9 avril 2014

Mexico mosaïque

Portraits d’objets avec ville
Christine Frérot, textes
Lourdes Almeida, photographies
Editions Autrement, 09 - 2000

 Préface d’Alberto Ruy-Sanchez

Présentation de l'éditeur :
Une paire de bottes, un sachet de Doritos, un plan de métro, un moulin à chocolat… quelques monuments et une chanson.
Un jeu de piste, du rêve à la réalité, à travers des objets familiers, de facture artisanale ou semi-industrielle, simples, essentiels et secrètement beaux. Un parcours initiatique en forme d'inventaire affectif, qui nous parle, avec un zeste de poésie et d'humour du temps qui passe ...
Une histoire que l'on sent, que l'on goûte, que l'on touche.
Derrière cette mosaïque d'objets quotidiens, de figures emblématiques et de lieux-symboles, révélateurs de la singularité d'une culture, une véritable enquête ethnographique menée par une femme auteur, amoureuse et familière du Mexique.

Christine Frérot est spécialiste de l'art mexicain moderne et contemporain. Elle a séjourné au Mexique de nombreuses années. Elle travaille actuellement à l'École des hautes études en sciences sociales où elle effectue des recherches sur l'art latino-américain du xxe siècle. 

Lourdes Almeida a exposé ses photographies dans de nombreux musées à travers le monde et publié dans des catalogues et revues aussi bien au Mexique qu'à l'étranger. Elle a reçu divers prix dont le prix caméra de l'UNESCO en 1996.

Ces objets de mon affection, par Christine Frérot

Depuis plus de vingt-cinq ans, une fréquentation intime du Mexique a fait changer mon regard. Cette transformation a creusé des sillons affectifs et esthétiques entremêlant au passage des jours les artistes et leur art. Ce regard est essentiellement lié au temps, à la question du rapport entre le passé et le présent, à leur relative et pourtant nécessaire distanciation. Éphémère ou permanent, le temps a pris une place importante dans ma réflexion, et la différence des cultures est devenue à la fois proche et mystérieuse. Au fil des séjours et des voyages, l'appréhension du pays est restée immuable tout en m'apparaissant en constante mutation. J'ai pris conscience de la valeur de ces petits sujets de l'histoire, de ces objets à la fois anodins et indispensables, de ces images ou de ces comportements qui font le sel de la vie dans ce qu'elle a de plus impalpable. Mon approche est autant savoir que plaisir, expérience que fiction. Entre le réel et l'imaginaire. Gestes et chansons partagés, mets appréciés, espaces et architectures habités, ce parcours symbolique s'offre comme une proposition, une sorte de jeu de piste menant à instaurer un lien avec ce Mexique presque invisible. U lien fragile et instable, un lien contradictoire, à la fois subjectif et objectif. Avec un zeste de poésie et d'humour.

En partant d'une série d'objets, de quelques monuments, d'une chanson, de figures emblématiques et de produits de consommation, j’ai voulu raconter une histoire contemporaine du Mexique, fragmentaire et unique. Une histoire que l’on sent, que l’on goûte, que l’on touche.


Quelques exemples :

L’appareil à tortillas


L'appareil manuel en métal est hecho en México, comme l'ont été des dizaines d'inventions passées et il permet en toute sécurité d'obtenir la tortilla de ses rêves. Inventée en 1910 par Ramon Benitez, entrepreneur à Puebla, cette machine est la plus répandue en ville. À chaque coin de rue et dans chaque marché, les petits vendeurs répètent le geste ancestral, à moins qu'on ne soit attiré par le grincement et la cadence régulière de la machine électrique qui fait glisser quotidiennement sur le tapis des centaines de tortillas fumantes. Pourtant, avec ce début de mécanisation, un peu de poésie disparaît. La femme n'est plus menacée aujourd'hui comme elle l'était hier et un geste malencontreux ne lui sera plus fatal. Car c'est grâce à l'amour que la tortilla conserve son irrésistible saveur.

