30 avril 2014

Camerone

Camerone, (30 avril 1863) est la bataille mythique de la Légion étrangère. Les légionnaires la commémorent chaque année depuis 1904 (ou 1931, les sources divergent). Elle incarne pour eux le sacrifice ultime de soi pour les autres. L’hacienda de Camerone, lieu du combat, se trouve à Cameron de Tejada, dans l’État de Veracruz, au Mexique.

 Monument à Cameron de Tejada - inscription en castillan


Le récit officiel de la Légion :

« L’armée française assiégeait Puebla. La Légion avait pour mission d’assurer, sur cent vingt kilomètres, la circulation et la sécurité des convois. Le colonel Jeanningros, qui commandait, apprend, le 29 avril 1863, qu’un gros convoi emportant trois millions en numéraire, du matériel de siège et des munitions était en route pour Puebla. Le capitaine Danjou, son adjudant-major, le décide à envoyer au-devant du convoi, une compagnie. La 3e compagnie du Régiment étranger fut designée mais elle n’avait pas d’officier disponible. Le capitaine Danjou en prend lui-même le commandement et les sous-lieutenants Maudet, porte-drapeau, et Vilain, payeur, se joignent à lui volontairement.

Le 30 avril, à 1 heure du matin, la 3e compagnie, forte de trois officiers et soixante deux hommes, se met en route. Elle avait parcouru environ vingt kilomètres, quand, à 7 heures du matin, elle s’arrête à Palo Verde pour faire le café. À ce moment, l’ennemi se dévoile et le combat s’engage aussitôt. Le capitaine Danjou fait former le carré et, tout en battant en retraite, repousse victorieusement plusieurs charges de cavalerie, en infligeant à l’ennemi des premières pertes sévères.

Arrivé à la hauteur de l’auberge de Camerone, vaste bâtisse comportant une cour entourée d’un mur de trois mètres de haut, il décide de s’y retrancher, pour fixer l’ennemi, et retarder ainsi le plus possible le moment où celui-ci pourra attaquer le convoi.

Pendant que les hommes organisent à la hâte la défense de cette auberge, un officier mexicain, faisant valoir la grosse supériorité du nombre, somme le capitaine Danjou de se rendre. Celui-ci fait répondre : « Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas ». Puis, levant la main, il jura de se défendre jusqu’à la mort et fit prêter à ses hommes le même serment. Il était 10 heures. Jusqu’à 6 heures du soir, ces soixante hommes, qui n’avaient pas mangé ni bu depuis la veille, malgré l’extrême chaleur, la faim, la soif, résistent à 2 000 Mexicains : huit cents cavaliers, mille deux cents fantassins.

À midi, le capitaine Danjou est tué d’une balle en pleine poitrine. À 2 heures, le sous-lieutenant Vilain tombe, frappé d’une balle au front. À ce moment, le colonel mexicain réussit à mettre le feu à l’auberge.

Malgré la chaleur et la fumée qui viennent augmenter leurs souffrances, les légionnaires tiennent bon, mais beaucoup d’entre eux sont frappés. À 5 heures, autour du sous-lieutenant Maudet, ne restent que douze hommes en état de combattre. À ce moment, le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte ils vont se couvrir s’ils n’arrivent pas à abattre cette poignée de braves (un légionnaire qui comprend l’espagnol traduit au fur et à mesure ses paroles). Les Mexicains vont donner l’assaut général par les brèches qu’ils ont réussi à ouvrir, mais auparavant, le colonel Milan adresse encore une sommation au sous-lieutenant Maudet ; celui-ci la repousse avec mépris.

L’assaut final est donné. Bientôt il ne reste autour de Maudet que cinq hommes : le caporal Maine, les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin, Leonhard. Chacun garde encore une cartouche ; ils ont la baïonnette au canon et, réfugiés dans un coin de la cour, le dos au mur, ils font face. À un signal, ils déchargent leurs fusils à bout portant sur l’ennemi et se précipitent sur lui à la baïonnette. Le sous-lieutenant Maudet et deux légionnaires tombent, frappés à mort. Maine et ses deux camarades vont être massacrés quand un officier mexicain se précipite sur eux et les sauve. Il leur crie : « Rendez-vous ! »

« Nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et de soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes ». Leurs baïonnettes restent menaçantes

« On ne refuse rien à des hommes comme vous ! », répond l’officier

Les soixante hommes du capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout leur serment. Pendant 11 heures, ils ont résisté à deux mille ennemis, en ont tué trois cents et blessé autant. Ils ont par leur sacrifice, en sauvant le convoi, rempli la mission qui leur avait été confiée. L’empereur Napoléon III décida que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment étranger et que, les noms de Danjou, Vilain et Maudet seraient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à Paris

Un monument fut élevé en 1892 sur l’emplacement du combat. Ce monument ayant été laissé à l'abandon, il en fut construit un autre, officiellement inauguré pour le centenaire de la bataille en 1963 et qui lui porte une inscription en français :
« Ils furent ici moins de soixante
Opposés à toute une armée.
Sa masse les écrasa.
La vie plutôt que le courage
Abandonna ces soldats Français
A Camerone le 30 avril 1863 »
Monument à Cameron de Tejada - inscription en français

Camerone est un combat épique, à savoir une action héroïque digne de figurer dans une épopée, qui se déroule dans des conditions très difficiles puisque le pays est "malsain", la chaleur est pesante, l'eau manque, les Mexicains sont des combattants féroces, et les forces en présence disproportionnées ... tout les éléments sont tournés contre les légionnaires. Plusieurs livres et bandes dessinées sont consacrés à l’histoire du combat de Camerone. Les romanciers ne manquent pas d'imagination et ont souvent fait preuve de talent pour rendre compte de la situation dramatique des légionnaires.


Camerone
Par Pierre Sergent
éditions Fayard - 1980

résumé :
30 avril 1863, 11 heures du matin. Après le premier assaut des Mexicains sur l’hacienda de Camarón, les légionnaires de la 3e compagnie du 1er bataillon du Régiment étranger prêtent serment au capitaine Danjou de se battre jusqu’à la dernière extrémité. Un des rares survivants, le caporal Maine, en témoigne : « Nous l’avions juré ! ».
Alors, dans ces Terres chaudes de la province de Vera Cruz, sous un soleil de feu, se déroule le combat légendaire entre une poignée d’hommes et toute une armée. « Une lutte de géants », dira le maréchal Forey, qui commandait le Corps expéditionnaire. Au bout de onze heures d’une lutte sans merci, seuls cinq braves étaient encore debout, auxquels les Mexicains, impressionnés par leur bravoure, leur accordèrent la vie sauve et laissèrent leurs armes. Ce livre est non seulement le récit minuté de ce fabuleux fait d’armes, devenu le symbole des vertus légionnaires, mais aussi la prodigieuse saga des hommes du Régiment étranger qui, durant plus de quatre ans, se battirent sans répit du Sud au Nord de l’immense Mexique. Pour retracer les péripéties de cette aventure aussi exotique que meurtrière et redonner vie à ceux qui la vécurent, l’auteur est allé au Mexique sur les traces des légionnaires du colonel Jeanningros, et il nous y entraîne à sa suite.
Si Camerone, combat mythique de la Légion, fait l’objet d’une analyse détaillée, Pierre Sergent couvre en fait dans ce livre toute la guerre du Mexique de l’arrivée de la Légion à son départ.
Pierre Sergent a été capitaine dans la Légion étrangère (1er Régiment Etranger de Parachutistes) et est l'auteur de nombreux livres sur la légion.


