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22 octobre 2022

Une passion mélancolique selon Frida Kahlo

Christine Frérot
Éditeur : Ateliers Henry Dougier, 09-2022

 

 

Présentation de l'éditeur

On a beaucoup écrit sur Frida Kahlo (1907-1954). Si celle que l’on qualifie aujourd’hui de « féministe » est avant tout une femme libre, elle ne peut cependant être séparée de son mari, le grand peintre mexicain Diego Rivera (1886-1957), avec lequel elle a vécu vingt-cinq ans et partagé une vie tumultueuse, jalonnée de séparations, de trahisons, de liaisons et de jalousies, mais aussi d’amour, d’amitié et de complicité.
Comme historienne de l‘art spécialiste du Mexique moderne et contemporain, me mettre à la place de Diego pour accompagner la gestation de cette peinture et à travers elle, me remémorer les moments les plus marquants de leur vie commune, était un défi risqué, mais, intellectuellement et émotionnellement pour moi, un jeu excitant. J’ai dû prendre une distance raisonnable des faits et je suis entrée avec une liberté toute relative dans « l’intime » afin de comprendre la force et la pérennité de leurs liens non seulement amoureux, culturels et intellectuels mais aussi politiques. J’ai épluché les écrits du couple, leurs biographies et les textes critiques, j’ai croisé volontairement leurs regards et mesuré leurs sentiments, et à partir de ces matériaux historiques, j’ai bâti leur histoire, où l’affect et la peinture sont indissociables, en mettant en exergue ce qui m’a paru le plus pertinent pour comprendre comment cette oeuvre avait pris corps, aux côtés de la forte personnalité de Diego, dans la chair et l’esprit de Frida.
L’étreinte d’amour de l’univers, de la terre (Mexique), moi, Diego et Monsieur Xólotl (1949), est la dernière peinture importante de Frida Kahlo. Dans ce tableau, moins connu que ses autoportraits flamboyants, Diego repose dans ses bras, à la fois enfant et adulte, abandonné, bienheureux et apaisé. Mais l’univers de Frida n’est pas limité à sa personne, il n’est pas seulement son mari, son amant, son ami, son enfant ; elle est profondément attachée au Mexique, sa terre nourricière adorée, comme à l’art précolombien et aux chiens sacrés qu’elle vénère. L’étreinte d’amour est un autoportrait qui me semble être la quintessence de tout ce qui accroche Frida à la vie, mais aussi la confession mélancolique de ses certitudes. Il est aussi, en partie, l’histoire de Diego Rivera.
Illustration de la couverture : L’étreinte d’amour de l’univers, de la terre (Mexique), moi, Diego et Monsieur Xólotl par Frida Kahlo.
 

Christine Frérot, docteur en histoire de l’art, est spécialiste du Mexique. Elle a été responsable culturelle à l’Institut français de Mexico et chercheur à l’École des Hautes études en sciences sociales. Elle est critique d’art, membre de l’Aica et commissaire d'expositions.



25 septembre 2021

Alice Rahon et le Mexique

La révélation de l'art
Christine Frérot
éditions Riveneuve, 11-2021

 

Présentation :

Malgré une brève notoriété à Paris comme poétesse invitée par André Breton au sein du cercle surréaliste, malgré la rencontre avec René Char, la collaboration avec Man Ray et la relation avec Picasso, Alice Rahon (1904-1987), franc-comtoise et bretonne par choix, reste une parfaite inconnue en France. Pourtant, celle qui va devenir peintre au Mexique et croiser Frida Kahlo, Octavio Paz et Anaïs Nin, a vu son œuvre recherchée par les collectionneurs dès les années 1940. La Franco-Mexicaine est aujourd’hui présente dans de grands musées autant en Amérique latine qu’aux États-Unis.
Alice Rahon est une artiste libre, qui ne cherche pas à représenter fidèlement son pays d’adoption, mais puise son inspiration dans les grands espaces, la nature omniprésente, les villes grouillantes et les fêtes bigarrées. Elle impose et séduit avec un art intimiste, inclassable, dans lequel la poésie des images s’est substituée à celle des mots.
Ce livre rend hommage à l’une des artistes étrangères qui a le plus contribué à ouvrir aux formes de l’abstraction une scène artistique alors dominée par la figuration engagée de l’École mexicaine.