Le cabas, la bolsa para el mandado

Güerita, regarde mes melons comme ils sont charnus, güerita, viens goûter ce délicieux mamey, régale-toi d'une tranche de ma pastèque ... Qui résisterait à ce ballet d'invites aussi savoureuses ... Permanents, comme c'est le cas dans tous les quartiers de Mexico où le marché a été construit à côté de l'église et du kiosque à musique, ou éphémères lorsqu'ils s'installent une fois par semaine dans une rue qui leur a été réservée, les marchés sont incontestablement le cœur battant de la ville. L'effervescence qui y règne en permanence en fait le lieu de rencontre le plus populaire, et le cabas en plastique constitue l'un des attributs favoris des pérégrinations quotidiennes.
Résistant, il permet à tous les péchés de gourmandise de s'assouvir. Léger et transparent, on peut y évaluer ses achats d'un coup d'œil et s'autoriser tous les repentirs. Pliable, il peut être transporté à toute heure, en toutes circonstances et en tous lieux, au cas où. Modulable, il est adapté aux besoins, à l'âge, aux goûts. Il peut être acheté en grande taille comme sac à provisions ou, lorsqu'ils lui préfèrent la version mini, les jeunes branchés l'utilisent en sac à main. Le vent en poupe, il a diversifié sa gamme de couleurs, de dessins (lignes et carreaux) et de formes. Sa maniabilité et son adaptabilité lui ont fait détrôner depuis longtemps le traditionnel sac en ixtle qui se déforme et perd ses couleurs avec le soleil. Il a récemment quitté son territoire de prédilection, le marché, franchi l'Océan et se retrouve aujourd'hui dans d'autres temples de la consommation populaire, les Monoprix parisiens
.

La bougie, la veladora


La carafon, el garrafón

« Electropura veille sur vous »

L'eau, on le sait, devient une denrée rare. À Mexico, tout un vocabulaire tourne autour du précieux liquide. Il y a les réservoirs sur le toit, les camions-citernes, les longs tuyaux et leurs jets, les pompes à eau, les équipements sophistiqués de drainage et de purification. Un véritable arsenal, une terrible obsession. Car si l'eau fait souvent défaut dans les quartiers périphériques surpeuplés, elle parvient parfois à manquer dans les colonias plus huppées, provoquant de véritables drames autour de la dernière Ford Contour ou de la piscine fraîchement inaugurée. Mais si l'eau douce est parcimonieuse, il arrive aussi que l'on ne sache plus comment s'en débarrasser lorsque les pluies diluviennes rythment, avec une désespérante régularité et une abondance infinie, les longues après-midi d'été du district fédéral.
Longtemps, le lourd et dense carafon de verre, pouvant contenir jusqu'à vingt litres, s'est balancé sur son modeste support de fer blanc. Un grincement familier accompagnait le tangage du beau récipient transparent, dont aucune famille ne pouvait se passer. Un seul mot, un seul nom répondait aux attentes d'une soif en toute sécurité : Electropura. La modernité lui a apporté robinet, gobelet et une impériale fixité. Des tricycles aux camions qui transportent aujourd'hui des dizaines de carafons en plastique bleuté, l'eau magique a sa distribution et son avenir assurés. L'eau est doublement pure, puisqu'elle est purifiée selon un mystérieux procédé électrique qui constitue sa véritable appellation et rassure le consommateur angoissé. Les phantasmes bactériologiques peuvent bien menacer les plus intrépides: les millions de litres qu'Electropura distribue, depuis 1890 et quelque, aux quatre coins de la ville la plus peuplée du monde, auxquels elle a ajouté récemment ses nouvelles bouteilles de style Évian, doivent épouvanter virus et bacilles récalcitrants: adieu esteriocolli, trypanosoma cruzi, salmonelloses, shigelloses.




La cuillère en émail

La pyramide la Race, el monumento a la Raza

 
"Double cicatrice, encore sanglante " 
À Mexico, une nouvelle ville commence au nord du croisement des avenu Insurgentes et Reforma. Après le marché de Tepito et son indescriptible dédale, on est impressionné par la place des Trois-Cultures et la double cicatrice encore sanglante qu'a laissé Tlatelolco dans la mémoire de la ville. Les grands ensembles d'habitations populaires se succèdent avec monotonie et à quelques encablures de la tour du ministère des Affaires étrangères, on commence à ressentir une certaine oppression. L'air est plus trouble, le chaos visuel s'intensifie et les bruits semblent décuplés. L'enchevêtrement des lignes, fils, pylônes électriques et téléphoniques, la pétarade des camiones - ces autobus qui font la course sur l'avenue la plus longue du monde -, les fumées qui s'échappent sans vergogne des tubes et des tuyaux, délimitent un espace infernal pour le monument à la Race. Dans cet imbroglio qu'est devenue ville, l'hommage à la Nation se perd, étouffé, annihilé. Construit en 1940 par l'architecte Luis Lelo de Larrea pour honorer le métissage, le monument à la Race appartient à cette filière emblématique et redondante des allégories patriotiques dont regorge le pays. Les cavaliers, caudillos ou héros révolutionnaires, les gradés anonymes (agent des douanes ou pompier) chevauchent les paysages ou les villes, en compagnie des têtes "guillotinées" et des plus invraisemblables monuments comme ceux du poulpe, du bas nylon ou du sombrero. Mais l'exaltation de la Nation est l'un des thèmes de prédilection de la statuaire monumentale et le revival néo-indigéniste fait des ravages dans le pays. Dans ce carrefour démoniaque totalement acculturé, l'aigle est un peu solitaire depuis que les néo-Tlaloc ne crachent plus d'eau et que les Quetzalcoatl figés ne sont plus que des bas-reliefs ayant perdu la vigueur de leur symbole . 