Camerone, 30avril 1963
Par André-Paul Comor
éditions Tallandier

résumé :

Camerone ! Ce nom évoque la campagne du Mexique, mais aussi et surtout la légion étrangère. Or, par quel cheminement cet épisode d’un conflit de près de cinq ans s’est-il transformé, de combat héroïque et désespéré, en modèle contemporain de sacrifice du soldat ? Janvier 1862, Napoléon III décide de l’envoi d’un corps expéditionnaire au Mexique et déclenche une guerre qui durera jusqu’en 1867. Mais, face à la résistance farouche et inattendue des Mexicains, l’aventure tourne au désastre.
Le jeudi 30 avril 1863, vers 18 heures s’achève à Camerone le combat sans espoir qui oppose une soixantaine de légionnaires de la 3e compagnie du Régiment étranger à des milliers de cavaliers et de fantassins mexicains. Les 60 hommes du capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout leur serment : pendant 11 heures, ils ont résisté à 2 000 ennemis, en ont tué 300 et blessé autant.
Quintessence de l’âme militaire et de l’esprit de corps, ce glorieux fait d’armes, dont on commémore le cent cinquantenaire, est une victoire morale des soldats qui résistèrent jusqu’à l’épuisement à un adversaire supérieur en nombre. La légende de Camerone est en marche. Elle occupe, depuis lors, la première place dans les traditions de la légion étrangère.
Maître de conférences honoraire à l’IEP d’Aix-en-Provence, André-Paul COMOR est le spécialiste incontesté de la légion étrangère. Il a notamment publié la légion étrangère (1992) et l’Épopée de la 13e demi-brigade de la légion étrangère (1988)


Quand la Légion écrivait sa légende
Par Alain Gandy
éditions  Presses de la Cité

résumé :
30 avril 1863, guerre du Mexique. Soixante-deux légionnaires, assiégés, résistent pendant plus de huit heures à deux mille Mexicains... Les soixante-deux légionnaires du régiment étranger, assiégés dans la cour de l'hacienda de Camaron par deux mille Mexicains sont prêts à mourir. Sans vivres, sans eau, sous un soleil de plomb, encerclés, ils combattront huit heures durant. Le document de l'histoire vraie de Camaron, commémorée avec faste chaque année, le 30 avril, par la Légion étrangère. " Ils étaient moins de soixante opposés à toute une armée. ". Nul ne pouvait mieux qu'Alain Gandy, historien rigoureux et romancier d'aventures et de panache, retracer l'épopée de courage et d'abnégation que fut la célébrissime bataille de Camaron.

Camerone
Par Jean Brunon
éditions France-empire








Ouvrages généraux sur la campagne du Mexique

La campagne du Mexique
Jean-François Lecaillon
éditions Giovanangeli, 2006

Le 8 janvier 1862, un corps expéditionnaire français débarque dans le port de Vera Cruz. La campagne du Mexique commence. Elle va durer cinq ans. 30 000 soldats, parmi les meilleures troupes de l'armée du Second Empire, vont y prendre part. L'ambition de Napoléon III est de bâtir un Empire latin dressé face aux États-Unis d'Amérique. La couronne de cet État rêvé plus que réel sera offerte à Maximilien de Habsbourg. Les témoignages des combattants permettent de saisir au plus réel ce qu'est cette guerre d'illusions, d'embuscades et de représailles sur cette terre brûlante du Mexique. Le sacrifice d'une poignée de légionnaires, à Camerone, immortalise les combats contre les guérilleros de Juarez. Du siège de Puebla à l'entrée des Français dans Mexico, les récits présentés ici font revivre les exploits militaires, les misères, les déceptions et les mille périls de cette expédition lointaine, qui prélude au drame de 1870.


La guerre du Mexique 1862-1867
Le mirage américain de Napoléon III
Alain Gouttman
éditions Tempus, 2011

Janvier 1862, Napoléon III décide de l'envoi d'un corps expéditionnaire au Mexique et déclenche une guerre qui durera jusqu'en 1867. L'empereur souhaite installer Maximilien de Habsbourg à la tête d'une monarchie latine et catholique afin de contrebalancer l'influence croissante des Etats-Unis. Pourtant, face aux erreurs répétées de Maximilien, au coût exorbitant de cette guerre sanglante et à l'irréalisme de ses objectifs, Napoléon III, la mort dans l'âme, est finalement contraint de retirer ses troupes.
Reste alors le souvenir d'un immense gâchis, ponctué par l'exécution de Maximilien et la mémoire du glorieux combat de la Légion étrangère à Camerone. A travers une narration enlevée, Alain Gouttman expose avec clarté les enjeux politiques, diplomatiques et psychologiques de cette guerre méconnue qui a précipité la chute du Second Empire.

Tempête sur le Mexique
Michel Peyramaure

éditions Calamn-Lévy, 2011

Le tragique destin d’un empereur sacrifié. 1861. La République du Mexique, ruinée et affaiblie par les guerres civiles, est devenue un enjeu entre les grandes puissances. Napoléon III, en quête d’une tête couronnée à même d’y instaurer un régime à la solde de la France, choisit Maximilien de Habsbourg. Ce jeune prince, que l’accession au trône de son frère, François-Joseph, empereur d’Autriche, a privé de tout avenir, est un poète, un progressiste que rien ne prépare à l’exercice du pouvoir. Accompagné de sa belle épouse, Charlotte, il quitte son château de Miramar pour régner sur un pays dont il ne connaît rien. Persuadé qu’il répond à une aspiration du peuple mexicain, Maximilien déchante lorsqu’il apprend que ses sujets viennent grossir les rangs des rebelles à la solde de Benito Juárez, l’ancien président du Mexique. Au fur et à mesure que se poursuivent les combats entre impériaux et républicains, Maximilien se détourne de son empire pour se consacrer à ses maîtresses, tandis que sa courageuse femme gère les affaires de l’État. Quand Napoléon III annonce le retrait de ses troupes du Mexique, Maximilien relève la tête et décide enfin de se battre. Charlotte part en Europe afin de supplier l’empereur des Français de maintenir son soutien militaire. Une fois séparé, le malheur fondra sur le couple ; Charlotte perdra la raison, Maximilien la vie. 

Dans un registre beaucoup plus romancé, comme l'indique la couverture, le livre de Annie et Michel Gall, Adieu donc belle Eugénie - La cavalière de Camerone. Eugénie était l'impératrice des Français, épouse de Napoléon III. Adieu belle Eugénie est aussi une chanson de la Légion étrangère qui raconte l'embarquement du corps expéditionnaire en partance pour le port de Veracruz en 1862.
Refrain :
" Nous partons pour le Mexique,
Nous partons la voile au vent;
Adieu donc, belle Eugénie,
Nous reviendrons dans un an ".

Pour les hispanophones, citons un livre de Joaquim Mañes Postigo, auteur espagnol qui a écrit plusieurs livres sur les espagnols engagés dans la Légion étrangère. Le mythe de Camerone est l'histoire de Alonso Bernardo, le seul légionnaire espagnol engagé dans le combat.