ISBN : 978-2-36013-625-4
Format : 14 x 21 cm
Pagination : 208 pages dont 42 œuvres reproduites couleurs et photographies N&B
Prix : 24 €

L'auteur
Christine Frérot est docteure en histoire de l’art et spécialiste de l’art mexicain moderne et contemporain. Elle a étudié et travaillé plus de dix ans au Mexique. Chercheuse à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et chargée de cours à l’Université de Paris III, elle est membre de l’Association internationale des critiques d’art (AICA), correspondante de la revue colombienne Art Nexus et commissaire de nombreuses expositions.
Autrice de séries d’articles, elle a publié à Mexico son premier livre, El mercado del arte en México, 1950-1976 (1990), et à Paris plusieurs ouvrages dont Resistencia visual, Oaxaca 2006 (préface d’Édouard Glissant, Talmart, Paris, 2009) et Fictions mexicaines, 38 témoins de l’art du XXe siècle, préface de Jaime Moreno Villareal chez Riveneuve (2016). Son dernier ouvrage Amériques intimes et autres récits a été publié en avril 2021 chez Ginkgo, Paris.
Voir également sur ce sur ce blog.

 

Possibilité de souscription (avant le 13 octobre 2021)


18 septembre 2021

Amériques intimes

et autres récits
Christine Frérot
éditions Ginkgo, 04-2021

 

Présentation


Avec Amériques intimes, son septième ouvrage, Christine Frérot aborde une fois de plus cette Amérique latine qui lui est si chère, mais en délaissant cette fois l'histoire de l'art pour aborder les rivages de l'intime et du souvenir. La mise à nu de ses sentiments, de ses découvertes ou de ses attachements irrigue son récit autobiographique, où l'on découvre des éclats sensibles ou mélancoliques, les évocations de moments plus ou moins privilégiés, la matière vivante de tous ses enracinements. Le Mexique, fil conducteur de ce livre, où affleure néanmoins l’ancrage profond de sa première vie (la rude et solitaire Lozère) la conduit – en des « aller-retour » incessants – depuis Mexico, la capitale-mondes bruyante, fascinante et épuisante, à Oaxaca la baroque, vibrante, lumineusement ocre ; depuis La Havane, encore socialiste et endormie, à Sao Paulo et Rio de Janeiro, cités d'un Brésil intense, langoureux et musical ; depuis le Pacifique jusqu'aux Caraïbes et à l'Océan atlantique.
Ce livre n’a pas pour objet de tracer une chronologie. Il dessine en rhizomes des fragments d’histoire et assemble dans une mélancolie joyeuse les divagations et les certitudes d’un parcours esthétique et sensible, d'une renaissance de soi.
C’est l’amour et ses liens avec tout un continent, la seule Amérique, l’America latina à la fois espagnole et portugaise, mais aussi aztèque, maya et inca ; celle de cultures millénaires dont le passé est toujours vivant, mais aussi celle des modernités architecturales les plus extravagantes, et surtout, celle de l’affect ; enfin, unique, celle d’un réel-merveilleux intrinsèquement latino-américain, autrefois chanté par l’écrivain cubain Alejo Carpentier.

 

L'auteur
Christine Frérot est docteur en histoire de l’art, spécialiste de l’art mexicain moderne et contemporain. Étudiante à l’Université nationale autonome de Mexico (1972-1977), elle a ensuite été responsable culturel de l’Institut Français d’Amérique Latine à Mexico entre 1985 et 1989. Depuis de longues
années, elle poursuit ses séjours dans ce pays qu’elle connaît bien et ne cesse d’explorer. Christine Frérot a été chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris) et chargée de
cours au Département d’Études latinoaméricaines de l’Université de Paris III. Elle est membre de l’Association internationale des critiques d’art (AICA), correspondante de la principale revue
d’art latino-américain Art Nexus (Bogota-Miami) et commissaire d’exposition. Elle est également
membre fondateur (2012) de la revue électronique Artelogie.fr consacrée aux arts et cultures de l’Amérique latine. Voir également sur ce sur ce blog.
 

