être recueillie par Sam Fahey, qui de partage entre son emploi pour la protection de des oiseaux et sa petite ferme dédiée à la vermiculture. L’engagement de Magdalena va lui redonner un peu de conscience, de solidarité, et peut être l’occasion de laver les taches laissées par son père auprès des immigrants mexicains qui croient trouver le paradis aux Usa.

Il va devoir pour cela protéger Magdalena de ces agresseurs qui ne se laissent pas décourager par la frontière, cette ligne qui a vu se développer de chaque côté des zones de non-droit très dangereuses, ou l’on croise des narcotraficantes, des clandestins, des milices, des junquies, et toute une humanité rejetée par l’ultralibéralisme, le tout dans un environnement toxique du aux rejets chimiques des usines, sous le regard complice des services environnementaux mexicains qui falsifient les résultats d’analyses, transformant en cloaque un espace autrefois peuplé de plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Le gouvernement gringo a même du déplacer une base des Navy Seals à cause du niveau de pollution.

La traque lancée contre Magdalena permet à Ken Nunn de dénoncer les exactions contre les hommes et contre la nature, de brosser un portrait des coupables et des victimes, et d’alerter ses lecteurs sur les conditions de vie liées à des accords économiques qui, finalement, renvoi les relations de travail et de vie à un niveau proche de celui du XIXème siècle.

Kem Nunn réussi ce portrait grâce à son style d’écriture particulièrement agréable qui le situe dans le haut du panier littéraire. Dans la lignée de La patrouille de l’aube (Don Winslow) ou La frontière (Patrick Bard), Tijuana Straits est un autre témoignage sur la frontière entre Mexique et Etats-Unis, ce territoire de violence extrême qui échappe à tout contrôle où les cadavres poussent plus vite que les cactus.

Ph.H.

1 juillet 2010

Tijuana City Blues

Gabriel Trujillo Muñoz
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli
Folio Policier, Gallimard 2010
Voila un roman policier sur le trafic de drogue, thème récurrent dans la littérature du Nord, bien que nous ne soyons qu'en 1951. Trujillo Muñoz nous entraîne dans les profondeurs d’une des villes les plus mythiques du Mexique : Tijuana. Sous le prétexte d’une enquête du détective Miguel Angel Morgado, l’auteur nous plonge dans l'histoire de cette cité, dans son passé et son présent et nous laisse entrevoir son avenir ( ?).
Morgado décide de refaire son bureau. Parmi les charpentiers il y a l'ébéniste nommé Blondie qui lui demande d’enquêter sur la mystérieuse disparition de son père dans les années 50. Par curiosité et sympathie, Morgado accepte et au cours des ses investigations il va découvrir les ficelles du trafic d’héroïne qui venait de Panama vers les Etats-Unis, ainsi que l’intérêt du FBI dans ce trafic. Il rencontrera des journalistes, des professeurs, des musiciens et des voleurs qui aiment cette ville à leur manière, et qui, d’une façon ou d’une autre, vont l’aider à résoudre son enquête. A titre d’exemple, ce que pense un ancien leader du PRI sur Tijuana : « Reconnais-le. C’est la Las Vegas du tiers-monde. Un des fleurons du genre, avec Shanghai et Marseille. Ici, on ne s’ennuie jamais ». « Nous, le Nord (du Mexique), sommes bien loin d’être la culture du barbecue et de la tortilla de froment ! Nous avons aussi une sensibilité et une pensée. Nous sommes le Mexique nouveau, l’avenir de la nation, le miroir novateur de notre patrie. Tijuana est pour nous le symbole le plus illustre du siècle qui commence… » Le seul regret que nous aurons est que le récit est trop court. On aurai aimé en lire davantage. Néanmoins, il reste un roman très agréable, qui se lit d’un seul trait !

Tijuana City Blues
Belacqua de Ediciones y publicaciones. México, 2006.
Novela policiaca que trata acerca del tráfico de drogas, tema recurrente en la literatura del norte de México pero esta novela corta tiene como originalidad de situarnos en 1951. Trujillo Muñoz nos conduce a las entrañas de una de las ciudades más míticas de México: Tijuana. Bajo el pretexto de una investigación realizada por el detective Miguel Angel Morgado, el autor nos sumerge en la historia de Tijuana, su pasado, su presente y nos deja entrever ¿su futuro?
El detective Morgado decide redecorar su oficina, entre los carpinteros que trabajan en este proyecto, se encuentra un ebenista, El Güero, quien le pide que investigue acerca de la misteriosa desaparición de su padre ocurrida en los años 50’s. Por curiosidad o por simpatía, Morgado acepta y en su investigación va a descubrir los hilos conductores del tráfico de heroína que provenía de Panamá hacia los Estados Unidos así como el interés que tenía el FBI en este tráfico. Conocerá periodistas, profesores, músicos y ladrones quienes aman a esta ciudad a su manera, y que de una forma u otra van a ayudarle a resolver el enigma de la desaparición del Sr. Keller. Para ilustrar, el pensamiento de las personas que conoce, veamos lo que piensa de Tijuana un exlíder del PRI. “Reconócelo. Tijuana es Las Vegas del tercer mundo. Uno de los florones del género junto con Shanghái y Marsella.  Aquí, no se aburre uno nunca”. ”Nosotros, el Norte (de México), estamos lejos de ser el estereotipo de la cultura de la carne asada y de la tortilla de harina de trigo. También, tenemos una sensibilidad y un pensamiento. Somos el México nuevo, el porvenir de la nación, el espejo novador de nuestra patria. Tijuana es para nosotros el símbolo más ilustre del siglo que comienza….”  Lástima que la novela sea demasiada corta. Aparte de eso es una ¡novela muy agradable que se lee fácil y rápidamente!
ROB