El mito de Camerone
Magase ediciones - 2012

reseña :
Esta obra es el relato histórico novelado de diez horas de asedio visto desde la mirada incrédula y atónita de Alonso Bernardo, el único español integrante de la compañía francesa que resistió el asedio de las tropas mexicanas en Camerone. Se trata de un relato crudo, descarnado, extraído de las fuentes y reflejado con el mayor esmero literario pero sin renunciar en ningún momento a la fidelidad y el respeto por la realidad histórica. Es por tanto un libro que hay que leer para apreciar desde un punto de vista completamente nuevo los sucesos que tuvieron lugar en la hacienda Camerone en 1863. El combate de Camerone supone el paradigma del cumplimiento del deber hasta el final, es la referencia mítica para la Legión Extranjera que conforma su espíritu como institución militar constituyendo el fundamento de su propia cohesión; y este combate tuvo lugar en Camarón de Tejada, México, el 30 de abril de 1863. Sesenta y cinco legionarios, entre ellos un español, resistieron, asediados en una hacienda durante diez horas, el ataque de más de dos mil soldados mexicanos. Los legionarios formaban parte del cuerpo expedicionario de Francia, enviado por Napoleón III en apoyo del emperador Maximiliano, en su lucha contra los mexicanos del presidente Benito Juárez, una época romántica en la que destacaron unos valores siempre inmutables: honor y heroísmo.


On peut lire un autre récit, probablement le plus ancien, dans un livre de Louis Noir, à partir des témoignages des rares survivants et paru en 1867, Louis Noir, Campagne du Mexique. Puebla - Souvenir d'un zouave, éditions A. Faure, 1867.

 

 

 

 

 

Quelques bandes dessinées sont consacrées au combat de Camerone.

Camerone
J.P. Gourmelen (scénario), A.H. Palacios (dessin)
Série "Mac Coy"
éditions Dargaud, 1988 (3e édition)

résumé :
Mc Coy : 1883 : Durant un repas de mariage à Fort Apache, Mac Coy va raconter comment il participa à la bataille de Camerone, au Mexique, le 30 avril 1863 où une poignée de légionnaires français luttèrent contre des milliers de mexicains. Ce récit est historique, la Légion a combattu à Camerone, et fêtent chaque année cette bataille qui a fit de nombreuses victimes et où les légionnaires se sont courageusement battu. A l'époque où Mac Coy et Charley se sont retrouvés au Mexique, alors qu’ils étaient dans l’armée des confédérés, ils se sont engagés dans les forces françaises. Cet album est un prétexte pour les auteurs, de raconter et illustrer ce fait d’armes, par un découpage suivant le déroulement de la journée et la montée de la tension jusqu’au sacrifice final.

Camerone
Par Philippe Glogowski et Marien Puisaye
éditions du triomphe, 2003

L'histoire en BD de ce corps d'élite engagé sur tous les théâtres d'opérations militaires. La création de la Légion étrangère, les grandes campagnes entre 1831 et 1918 avec bien sûr, la glorieuse bataille de Camerone. Préface du colonel Yann Péron.


  

PhH

 

A consulter sur Bnf Gallica
La Campagne du Mexique
1862-1867
Bibliographie numérique de 50 références de Gallica sélectionnées et mises en thème par la Fondation Napoléon


18 avril 2014

Avec tant de solitude !

Surnommé « Gabo » dans toute l'Amérique latine, le Colombien Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature 1982, un des plus grands écrivains des XXe et XXIe siècles, est mort à Mexico DF le 17 avril 2014. Il était âgé de 87 ans. Son œuvre a été traduite dans toutes les langues ou presque, et vendue à quelque 50 millions d'exemplaires. Parmi ses œuvres maitresses, L'amour au temps du choléra, porté à l'écran en 2006, et Cent ans de solitude.

Une disparition qui laisse désormais ses lecteurs avec tant de solitude.

PhH





www.24-horas.mx/


Publimetro Mexico DF - 18 avril 2014

9 avril 2014

Mexico mosaïque

Portraits d’objets avec ville
Christine Frérot, textes
Lourdes Almeida, photographies
Editions Autrement, 09 - 2000

 Préface d’Alberto Ruy-Sanchez

Présentation de l'éditeur :
Une paire de bottes, un sachet de Doritos, un plan de métro, un moulin à chocolat… quelques monuments et une chanson.
Un jeu de piste, du rêve à la réalité, à travers des objets familiers, de facture artisanale ou semi-industrielle, simples, essentiels et secrètement beaux. Un parcours initiatique en forme d'inventaire affectif, qui nous parle, avec un zeste de poésie et d'humour du temps qui passe ...
Une histoire que l'on sent, que l'on goûte, que l'on touche.
Derrière cette mosaïque d'objets quotidiens, de figures emblématiques et de lieux-symboles, révélateurs de la singularité d'une culture, une véritable enquête ethnographique menée par une femme auteur, amoureuse et familière du Mexique.

Christine Frérot est spécialiste de l'art mexicain moderne et contemporain. Elle a séjourné au Mexique de nombreuses années. Elle travaille actuellement à l'École des hautes études en sciences sociales où elle effectue des recherches sur l'art latino-américain du xxe siècle. 

Lourdes Almeida a exposé ses photographies dans de nombreux musées à travers le monde et publié dans des catalogues et revues aussi bien au Mexique qu'à l'étranger. Elle a reçu divers prix dont le prix caméra de l'UNESCO en 1996.

Ces objets de mon affection, par Christine Frérot

Depuis plus de vingt-cinq ans, une fréquentation intime du Mexique a fait changer mon regard. Cette transformation a creusé des sillons affectifs et esthétiques entremêlant au passage des jours les artistes et leur art. Ce regard est essentiellement lié au temps, à la question du rapport entre le passé et le présent, à leur relative et pourtant nécessaire distanciation. Éphémère ou permanent, le temps a pris une place importante dans ma réflexion, et la différence des cultures est devenue à la fois proche et mystérieuse. Au fil des séjours et des voyages, l'appréhension du pays est restée immuable tout en m'apparaissant en constante mutation. J'ai pris conscience de la valeur de ces petits sujets de l'histoire, de ces objets à la fois anodins et indispensables, de ces images ou de ces comportements qui font le sel de la vie dans ce qu'elle a de plus impalpable. Mon approche est autant savoir que plaisir, expérience que fiction. Entre le réel et l'imaginaire. Gestes et chansons partagés, mets appréciés, espaces et architectures habités, ce parcours symbolique s'offre comme une proposition, une sorte de jeu de piste menant à instaurer un lien avec ce Mexique presque invisible. U lien fragile et instable, un lien contradictoire, à la fois subjectif et objectif. Avec un zeste de poésie et d'humour.

En partant d'une série d'objets, de quelques monuments, d'une chanson, de figures emblématiques et de produits de consommation, j’ai voulu raconter une histoire contemporaine du Mexique, fragmentaire et unique. Une histoire que l’on sent, que l’on goûte, que l’on touche.


Quelques exemples :

L’appareil à tortillas


L'appareil manuel en métal est hecho en México, comme l'ont été des dizaines d'inventions passées et il permet en toute sécurité d'obtenir la tortilla de ses rêves. Inventée en 1910 par Ramon Benitez, entrepreneur à Puebla, cette machine est la plus répandue en ville. À chaque coin de rue et dans chaque marché, les petits vendeurs répètent le geste ancestral, à moins qu'on ne soit attiré par le grincement et la cadence régulière de la machine électrique qui fait glisser quotidiennement sur le tapis des centaines de tortillas fumantes. Pourtant, avec ce début de mécanisation, un peu de poésie disparaît. La femme n'est plus menacée aujourd'hui comme elle l'était hier et un geste malencontreux ne lui sera plus fatal. Car c'est grâce à l'amour que la tortilla conserve son irrésistible saveur.