Christine Frérot a publié à Mexico son premier livre El mercado del arte en México, 1950-1976, Ifal/Inba, 1990.
Parmi ses autres ouvrages, on peut citer :
- Échanges artistiques contemporains, la France et le Mexique, L’Harmattan, 1996.
- Mexico Mosaïque. Portraits d’objets avec ville, Autrement, 2000.
- Art contemporain d’Amérique latine, Chroniques françaises 1990-2005, L’Harmattan, 2005.
- Fictions mexicaines, 38 témoins de l’art du XXe siècle, Riveneuve, 2016
(livre présenté à Montpellier en 2017 en partenariat avec l'association Uniframex, la librairie La Géosphère et le blog Lectures Mexicaines)

6 février 2018

Présentation du livre FICTIONS MEXICAINES par Christine Frérot


L’association francomexicaine Uniframex a le plaisir de vous inviter à la présentation et la signature du livre FICTIONS MEXICAINES, par son auteur, Christine Frérot, le samedi 24 mars à 19 :30 à la salle Lacordaire, en partenariat avec la librairie La Géosphère. Cet évènement a lieu dans le cadre de la semaine mexicaine organisé par des étudiants de la Montpellier Business School (MBS).
Il sera suivi d'un moment convivial autour du verre de l’amitié.



Le livre
 « L'École mexicaine » naît avec la Révolution de 1910 et le vent de nationalisme qui l'accompagne. Les murs du pays se couvrent de fresques grâce aux commandes publiques, mais aussi par l'adhésion des plus grands artistes. Il faudra attendre les années 80 pour que les générations nouvelles, diversement héritières de Frida Kahlo et Maria Izquierdo, revisitent leur culture. Associant l'analyse de l'oeuvre à l'histoire de l'art et à celle de l'artiste, l'auteure fait revivre 38 témoins emblématiques de l'art mexicain du XXe siècle dont elle est l'une des meilleures spécialistes en France. De Diego Rivera à Julio Galán en passant par José Guadalupe Posada et le Dr Atl, un Mexique à la fois Révolutionnaire, Guadalupéen, Immortel et Volcanique... surgit dans la pluralité des regards en confirmant, après Octavio Paz, que « les arts expriment (entre autres choses peut-être plus profondes), le tempérament de chaque nation.
Préface de Jaime Moreno Villarreal
Jaime Moreno Villarreal est un écrivain mexicain. Ses essais sur l’art sont publiés dans de nombreux livres et catalogues d’exposition, autant au Mexique qu’en France, aux États- Unis et dans plusieurs pays d’Europe. Il a été conseiller culturel de l’Ambassade du Mexique en France de 2007 à 2009.

L’auteur
 Christine Frérot est docteur en histoire de l’art et spécialiste de l’art mexicain moderne et contemporain. Elle a étudié à Paris et à Mexico (Université de Paris I et Unam) et travaillé plus de dix ans au Mexique (Institut Français d’Amérique latine, direction culturelle). Chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess) et chargée de cours à l’Université de Paris III, elle est membre de l’Association internationale des critiques d’art (Aica, Art Nexus) et commissaire d’exposition. Son cinquième ouvrage, Resistencia visual, Oaxaca 2006 (préface d’Edouard Glissant) a été publié en 2009 par Talmart, Paris.

Extraits de presse
De même surprennent Les Quatre Habitants du Mexique (1938), de Frida Kahlo, quatre figures sur la place d’un village qui symbolisent chacune un aspect du pays.
Le Monde diplomatique

Ce livre n’est pas seulement un livre d’art (...), c’est effectivement une invitation au voyage, une manière détournée et originale de connaître un pays à travers sa peinture.
Le Midi Libre

Tout à la fois carnet de coups de cœurs et outil pédagogique, l’ensemble est articulé de manière thématique (...). Au final, le portrait d’un peuple transparaît, énergique, magique et poétique.
Artension


www.riveneuve.com
Distribution/ diffusion Interforum

  • samedi 24 mars - 19.30
  • Salle Lacordaire - 6 rue des Augustins
    (à deux pas de l'Esplanade Charles de Gaulle et du couvent des Dominicains)
  • Entrée libre dans la mesure des places disponibles.
  • Merci de bien vouloir nous confirmer votre présence à :
    association.uniframex@laposte.net
    librairiegeosphere@gmail.com