La chanson de Jose Alfredo Jiménez, el Rey


Sigo siendo el Rey

Le vent du féminisme a beau souffler depuis des décennies, le roi n'est pas nu. Il règne toujours, fier et obstiné. La voie royale lui a été ouverte très tôt, lorsque, petit prince adulé, il se pavanait dans une cour de femmes qui lui était inconditionnellement acquise. Quand il clame à tue-tête qu'il continue à être le roi, malgré toutes ses vicissitudes, l'homme conforte ses prérogatives précoces et se rassure. Il sait que son autorité et sa liberté ne seront pas ébranlées, mais qu'elles doivent être réaffirmées en permanence, car " sa parole, c'est la loi ".
Chanson masculine par excellence, El Rey, " Le Roi ", est l'œuvre de José Alfredo Jiménez et date de 1970. Dans le sillage des chansons machistes, c'est la plus emblématique, celle à laquelle aucune réunion, aucun cabaret ou aucune peiia ne peut échapper, celle qui rassemble autant qu'elle déchire les hommes et les femmes, tout au moins dans l'euphorie partagée du chant thérapeutique. L'amour, la haine, l'argent, la trahison, la rupture, la violence, la passion et l'abandon sont au cœur de l'inspiration du compositeur. C'est grâce à eux que la chanson populaire mexicaine a sa véritable chair. Le mode incantatoire, plaintif ou suppliant, sur lesquels les histoires de la vie sont racontées en chansons, en fait aussi l'écho sublimé du quotidien, l'échappatoire ou le dérivatif de la réalité, le réconfort illusoire de l'amour incompris ou le baume sur la douleur inconsolable. La magie mélodique peut alors se substituer à la banalité tragique des mots. Le piège se referme sur les amants qui oublient que le roi n'est pas mort. Vive le roi !
Yo se bien que estoy afuera
pero el dia que yo me muera
se que tendras que llorar
Llorar y llorar, llorar y llorar (chœurs)

Diras que no me quisiste
pero vas a estar muy triste
y asi te vas a quedar.

Con dinero y sin dinero
hago siempre lo que quiero
y mi palabra es la ley.
No tengo trono ni reina
ni nadie que me comprenda
pero sigo siendo el Rey 

Una piedra del camino
me enseño que mi destino
era rodar y rodar
Rodar y rodar, rodar y rodar (chœurs)

Despues me dijo un arriero
que no hay que llegar primero
pero hay que saber llegar. 

Con dinero y sin dinero
hago sienpre lo que quiero
y mi palabra es la ley
No tengo trono ni reina
ni nadie que me comprenda
pero sigo siendo el Rey.


La chronique de Ph. H

Et aussi, l'Alegria et ses graines d'amarante, l'algue spiruline, la bibliothèque de l'UNAM, le caballito, le chicharrón, le chiquihuite, le chocolat Abuelita, les confiseries de Celaya, la cazuela, el Angel - monument à l'indépendance, les poudres miracles ... 