Le cabas, la bolsa para el mandado

Güerita, regarde mes melons comme ils sont charnus, güerita, viens goûter ce délicieux mamey, régale-toi d'une tranche de ma pastèque ... Qui résisterait à ce ballet d'invites aussi savoureuses ... Permanents, comme c'est le cas dans tous les quartiers de Mexico où le marché a été construit à côté de l'église et du kiosque à musique, ou éphémères lorsqu'ils s'installent une fois par semaine dans une rue qui leur a été réservée, les marchés sont incontestablement le cœur battant de la ville. L'effervescence qui y règne en permanence en fait le lieu de rencontre le plus populaire, et le cabas en plastique constitue l'un des attributs favoris des pérégrinations quotidiennes.
Résistant, il permet à tous les péchés de gourmandise de s'assouvir. Léger et transparent, on peut y évaluer ses achats d'un coup d'œil et s'autoriser tous les repentirs. Pliable, il peut être transporté à toute heure, en toutes circonstances et en tous lieux, au cas où. Modulable, il est adapté aux besoins, à l'âge, aux goûts. Il peut être acheté en grande taille comme sac à provisions ou, lorsqu'ils lui préfèrent la version mini, les jeunes branchés l'utilisent en sac à main. Le vent en poupe, il a diversifié sa gamme de couleurs, de dessins (lignes et carreaux) et de formes. Sa maniabilité et son adaptabilité lui ont fait détrôner depuis longtemps le traditionnel sac en ixtle qui se déforme et perd ses couleurs avec le soleil. Il a récemment quitté son territoire de prédilection, le marché, franchi l'Océan et se retrouve aujourd'hui dans d'autres temples de la consommation populaire, les Monoprix parisiens
.

La bougie, la veladora


La carafon, el garrafón

« Electropura veille sur vous »

L'eau, on le sait, devient une denrée rare. À Mexico, tout un vocabulaire tourne autour du précieux liquide. Il y a les réservoirs sur le toit, les camions-citernes, les longs tuyaux et leurs jets, les pompes à eau, les équipements sophistiqués de drainage et de purification. Un véritable arsenal, une terrible obsession. Car si l'eau fait souvent défaut dans les quartiers périphériques surpeuplés, elle parvient parfois à manquer dans les colonias plus huppées, provoquant de véritables drames autour de la dernière Ford Contour ou de la piscine fraîchement inaugurée. Mais si l'eau douce est parcimonieuse, il arrive aussi que l'on ne sache plus comment s'en débarrasser lorsque les pluies diluviennes rythment, avec une désespérante régularité et une abondance infinie, les longues après-midi d'été du district fédéral.
Longtemps, le lourd et dense carafon de verre, pouvant contenir jusqu'à vingt litres, s'est balancé sur son modeste support de fer blanc. Un grincement familier accompagnait le tangage du beau récipient transparent, dont aucune famille ne pouvait se passer. Un seul mot, un seul nom répondait aux attentes d'une soif en toute sécurité : Electropura. La modernité lui a apporté robinet, gobelet et une impériale fixité. Des tricycles aux camions qui transportent aujourd'hui des dizaines de carafons en plastique bleuté, l'eau magique a sa distribution et son avenir assurés. L'eau est doublement pure, puisqu'elle est purifiée selon un mystérieux procédé électrique qui constitue sa véritable appellation et rassure le consommateur angoissé. Les phantasmes bactériologiques peuvent bien menacer les plus intrépides: les millions de litres qu'Electropura distribue, depuis 1890 et quelque, aux quatre coins de la ville la plus peuplée du monde, auxquels elle a ajouté récemment ses nouvelles bouteilles de style Évian, doivent épouvanter virus et bacilles récalcitrants: adieu esteriocolli, trypanosoma cruzi, salmonelloses, shigelloses.




La cuillère en émail

La pyramide la Race, el monumento a la Raza

 
"Double cicatrice, encore sanglante " 
À Mexico, une nouvelle ville commence au nord du croisement des avenu Insurgentes et Reforma. Après le marché de Tepito et son indescriptible dédale, on est impressionné par la place des Trois-Cultures et la double cicatrice encore sanglante qu'a laissé Tlatelolco dans la mémoire de la ville. Les grands ensembles d'habitations populaires se succèdent avec monotonie et à quelques encablures de la tour du ministère des Affaires étrangères, on commence à ressentir une certaine oppression. L'air est plus trouble, le chaos visuel s'intensifie et les bruits semblent décuplés. L'enchevêtrement des lignes, fils, pylônes électriques et téléphoniques, la pétarade des camiones - ces autobus qui font la course sur l'avenue la plus longue du monde -, les fumées qui s'échappent sans vergogne des tubes et des tuyaux, délimitent un espace infernal pour le monument à la Race. Dans cet imbroglio qu'est devenue ville, l'hommage à la Nation se perd, étouffé, annihilé. Construit en 1940 par l'architecte Luis Lelo de Larrea pour honorer le métissage, le monument à la Race appartient à cette filière emblématique et redondante des allégories patriotiques dont regorge le pays. Les cavaliers, caudillos ou héros révolutionnaires, les gradés anonymes (agent des douanes ou pompier) chevauchent les paysages ou les villes, en compagnie des têtes "guillotinées" et des plus invraisemblables monuments comme ceux du poulpe, du bas nylon ou du sombrero. Mais l'exaltation de la Nation est l'un des thèmes de prédilection de la statuaire monumentale et le revival néo-indigéniste fait des ravages dans le pays. Dans ce carrefour démoniaque totalement acculturé, l'aigle est un peu solitaire depuis que les néo-Tlaloc ne crachent plus d'eau et que les Quetzalcoatl figés ne sont plus que des bas-reliefs ayant perdu la vigueur de leur symbole . 



La chanson de Jose Alfredo Jiménez, el Rey


Sigo siendo el Rey

Le vent du féminisme a beau souffler depuis des décennies, le roi n'est pas nu. Il règne toujours, fier et obstiné. La voie royale lui a été ouverte très tôt, lorsque, petit prince adulé, il se pavanait dans une cour de femmes qui lui était inconditionnellement acquise. Quand il clame à tue-tête qu'il continue à être le roi, malgré toutes ses vicissitudes, l'homme conforte ses prérogatives précoces et se rassure. Il sait que son autorité et sa liberté ne seront pas ébranlées, mais qu'elles doivent être réaffirmées en permanence, car " sa parole, c'est la loi ".
Chanson masculine par excellence, El Rey, " Le Roi ", est l'œuvre de José Alfredo Jiménez et date de 1970. Dans le sillage des chansons machistes, c'est la plus emblématique, celle à laquelle aucune réunion, aucun cabaret ou aucune peiia ne peut échapper, celle qui rassemble autant qu'elle déchire les hommes et les femmes, tout au moins dans l'euphorie partagée du chant thérapeutique. L'amour, la haine, l'argent, la trahison, la rupture, la violence, la passion et l'abandon sont au cœur de l'inspiration du compositeur. C'est grâce à eux que la chanson populaire mexicaine a sa véritable chair. Le mode incantatoire, plaintif ou suppliant, sur lesquels les histoires de la vie sont racontées en chansons, en fait aussi l'écho sublimé du quotidien, l'échappatoire ou le dérivatif de la réalité, le réconfort illusoire de l'amour incompris ou le baume sur la douleur inconsolable. La magie mélodique peut alors se substituer à la banalité tragique des mots. Le piège se referme sur les amants qui oublient que le roi n'est pas mort. Vive le roi !
Yo se bien que estoy afuera
pero el dia que yo me muera
se que tendras que llorar
Llorar y llorar, llorar y llorar (chœurs)

Diras que no me quisiste
pero vas a estar muy triste
y asi te vas a quedar.