13 décembre 2017

Fictions mexicaines

38 témoins de l’art du XXe siècle
Christine Frérot
préface de Jaime Moreno Villarreal
Riveneuve éditions, 12/2017


L’École mexicaine naît avec la Révolution de 1910 et le vent de patriotisme qui l’accompagne. Les murs du pays se couvrent de fresques grâce aux commandes publiques, mais aussi par l’adhésion des plus grands artistes à un consensus qui donne la primauté à une peinture figurative, narrative, d’inspiration vernaculaire et engagée. Il faudra attendre les années 80 pour que les générations nouvelles, diversement héritières de Frida Kahlo et María Izquierdo, revisitent leur culture. Elles proposeront des visions personnelles à la fois parodiques et provocatrices, teintées des apports du surréalisme, du fantastique mexicain et du pop art.

Associant l’analyse de l’œuvre à l’histoire de l’art et à celle de l’artiste, l’auteur fait revivre 38 témoins emblématiques de l’art mexicain du XXe siècle dont elle est l’une des meilleures spécialistes en France. De Diego Rivera à Julio Galán en passant par José Guadalupe Posada et le Dr Atl, un Mexique à la fois révolutionnaire, guadalupéen, immortel et volcanique… surgit dans la pluralité des regards en confirmant, après Octavio Paz, que « les arts expriment (entre autres choses peut-être plus profondes), le tempérament de chaque nation ».

Christine Frérot est docteur en histoire de l’art et spécialiste de l’art mexicain moderne et contemporain. Elle a étudié et travaillé plus de dix ans au Mexique. Chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess) et chargée de cours à l’Université de Paris III, elle est membre de l’Association internationale des critiques d’art (Aica), correspondante de la revue colombienne Art Nexus et commissaire d’exposition. Elle a publié à Mexico son premier livre, El mercado del arte en México, 1950-1976 (1990), et à Paris son cinquième ouvrage, Resistencia visual, Oaxaca 2006 (préface d’Edouard Glissant, Talmart, Paris, 2009). Elle est co-auteur avec Lourdes Almeida du livre Mexico mosaique, paru aux éditions Autrement en 2001.

Source : Riveneuve éditions

9 avril 2014

Mexico mosaïque

Portraits d’objets avec ville
Christine Frérot, textes
Lourdes Almeida, photographies
Editions Autrement, 09 - 2000

 Préface d’Alberto Ruy-Sanchez

Présentation de l'éditeur :
Une paire de bottes, un sachet de Doritos, un plan de métro, un moulin à chocolat… quelques monuments et une chanson.
Un jeu de piste, du rêve à la réalité, à travers des objets familiers, de facture artisanale ou semi-industrielle, simples, essentiels et secrètement beaux. Un parcours initiatique en forme d'inventaire affectif, qui nous parle, avec un zeste de poésie et d'humour du temps qui passe ...
Une histoire que l'on sent, que l'on goûte, que l'on touche.
Derrière cette mosaïque d'objets quotidiens, de figures emblématiques et de lieux-symboles, révélateurs de la singularité d'une culture, une véritable enquête ethnographique menée par une femme auteur, amoureuse et familière du Mexique.

Christine Frérot est spécialiste de l'art mexicain moderne et contemporain. Elle a séjourné au Mexique de nombreuses années. Elle travaille actuellement à l'École des hautes études en sciences sociales où elle effectue des recherches sur l'art latino-américain du xxe siècle. 

Lourdes Almeida a exposé ses photographies dans de nombreux musées à travers le monde et publié dans des catalogues et revues aussi bien au Mexique qu'à l'étranger. Elle a reçu divers prix dont le prix caméra de l'UNESCO en 1996.