Con dinero y sin dinero
hago siempre lo que quiero
y mi palabra es la ley.
No tengo trono ni reina
ni nadie que me comprenda
pero sigo siendo el Rey 

Una piedra del camino
me enseño que mi destino
era rodar y rodar
Rodar y rodar, rodar y rodar (chœurs)

Despues me dijo un arriero
que no hay que llegar primero
pero hay que saber llegar. 

Con dinero y sin dinero
hago sienpre lo que quiero
y mi palabra es la ley
No tengo trono ni reina
ni nadie que me comprenda
pero sigo siendo el Rey.


La chronique de Ph. H

Et aussi, l'Alegria et ses graines d'amarante, l'algue spiruline, la bibliothèque de l'UNAM, le caballito, le chicharrón, le chiquihuite, le chocolat Abuelita, les confiseries de Celaya, la cazuela, el Angel - monument à l'indépendance, les poudres miracles ... 

Mexico mosaïque n’est pas un guide sur la ville de Mexico, ni un roman, ni un simple album de photos. Mexico mosaïque, c’est un résumé de mexico, une galerie d’objets qui ont façonné la ville, qui sont les repères des chilangos*, c’est la carte d’identité de ce monstre urbain qui contient presque le quart de toute la population du pays. Le livre de Christine Frérot est aussi un dictionnaire amoureux. Chaque description révèle l’attrait de l’auteur pour le pays. Et, mieux que tout autre, elle a su saisir quels étaient les symboles qui vont le mieux aux habitants de Mexico. Des monuments aux objets usuels de la vie quotidienne, des documents écrits ou sonores qui rythment les jours et les nuits, des spécificités alimentaires aux incontournables boissons, de J.A. Jiménez à Superbarrio le  luchador, le lecteur découvre un cadre harmonieux loin de l’image agitée et polluée qui colle à Mexico, une culture riche, un mode de vie qui parait immuable. Publié en 2000, le contenu semble intemporel tant on retrouve le DF d’aujourd’hui dans les mots et les images d’hier. L’auteur a véritablement capté l’âme de Mexico. Cet ensemble de couleurs, d’odeurs, de bruits, et de saveurs qui, malgré les évolutions, reste la marque du DF. Christine Frérot, originaire de Lozére (comme l'auteur de ces lignes), et donc issue d'un territoire rural, réussi l’un des plus beaux ouvrages sur cet immense tissu urbain, parmi les plus peuplés du monde. Plus qu'un témoignage, son livre est une déclaration de profonde amitié à la ville et à ses habitants., et au dela au Mexique tout entier.

PhH

* : chilango, habitant de Mexico. Terme autrefois péjoratif mais aujourd’hui revendiqué par les citoyens de la ville, parfois appelée Chilangolandia.

3 avril 2014

Mantra

Rodrigo Fresán
traduit de l'espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
éditions Points
03 - 2014

Présentation de l'éditeur :
Je souffre d’une maladie inédite : ma mémoire s’efface au profit d’un souvenir unique, obsédant. Celui de Martín Mantra. Nous sommes devenus frères de sang à neuf ans, après avoir joué à la roulette russe avec un pistolet mexicain. De folles rumeurs ont circulé sur la disparition de Mantra. Le docteur dit qu’il n’a jamais existé que dans ma tête ; mais comment saurais-je toutes ces choses sur Mexico ?

Rodrigo Fresán est né à Buenos Aires en 1963. Écrivain et journaliste, il vit à Barcelone. Fresán a connu le succès critique dès son premier livre, Historia Argentina, en 1991. Chargé par son éditeur d’écrire sur Mexico, il publie Mantra en 2001.

Mexico est le mot le plus x qui soit, et Mantra devient " Mantrax " à la fin du livre. Le x est la lettre mystérieuse par excellence. Il ressemble à une énigme qui ne se résout jamais tout à fait. Le x marque aussi l'emplacement exact du trésor sur les cartes des pirates. Le x est le rayon qui permet de voir à travers les choses et de percer l'intime secret du squelette.
Rodrigo Fresán
Interview de Rodrigo Fresáan  dans Le Matricule des Anges :

Mantra, par l'Argentin Rodrigo Fresán, est un objet littéraire non identifié qui vous tombe sur la tête. Démesuré, monstrueux et compliqué comme la ville dont il s'inspire.

Le sujet de départ était Mexico, " cette araignée qui tisse toutes les toiles existantes ". Le résultat final est un " roman démontable ", une " aberration littéraire " : c'est ce que dit la 4e de couverture. Trois parties, trois narrateurs interchangeables, et le dénommé Mantra qui survole l'ensemble. Pour se présenter à nous en même temps qu'à ses nouveaux camarades de classe, il commence par jouer à la roulette russe avec un vrai revolver (à 9 ans), puis réalise (toujours à 9 ans) le film de sa vie... mais en fait on n'est sûr de rien, puisque le cerveau qui nous raconte l'histoire est atteint d'une tumeur en forme de Sea-Monkey.

La deuxième partie du livre, classée par ordre alphabétique de Abajo (en bas, Inframonde) à Zona (Zone, Crépusculaire) , forme un guide complètement subjectif, mais exhaustif, de Mexico. La fin sera racontée par un robot à la recherche de son Mantrax de père, dans les rues de la Nouvelle Tenochtitlán du Tremblement de Terre. On comprend alors un peu mieux pourquoi le narrateur de la première partie se prend pour le HAL 9000 de 2001 : l'Odyssée de l'espace. Quoique. Mantra est un livre halluciné, délirant, érudit. On y croise William Burroughs, Frida Kahlo ou David Lynch mais il ne faut surtout pas s'acharner à comprendre où tout ça nous mène. Quelques explications ne seront pas de trop... Lire l'article.

1 avril 2014

La pipe de Marcos

Javier de Isusi
Les voyages de Juan Sans Terre – tome 1
136 pages, 17€
Editions Rackman – 10 - 2005

La chronique de Ph. H

Vasco, marin sans bateau, parcourt le sud du Mexique à la recherche d'un ami qui y a mystérieusement disparu des années auparavant. En suivant ses traces, il arrive au cœur du Chiapas, tenu par l'armée zapatiste de libération nationale du sous-commandant Marcos. C'est là que les ennuis commencent. 

Entre fiction et témoignage, Javier de Isusi raconte la vie quotidienne dans cette région et la lutte quotidienne des populations indiennes pour défendre la liberté qu'ils ont conquise avec les armes. Javier de Isusi réussit à la perfection la synthèse entre une aventure à la Corto Maltèse et un travail d'enquête minutieusement documenté. Ce volume raconte le premier des quatre voyages de Juan Sans Terre qui le porteront vers d'autres situations conflictuelles latino-américaines (Colombie, Brésil).

Le dessin en noir et blanc peut paraître mal maitrisé par moment. Mais l’important est dans les dialogues, dans cette communication, dans ces sentiments qui passent entre les différents acteurs. L’auteur insiste sur le fait que l’EZLN n’est pas sortie du néant en 1994, ni d’une exportation des conflits guatémaltèques, d’Amérique centrale ou du guévarisme cubain. Elle est née il y a environ 500 ans, et s’est renforcée à chaque nouvelle spoliation des indiens. Celle née de l’exploitation de la forêt Lacandone s’est intensifiée dès le XVIIIe siècle et se poursuit de nos jours, sous des aspects très différents et parfois inattendus. L'humour reste très présent dans le récit, notamment pour illustrer la présence des observateurs étrangers dans les camps pour la paix, la cohabitation au sein des communautés entre priistes et zapatistes et my(s)thifier un peu plus la légende du passe-montagne. Les dernières scènes sont particulièrement savoureuses. 

L’ouvrage est riche de 136 pages, accompagnées d’une postface intitulée « le zapatisme ou le papillon qui provoque la tempête » dans laquelle Carmen Valle Simon brosse une rapide chronique des évènements et une description précise. Elle s’attache à montrer que l’EZLN n’est pas une armée conventionnelle, ce qui rendrait les choses si simples. Le séjour qu’a fait l’auteur au Chiapas, aidé par les Tojolabales, lui a permis de découvrir « la verdoyante terre chiapanèque, les forêts, les montagnes, les douches sous la pluie, le café, les guitares, les marimbas, les moustiques, les larves blanches, les coqs déboussolés, les chiens insomniaques et toutes ces chose qui rendent les nuits blanches fertiles ». L’album est dédié aux habitants de la Realidad et aux communautés indigènes du Chiapas.

Un peu d'histoire :

1994 - 2014, déjà 20 ans que la révolte zapatiste s'exprime dans le Chiapas. Après des premiers mois guerriers et meurtriers, prise d'Ocosingo, Comitan, San Cristobal de las Casas, Las Margaritas et Altamirano le 1er janvier 1994, l'EZLN s'est peu à peu installée dans le paysage politique et social du Chiapas. Le territoire administré par les zapatistes, les caracoles, est assez réduit et toujours étroitement surveillé par les soldats. Le défi permanent est de réussir la gestion quotidienne selon les principes fondateurs, qui se heurtent aux réalités du monde qui les entoure. Si toutes les tensions ne sont pas apaisées, du moins y a t-il eu une certaine normalisation. La couverture médiatique est désormais très faible et le visage emblématique du soulèvement, le sous-commandant Marcos, s'est fait très discret. Si les Zapatistes ont réussi à survivre, on peut aussi dire que les gouvernements mexicains, sans les éradiquer,  ont réussi à les "avaler". La phase militaire a été courte. En mobilisant 3000 soldats, des blindés, des avions et des hélicoptères, l'armée repoussa les combattants de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale dans les montagnes, où ils durent encore subir des bombardements aériens. le bilan des victimes peut être estimé à 400 tués.  Le 12 janvier 1994 le président Carlos Salinas de Gortari décrète un cessez-le-feu, plus sous la pression internationale qu'à cause du repli de l'EZLN. Un processus de dialogue s'entame dès février 1994, avec Manuel Camacho Solís. Commencent alors des années pendant lesquelles alternent l'ombre et la lumière. Les Zapatistes ne sont pas devenus des terroristes, et les milices anti-zapatistes ont été "contenues" après le massacre d'Acteal (22/12/1997) qui marque la fin de la "guerre de basse-intensité" et illustre tragiquement (45 morts)  l'échec de cette stratégie, indigne d'un état démocratique et d'un état de droit (l'armée régulière confiait ses missions de basses-œuvres aux milices paramilitaires qu'elle armait et formait). Dans les années 2000, quelques initiatives citoyennes sont lancées à travers le pays, comme la otra campaña en 2006, les rencontres du peuple zapatistes avec les peuples du monde (2007), et l'installation des communes en autogestion. En 2006, le 6 janvier, l'EZLN perd la commandante Ramona, indienne tzotzil, figure de la lutte des femmes indigènes.


Toujours en 2006, les 3 et 4 mai ont lieu les graves incidents de San Salvado Atenco (Etat de México) qui feront 2 morts parmi les membres de la otra campaña initié par l'EZLN, 207 arrestations et le viol de 26 femmes par des policiers. Ce cas est emblématique de la férocité de la répression au 3 niveaux de gouvernement, fédéral, estatal et municipal, et de l'impunité dont jouirons ensuite les forces de l'ordre au cours de procès inéquitables. Le gouverneur de l'Etat de México était à cette époque Enrique Peña Nieto, qui deviendra président du Mexique en juillet 2012.
Ensuite, les apparitions se font plus rares, peut être parce que le conflit est resté confiné à cette zone de Los Altos de Chiapas, et qu'à aucun moment il ne s'est étendu à d'autres états du Mexique. Des incidents, parfois graves, opposant les zapatistes à d'autres groupes du PRI, du PRD, voire à des membres organisations indigènes ou paysannes, surviennent de temps en temps.
Néanmoins, les zapatistes sont toujours la. Ils étaient 40 000, dans un silence impressionnant, sous les passe-montagnes et les paliacates, le 21 décembre 2012 à San Cristobal, preuve que leurs revendications de liberté, de dignité, de justice, d'autonomie ne sont pas satisfaites et que le "Ya basta !" est toujours d'actualité.
En décembre 2013, le sous-commandant Marcos reprend la plume pour dénoncer la campagne d'autopromotion "massive, couteuse, ridicule et illégale" menée par le gouverneur du Chiapas, Manuel Velasco Coello (campagne chiffrée par l'hebdomadaire Proceso à 130 millions de pesos, financée sur les deniers publics de l'état le plus pauvre du Mexique).
L'état-major de l'EZLN est aujourd'hui dirigé le sous-commandant Moïsés.

La une de l'hebdomadaire Proceso, le 23 décembre 2012

En complément :
Dossier sur les 20 ans du soulèvement zapatiste (en français)
EZLN 20 años de alzamiento en Chiapas (en espagnol)

Ph.H

20 mars 2014

Signes qui précéderont la fin du monde

Yuri Herrera
Señales que precederán al fin del mundo
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Laura Alcoba
Editions Gallimard – janvier 2014

Présentation de l’éditeur :
Au commencement, une simple requête maternelle. Celle que Cora fait à sa fille, Makina : elle doit partir à la recherche de son frère, de l'autre côté de la frontière, afin de lui transmettre un message. Voilà une mission que la jeune femme est la seule à pouvoir assumer. Mais pourquoi ? La réponse est au bout du voyage, un périple qui s'effectuera en neuf étapes aussi actuelles qu'immémoriales. Franchir un fleuve avec un pneu pour radeau, transporter des paquets sans chercher à savoir ce qu'ils contiennent, vaincre la montagne d'obsidienne : telles sont quelques-unes des épreuves qui feront de Makina quelqu'un d'autre. À moins qu'elles ne lui permettent, au bout du compte, de devenir un peu plus elle-même. Quelque part, là-bas. Ou, définitivement, de l'autre côté.
« Comme dans son premier roman, Les Travaux du Royaume, Yuri Herrera n'écrit pas seulement sur le Mexique, sur la frontière et ses blessures. Ses personnages évoluent dans un univers qui lui est propre, entre fable, roman et poésie, là où s'entremêlent les mythes du passé et les déchirures de l'actualité la plus brûlante ».
Laura Alcoba