Ces objets de mon affection, par Christine Frérot

Depuis plus de vingt-cinq ans, une fréquentation intime du Mexique a fait changer mon regard. Cette transformation a creusé des sillons affectifs et esthétiques entremêlant au passage des jours les artistes et leur art. Ce regard est essentiellement lié au temps, à la question du rapport entre le passé et le présent, à leur relative et pourtant nécessaire distanciation. Éphémère ou permanent, le temps a pris une place importante dans ma réflexion, et la différence des cultures est devenue à la fois proche et mystérieuse. Au fil des séjours et des voyages, l'appréhension du pays est restée immuable tout en m'apparaissant en constante mutation. J'ai pris conscience de la valeur de ces petits sujets de l'histoire, de ces objets à la fois anodins et indispensables, de ces images ou de ces comportements qui font le sel de la vie dans ce qu'elle a de plus impalpable. Mon approche est autant savoir que plaisir, expérience que fiction. Entre le réel et l'imaginaire. Gestes et chansons partagés, mets appréciés, espaces et architectures habités, ce parcours symbolique s'offre comme une proposition, une sorte de jeu de piste menant à instaurer un lien avec ce Mexique presque invisible. U lien fragile et instable, un lien contradictoire, à la fois subjectif et objectif. Avec un zeste de poésie et d'humour.

En partant d'une série d'objets, de quelques monuments, d'une chanson, de figures emblématiques et de produits de consommation, j’ai voulu raconter une histoire contemporaine du Mexique, fragmentaire et unique. Une histoire que l’on sent, que l’on goûte, que l’on touche.


Quelques exemples :

L’appareil à tortillas


L'appareil manuel en métal est hecho en México, comme l'ont été des dizaines d'inventions passées et il permet en toute sécurité d'obtenir la tortilla de ses rêves. Inventée en 1910 par Ramon Benitez, entrepreneur à Puebla, cette machine est la plus répandue en ville. À chaque coin de rue et dans chaque marché, les petits vendeurs répètent le geste ancestral, à moins qu'on ne soit attiré par le grincement et la cadence régulière de la machine électrique qui fait glisser quotidiennement sur le tapis des centaines de tortillas fumantes. Pourtant, avec ce début de mécanisation, un peu de poésie disparaît. La femme n'est plus menacée aujourd'hui comme elle l'était hier et un geste malencontreux ne lui sera plus fatal. Car c'est grâce à l'amour que la tortilla conserve son irrésistible saveur.

Le cabas, la bolsa para el mandado

Güerita, regarde mes melons comme ils sont charnus, güerita, viens goûter ce délicieux mamey, régale-toi d'une tranche de ma pastèque ... Qui résisterait à ce ballet d'invites aussi savoureuses ... Permanents, comme c'est le cas dans tous les quartiers de Mexico où le marché a été construit à côté de l'église et du kiosque à musique, ou éphémères lorsqu'ils s'installent une fois par semaine dans une rue qui leur a été réservée, les marchés sont incontestablement le cœur battant de la ville. L'effervescence qui y règne en permanence en fait le lieu de rencontre le plus populaire, et le cabas en plastique constitue l'un des attributs favoris des pérégrinations quotidiennes.
Résistant, il permet à tous les péchés de gourmandise de s'assouvir. Léger et transparent, on peut y évaluer ses achats d'un coup d'œil et s'autoriser tous les repentirs. Pliable, il peut être transporté à toute heure, en toutes circonstances et en tous lieux, au cas où. Modulable, il est adapté aux besoins, à l'âge, aux goûts. Il peut être acheté en grande taille comme sac à provisions ou, lorsqu'ils lui préfèrent la version mini, les jeunes branchés l'utilisent en sac à main. Le vent en poupe, il a diversifié sa gamme de couleurs, de dessins (lignes et carreaux) et de formes. Sa maniabilité et son adaptabilité lui ont fait détrôner depuis longtemps le traditionnel sac en ixtle qui se déforme et perd ses couleurs avec le soleil. Il a récemment quitté son territoire de prédilection, le marché, franchi l'Océan et se retrouve aujourd'hui dans d'autres temples de la consommation populaire, les Monoprix parisiens
.