Señales que precederán al fin del mundo
Editorial Periférica

Reseña de la editorial :
Señales que precederán al fin del mundo, es, sin duda, una de las novelas más singulares de entre todas las que se han escrito en español en este cambio de siglo. Y también una de las más bellas y precisas. Como ya sucedía en su anterior novela: Trabajos del reino, Yuri Herrera no escribe «simplemente» sobre México y la frontera, sino que crea su México a través de historias y leyendas del pasado y del presente. Y traza con exactitud el mapa de un territorio que es aún más gigantesco, hecho tanto de lo que está sobre la tierra y en lo real como de lo que está bajo ella y pertenece a lo mitológico, a las culturas precolombinas. Quien recorre ese territorio a través de las nueve etapas de los mitos, es Makina, un personaje sin parangón en la literatura actual de tan real como parece, a pesar de vivir en un mundo que es quizá el inframundo. Basta leer dos páginas, una, de este libro, y no hará falta más: ya no podrá escapar ningún lector de esta historia fabulosa que narra mucho más que el viaje de Marina en busca de su hermano. Una misión : encontrar en territorio extranjero al hermano que emigró y darle un recado. La elegida, una mujer joven, de carácter firme que no se dejará intimidar. Un territorio : México. Por delante nueve jornadas míticas y el encuentro con una serie de personajes y vicisitudes que no la dejarán indiferente ni a ella ni a nosotros que la acompañaremos a lo largo de ellas. Un descubrimiento. Eso será para los lectores Señales que precederán al fin del mundo, la segunda novela que publica el mexicano Yuri Herrera (México, 1970) en Editorial Periférica (2009), un acierto que la coloca como ya es habitual en la órbita de las editoriales que están apostando por literatura de calidad a ambos lados del charco. Y confirma el buen hacer de este escritor preciso y dueño de una muy particular manera de contar.
« Con una temprana sabiduría que sólo se adquiere con el dolor, Yuri Herrera expone las falacias humanas, el mundo de los arrabales, las cantinas, los prostíbulos y sus lacras, la droga, las armas, la muerte... ».
Elena Poniatowska, La Jornada

18 mars 2014

La malédiction de Rascar Capac (tome 1)

Philippe Goddin
éditions Casterman - mars 2014

La chronique de Ph. H

Les éditions Casterman publient un ouvrage sur le premier volume du double épisode des aventures de Tintin, Les sept boules de cristal, qui dans la série des albums est suivi par Le temple du soleil. Pour les tintinophiles, les aventures de Tintin au Pérou, autour de la disparition des bijoux de la momie de Rascar Capac, prêtre inca, figurent parmi les albums préférés, aux côtés de L'affaire Tournesol ou Le secret de la Licorne. C'est aussi peut-être l'épisode le plus exotique, qui amène Tintin en Amérique latine, ou il rencontre une ancienne et brillante civilisation. Après L'oreille cassée, c'est le deuxième voyage de Tintin sur ce continent. Contrairement à la première fois ou Tintin évoluait dans des pays imaginaires, San Theodoros et Nuevo Rico, cette fois, avec son compagnon Haddock, les policiers Dupond et Dupont, à la recherche de Tryphon Tournesol, les héros sont dans un pays clairement identifié, le Pérou, débarquant d'abord au port de Callao avant de rejoindre les somment andins de Cuzco en prenant la ligne de train la plus élevée du monde qui mène a Machu Picchu. Dans ce premier opus qui détaille Les 7 boules de cristal, Tintin et Haddock croisent la route de scientifiques et archéologues rentrant d'une mission en terre inca. Ils sont tour à tour frappé d'un mal inconnu, comme ceux qui avaient ouvert le tombeau de Toutankhamon. Les seuls indices sont de petits éclats de verre retrouvés à proximité des victimes. L'aventure prend un tour plus dramatique après la disparition du professeur Tournesol. Dans cet épisode, Tintin retrouve le général Alcazar, chassé de sa capitale Las Dopicos par un énième coup d'état de son rival, le général Tapioca. Il apparait dans un spectacle de music-hall comme Ramon Zárate, lanceur de couteaux, dans un costume digne d'un charro mexicain.

© Hergé - éditions Casterman

L'ouvrage détaille "l'histoire de l'histoire". Présentation de l'éditeur :

Épisode mythique des Aventures de Tintin, Les 7 Boules de cristal fut publié dans Le Soir entre décembre 1943 et août 1944 — soit au total 150 strips que les lecteurs du quotidien belge eurent le plaisir de découvrir en primeur. C’est cette version intégrale et inédite, qui est ici reconstituée pour la première fois en grand format pour le plus grand plaisir des amoureux de Tintin.

Pas à pas, l’hergéologue Philippe Goddin retrace la genèse du récit et en restitue le contexte en s’appuyant sur les sources iconographiques et documentaires personnelles collationnées par Hergé tout au long de son travail. Des recherches préliminaires à l’élaboration du scénario, des croquis aux dessins, on découvre ainsi le cheminement d’un auteur toujours en quête de la rigueur et de l’authenticité.
En observateur critique des réalités quotidiennes, Hergé croque ici, une attitude éphémère et là un détail des coulisses du Théâtre des Galeries à Bruxelles. Rien n’échappe à sa sagacité?: ni les chapeaux à la mode dans les années 40 ni la finesse des parures incas. Son œuvre regorge de détails identifiables et de références à des décors bien réels. Au travers des lectures retrouvées dans ses archives, par exemple les ouvrages de Gaston Leroux ou de Charles Wiener, on découvre la fascination du créateur de Tintin pour les civilisations anciennes et l’ethnographie. On verra aussi comment il est influencé par les événements de son époque et le cinéma. Plus que jamais, l’imaginaire hergéen s’enracine dans la réalité.
Page à page, le lecteur comprendra ce qui amuse Hergé, le surprend, le fascine ou l’interpelle et pourra participer, comme par-dessus l’épaule de l’artiste, à l’élaboration de son récit.
Enfin, images à l’appui, on verra comment Hergé a secrètement terminé l’épisode, interrompu dans Le Soir à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et on comprendra comment il en a préparé et différé la suite – Le Temple du Soleil – pour se consacrer à la création du journal Tintin.
Le mystère des Boules de Cristal inaugure une nouvelle série d’ouvrages visant à parcourir la genèse de certains albums des aventures de Tintin. Mine d’or d’informations, cette belle édition regroupe en quelque sorte deux livres en un.
Les pages de droite présentent l’intégralité de l’histoire des 7 Boules de Cristal telle que publiée dans le journal belge Le Soir avant sa première parution en album ; l’occasion pour les amoureux de Tintin mais aussi le grand public de découvrir cette version très différente de celle parue jusqu’ici sous format album. Les pages de gauche offrent de nombreux croquis et de précieux documents de l’époque rendant compte des innombrables recherches de Hergé et de l’implication d’Edgard Jacobs dans la création de cette grande aventure.
Extrait : « Lorsque, dans quelques mois, Hergé et son ami Jacobs remanieront l’épisode, préparant l’album que Casterman pense pouvoir faire paraître dès la fin de l’année 1945 - ce qui ne sera pas le cas -, certains passages feront naturellement l’objet d’ajustements ou de modifications. Parmi les plus visibles, il y aura ces grandes cases, occupant jusqu’à une demi-page, et destinées à rendre les choses plus claires ou à varier le rythme de la narration. Des cases à grand spectacle, soigneusement sélectionnées. Ainsi, l’entrée en scène du capitaine, affublé de la tête de vache et de divers accessoires accrochés à ses cornes, au beau milieu du numéro de Bruno l’illusionniste, se devra d’être magnifiée. L’image publiée dans Le Soir sera complètement refaite, l’angle de vue s’élargissant à l’ensemble de la salle. Grâce à Hergé, friand de telles Privates jokes, l’on identifiera même parmi les spectateurs un certain nombre de ses amis ou connaissances, dont Edgard Jacobs, reconnaissable à son noeud papillon, dans la loge de gauche. C’est lui qui se chargera de fignoler le décor.»
 L'ouvrage est présenté en format 298 x 215 à l’italienne, avec 136 pages.

Pour ceux qui ne connaissent pas Tintin et Rascar Capac, il est utile de rappeler l'influence qu'a eu ce personnage sur de nombreux lecteurs enfants ou adolescents :


Simon Giraudot dans le Geektionnerd

Il faut avouer qu'il a l'air assez menaçant :

© Hergé - éditions Casterman

Sur Rascar Capac :
L'Inca Rascar Capac est inspiré des noms des Incas qui ont régné au Pérou comme " Manco-Capac ", " Mayta-Capac " ou " Huascar ". Il apparaît dans l'album Les 7 Boules de cristal. L'Inca Rascar Capac n'a jamais existé et a été imaginé par Hergé. La momie a été découverte par l'expédition Sanders-Hardmuth dont il est fait mention au tout début de l'album. La momie de l'Inca Rascar Capac est coiffée du " borla " ou diadème royal en or massif. Son nom signifie Celui-qui-déchaîne-le-feu-du-ciel. Voir une description détaillée sur Tintin.com. Hergé se serait notamment inspiré pour créer la momie de Rascar Capac de la momie péruvienne qui figure au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles.
 © Hergé - éditions Casterman / Momie Parakas du Pérou - Collection particulière

Rascar Capac par un tagger en 2012

Rascar Capac By MathHE - © MathHE


PhH


18 février 2014

Mi hermanita Cristina, una niña chamula

Texte et Photos : Xunka’ López Díaz
Texte : Lourdes de León Pasquel
Coordination : Carlota Duarte

2000, édité par le Consejo Estatal para la Cultura y las Artes de Chiapas
Et le soutien de
Ciesas, Archivo fotográfico indígena, Conaculta Chiapas

L’histoire de "ma petite sœur Cristina", une enfant chamula est le témoignage d’une fratrie d’indiens tzotzil, du village de dans les environs de San Juan Chamula, sur les hauts-plateaux du Chiapas (sud du Mexique). En quelques photographies du quotidien, l’auteur décris la vie d’une petite fille dans les années 1990, de ses vêtements, de ses repas, de ses activités et de sa famille. Dans le texte, Cristina se raconte, parle de ses frêres et sœurs, de sa maman et de ses amies. Le livre est origial par plusieurs aspects. Tout d’abord, il résulte du travail de la sœur de Cristina, Xunka’, photographe, qui a su saisir des instantanés très parlants et très évocateurs de la vie de sa famille, ces scènes de vie sont donc vues de « l’intérieur ». Ensuite, il est édité en trois langues, espagnol, anglais et tzotzil. On peut ainsi mesurer l’éloignement grammatical, syntaxique et linguistique du tzotzil des langues européennes.

Un peu de vocabulaire


La langue tzotzil, que parlent les indiens Chamulas, appartient aux langues mayas, du groupe tzeltal-chol, langue parlée par environ 400 000 personnes au Mexique. Les Chamulas, dont le centre le plus connu est San Juan Chamula, à coté de San Cristobal de las Casas, sont des artisans réputés et leurs productions (tissages, vêtements, jouets, bijoux, animaux en terre cuite, poterie …) font le bonheur des touristes de passage. Commerçants avisés, on les rencontre fréquemment loin de leur village, que ce soit à la capitale Mexico ou dans les stations balnéaires du Yucatan. Les tenus des femmes sont caractéristiques, un chemisier (blusa*) le plus souvent bleu ciel mais parfois blanc, brodé de rose et de blanc. Effet de mode, j’ai rencontré en janvier 2014 des indiennes chamulas en chemisier violet ?

Tresses
 

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Xunka’ (équivalent de Juana en espagnol) nous parle de sa vie et des moments forts qui l’ont jalonné. Elle revient à travers sa propre expérience sur les fréquentes querelles religieuses entre catholiques et sectes protestantes inspirées des églises étasuniennes. Il n’est pas rare qu’à l’occasion de ces conflits, des familles entières soient chassées de leur village, quand ça ne fini pas en affrontement armé, machettes voire armes à feu. C’est ce qui est arrivé à la famille de Xunka’, obligée de s’établir à San Cristobal. Les indiens qui conservent un syncrétisme religieux mélangeant divinités mayas et saints catholiques acceptent mal que d’autres écoutent différemment la palabra de Dios. En plus des lois fédérales mexicaines, des lois du Chiapas, les Chamulas et les autres communautés respectent d’abord les autorités coutumières et les lois traditionnelles. Les préceptes de la bible interprétés selon des visions adventistes, pentecôtistes ou autres, sont incompatibles avec ces coutumes. On assiste également depuis quelques années à l’émergence du culte musulman et à la conversion de quelques centaines d’indiens autour de San Cristobal. Enfin, pour être exhaustif, il faut souligner que les divisions politiques du Mexique se retrouvent aussi chez les Chamulas, et que le PRI (Partido Revolucionario Institucional) a largement utilisé la corruption afin de s’assurer le soutien des caciques. Tous ces facteurs contribuent à de fortes tensions intra-communautaires.

Les chamulas, dont les villages se sont retrouvés au cœur du soulèvement zapatiste de 1994, ont adapté leur artisanat à cet évènement en popularisant des poupées de tissus, figurant le Sous-commandant Marcos, et masquées comme les zapatistes. Comme la plupart des ethnies mexicaines, ils doivent faire face à une déconsidération de la part de certains mexicains, notamment les coletos, les grands propriétaires terriens et éleveurs qui voudraient s'approprier leurs petites terres éjidales (de ejidos, terrains dont la propriété est collective). Les Chamulas et les autres indiens du Chiapas ont également été très souvent les victimes de groupes paramilitaires comme lors du massacre d’Acteal le 22 décembre 1997, quand des "anti-zapatistes" ont attaqué une communauté sans que l'armée mexicaine, présente sur les lieux, n'intervienne.

Chapitre 1 :
Yo me llamo Cristina López Diaz. Tengo nueve años. Tengo cuatro hermanas mayores que se llaman Xunka’ Maria, Rosa y Martha. También tengo cuatro hermanc Juan, Mateo, Samuel y Pablo. Sé tomar fotos y me gusta tomar de todo. Me gusta jugar con mis hermanas y mis amigas. Todavia no sé hacer la comida. Mi mamá y mis hermanas la hacen. Me gusta comer de todo, mi favorita las verduras. Me gusta jugar poquito en casa. Me gusta mi ropa tradicional y no quiero cambiarla. Sé tejer pulseras. Mi hermana me enseñó, Lavo mi ropa poquito con mis hermanas y mi mamá. Trenzo mi pelo Mis hermanas bordan mi blusa y tejen mi falda. Me gusta ir al mercado a pasear y ayudar a mi mamá. Mi mamá vende en el mercado, tiene puesto. Me gusta ir pasear en el parque con mis hermanas y mi mamá. Me gusta estudiar.


L’auteur :

Xunka’ López Díaz, indigène Tzotzil est née en 1971 à Joltzemen, dans les environs de San Juan Chamula (Chiapas – Mexique). Elle a débuté ses travaux de photographe en 1996. Actuellement elle fait partie du groupe des Archives photographiques indigènes. Elle vit avec sa famille à San Cristobal de las Casas (Chiapas).


Une photo de Cristina prise par Xunka’ a servi à illustrer l’agenda 2003 de Nosotros vistos, Niños de Chiapas.

 
 
Crédits de l'ouvrage
 
 
* Pour en savoir plus sur les chemisiers (blusas) des indiennes Chamulas : une exposition au musée Na Bolom de San Cristobal de las casas.
 
PhH