La bougie, la veladora


La carafon, el garrafón

« Electropura veille sur vous »

L'eau, on le sait, devient une denrée rare. À Mexico, tout un vocabulaire tourne autour du précieux liquide. Il y a les réservoirs sur le toit, les camions-citernes, les longs tuyaux et leurs jets, les pompes à eau, les équipements sophistiqués de drainage et de purification. Un véritable arsenal, une terrible obsession. Car si l'eau fait souvent défaut dans les quartiers périphériques surpeuplés, elle parvient parfois à manquer dans les colonias plus huppées, provoquant de véritables drames autour de la dernière Ford Contour ou de la piscine fraîchement inaugurée. Mais si l'eau douce est parcimonieuse, il arrive aussi que l'on ne sache plus comment s'en débarrasser lorsque les pluies diluviennes rythment, avec une désespérante régularité et une abondance infinie, les longues après-midi d'été du district fédéral.
Longtemps, le lourd et dense carafon de verre, pouvant contenir jusqu'à vingt litres, s'est balancé sur son modeste support de fer blanc. Un grincement familier accompagnait le tangage du beau récipient transparent, dont aucune famille ne pouvait se passer. Un seul mot, un seul nom répondait aux attentes d'une soif en toute sécurité : Electropura. La modernité lui a apporté robinet, gobelet et une impériale fixité. Des tricycles aux camions qui transportent aujourd'hui des dizaines de carafons en plastique bleuté, l'eau magique a sa distribution et son avenir assurés. L'eau est doublement pure, puisqu'elle est purifiée selon un mystérieux procédé électrique qui constitue sa véritable appellation et rassure le consommateur angoissé. Les phantasmes bactériologiques peuvent bien menacer les plus intrépides: les millions de litres qu'Electropura distribue, depuis 1890 et quelque, aux quatre coins de la ville la plus peuplée du monde, auxquels elle a ajouté récemment ses nouvelles bouteilles de style Évian, doivent épouvanter virus et bacilles récalcitrants: adieu esteriocolli, trypanosoma cruzi, salmonelloses, shigelloses.




La cuillère en émail

La pyramide la Race, el monumento a la Raza

 
"Double cicatrice, encore sanglante " 
À Mexico, une nouvelle ville commence au nord du croisement des avenu Insurgentes et Reforma. Après le marché de Tepito et son indescriptible dédale, on est impressionné par la place des Trois-Cultures et la double cicatrice encore sanglante qu'a laissé Tlatelolco dans la mémoire de la ville. Les grands ensembles d'habitations populaires se succèdent avec monotonie et à quelques encablures de la tour du ministère des Affaires étrangères, on commence à ressentir une certaine oppression. L'air est plus trouble, le chaos visuel s'intensifie et les bruits semblent décuplés. L'enchevêtrement des lignes, fils, pylônes électriques et téléphoniques, la pétarade des camiones - ces autobus qui font la course sur l'avenue la plus longue du monde -, les fumées qui s'échappent sans vergogne des tubes et des tuyaux, délimitent un espace infernal pour le monument à la Race. Dans cet imbroglio qu'est devenue ville, l'hommage à la Nation se perd, étouffé, annihilé. Construit en 1940 par l'architecte Luis Lelo de Larrea pour honorer le métissage, le monument à la Race appartient à cette filière emblématique et redondante des allégories patriotiques dont regorge le pays. Les cavaliers, caudillos ou héros révolutionnaires, les gradés anonymes (agent des douanes ou pompier) chevauchent les paysages ou les villes, en compagnie des têtes "guillotinées" et des plus invraisemblables monuments comme ceux du poulpe, du bas nylon ou du sombrero. Mais l'exaltation de la Nation est l'un des thèmes de prédilection de la statuaire monumentale et le revival néo-indigéniste fait des ravages dans le pays. Dans ce carrefour démoniaque totalement acculturé, l'aigle est un peu solitaire depuis que les néo-Tlaloc ne crachent plus d'eau et que les Quetzalcoatl figés ne sont plus que des bas-reliefs ayant perdu la vigueur de leur symbole . 



La chanson de Jose Alfredo Jiménez, el Rey


Sigo siendo el Rey

Le vent du féminisme a beau souffler depuis des décennies, le roi n'est pas nu. Il règne toujours, fier et obstiné. La voie royale lui a été ouverte très tôt, lorsque, petit prince adulé, il se pavanait dans une cour de femmes qui lui était inconditionnellement acquise. Quand il clame à tue-tête qu'il continue à être le roi, malgré toutes ses vicissitudes, l'homme conforte ses prérogatives précoces et se rassure. Il sait que son autorité et sa liberté ne seront pas ébranlées, mais qu'elles doivent être réaffirmées en permanence, car " sa parole, c'est la loi ".
Chanson masculine par excellence, El Rey, " Le Roi ", est l'œuvre de José Alfredo Jiménez et date de 1970. Dans le sillage des chansons machistes, c'est la plus emblématique, celle à laquelle aucune réunion, aucun cabaret ou aucune peiia ne peut échapper, celle qui rassemble autant qu'elle déchire les hommes et les femmes, tout au moins dans l'euphorie partagée du chant thérapeutique. L'amour, la haine, l'argent, la trahison, la rupture, la violence, la passion et l'abandon sont au cœur de l'inspiration du compositeur. C'est grâce à eux que la chanson populaire mexicaine a sa véritable chair. Le mode incantatoire, plaintif ou suppliant, sur lesquels les histoires de la vie sont racontées en chansons, en fait aussi l'écho sublimé du quotidien, l'échappatoire ou le dérivatif de la réalité, le réconfort illusoire de l'amour incompris ou le baume sur la douleur inconsolable. La magie mélodique peut alors se substituer à la banalité tragique des mots. Le piège se referme sur les amants qui oublient que le roi n'est pas mort. Vive le roi !
Yo se bien que estoy afuera
pero el dia que yo me muera
se que tendras que llorar
Llorar y llorar, llorar y llorar (chœurs)

Diras que no me quisiste
pero vas a estar muy triste
y asi te vas a quedar.

Con dinero y sin dinero
hago siempre lo que quiero
y mi palabra es la ley.
No tengo trono ni reina
ni nadie que me comprenda
pero sigo siendo el Rey 

Una piedra del camino
me enseño que mi destino
era rodar y rodar
Rodar y rodar, rodar y rodar (chœurs)

Despues me dijo un arriero
que no hay que llegar primero
pero hay que saber llegar. 

Con dinero y sin dinero
hago sienpre lo que quiero
y mi palabra es la ley
No tengo trono ni reina
ni nadie que me comprenda
pero sigo siendo el Rey.


La chronique de Ph. H

Et aussi, l'Alegria et ses graines d'amarante, l'algue spiruline, la bibliothèque de l'UNAM, le caballito, le chicharrón, le chiquihuite, le chocolat Abuelita, les confiseries de Celaya, la cazuela, el Angel - monument à l'indépendance, les poudres miracles ... 

Mexico mosaïque n’est pas un guide sur la ville de Mexico, ni un roman, ni un simple album de photos. Mexico mosaïque, c’est un résumé de mexico, une galerie d’objets qui ont façonné la ville, qui sont les repères des chilangos*, c’est la carte d’identité de ce monstre urbain qui contient presque le quart de toute la population du pays. Le livre de Christine Frérot est aussi un dictionnaire amoureux. Chaque description révèle l’attrait de l’auteur pour le pays. Et, mieux que tout autre, elle a su saisir quels étaient les symboles qui vont le mieux aux habitants de Mexico. Des monuments aux objets usuels de la vie quotidienne, des documents écrits ou sonores qui rythment les jours et les nuits, des spécificités alimentaires aux incontournables boissons, de J.A. Jiménez à Superbarrio le  luchador, le lecteur découvre un cadre harmonieux loin de l’image agitée et polluée qui colle à Mexico, une culture riche, un mode de vie qui parait immuable. Publié en 2000, le contenu semble intemporel tant on retrouve le DF d’aujourd’hui dans les mots et les images d’hier. L’auteur a véritablement capté l’âme de Mexico. Cet ensemble de couleurs, d’odeurs, de bruits, et de saveurs qui, malgré les évolutions, reste la marque du DF. Christine Frérot, originaire de Lozére (comme l'auteur de ces lignes), et donc issue d'un territoire rural, réussi l’un des plus beaux ouvrages sur cet immense tissu urbain, parmi les plus peuplés du monde. Plus qu'un témoignage, son livre est une déclaration de profonde amitié à la ville et à ses habitants., et au dela au Mexique tout entier.

PhH

* : chilango, habitant de Mexico. Terme autrefois péjoratif mais aujourd’hui revendiqué par les citoyens de la ville, parfois appelée Chilangolandia.