Mexico mosaïque n’est pas un guide sur la ville de Mexico, ni un roman, ni un simple album de photos. Mexico mosaïque, c’est un résumé de mexico, une galerie d’objets qui ont façonné la ville, qui sont les repères des chilangos*, c’est la carte d’identité de ce monstre urbain qui contient presque le quart de toute la population du pays. Le livre de Christine Frérot est aussi un dictionnaire amoureux. Chaque description révèle l’attrait de l’auteur pour le pays. Et, mieux que tout autre, elle a su saisir quels étaient les symboles qui vont le mieux aux habitants de Mexico. Des monuments aux objets usuels de la vie quotidienne, des documents écrits ou sonores qui rythment les jours et les nuits, des spécificités alimentaires aux incontournables boissons, de J.A. Jiménez à Superbarrio le  luchador, le lecteur découvre un cadre harmonieux loin de l’image agitée et polluée qui colle à Mexico, une culture riche, un mode de vie qui parait immuable. Publié en 2000, le contenu semble intemporel tant on retrouve le DF d’aujourd’hui dans les mots et les images d’hier. L’auteur a véritablement capté l’âme de Mexico. Cet ensemble de couleurs, d’odeurs, de bruits, et de saveurs qui, malgré les évolutions, reste la marque du DF. Christine Frérot, originaire de Lozére (comme l'auteur de ces lignes), et donc issue d'un territoire rural, réussi l’un des plus beaux ouvrages sur cet immense tissu urbain, parmi les plus peuplés du monde. Plus qu'un témoignage, son livre est une déclaration de profonde amitié à la ville et à ses habitants., et au dela au Mexique tout entier.

PhH

* : chilango, habitant de Mexico. Terme autrefois péjoratif mais aujourd’hui revendiqué par les citoyens de la ville, parfois appelée Chilangolandia.

3 avril 2014

Mantra

Rodrigo Fresán
traduit de l'espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
éditions Points
03 - 2014

Présentation de l'éditeur :
Je souffre d’une maladie inédite : ma mémoire s’efface au profit d’un souvenir unique, obsédant. Celui de Martín Mantra. Nous sommes devenus frères de sang à neuf ans, après avoir joué à la roulette russe avec un pistolet mexicain. De folles rumeurs ont circulé sur la disparition de Mantra. Le docteur dit qu’il n’a jamais existé que dans ma tête ; mais comment saurais-je toutes ces choses sur Mexico ?

Rodrigo Fresán est né à Buenos Aires en 1963. Écrivain et journaliste, il vit à Barcelone. Fresán a connu le succès critique dès son premier livre, Historia Argentina, en 1991. Chargé par son éditeur d’écrire sur Mexico, il publie Mantra en 2001.

Mexico est le mot le plus x qui soit, et Mantra devient " Mantrax " à la fin du livre. Le x est la lettre mystérieuse par excellence. Il ressemble à une énigme qui ne se résout jamais tout à fait. Le x marque aussi l'emplacement exact du trésor sur les cartes des pirates. Le x est le rayon qui permet de voir à travers les choses et de percer l'intime secret du squelette.
Rodrigo Fresán
Interview de Rodrigo Fresáan  dans Le Matricule des Anges :

Mantra, par l'Argentin Rodrigo Fresán, est un objet littéraire non identifié qui vous tombe sur la tête. Démesuré, monstrueux et compliqué comme la ville dont il s'inspire.

Le sujet de départ était Mexico, " cette araignée qui tisse toutes les toiles existantes ". Le résultat final est un " roman démontable ", une " aberration littéraire " : c'est ce que dit la 4e de couverture. Trois parties, trois narrateurs interchangeables, et le dénommé Mantra qui survole l'ensemble. Pour se présenter à nous en même temps qu'à ses nouveaux camarades de classe, il commence par jouer à la roulette russe avec un vrai revolver (à 9 ans), puis réalise (toujours à 9 ans) le film de sa vie... mais en fait on n'est sûr de rien, puisque le cerveau qui nous raconte l'histoire est atteint d'une tumeur en forme de Sea-Monkey.

La deuxième partie du livre, classée par ordre alphabétique de Abajo (en bas, Inframonde) à Zona (Zone, Crépusculaire) , forme un guide complètement subjectif, mais exhaustif, de Mexico. La fin sera racontée par un robot à la recherche de son Mantrax de père, dans les rues de la Nouvelle Tenochtitlán du Tremblement de Terre. On comprend alors un peu mieux pourquoi le narrateur de la première partie se prend pour le HAL 9000 de 2001 : l'Odyssée de l'espace. Quoique. Mantra est un livre halluciné, délirant, érudit. On y croise William Burroughs, Frida Kahlo ou David Lynch mais il ne faut surtout pas s'acharner à comprendre où tout ça nous mène. Quelques explications ne seront pas de trop... Lire l'article.

1 avril 2014

La pipe de Marcos

Javier de Isusi
Les voyages de Juan Sans Terre – tome 1
136 pages, 17€
Editions Rackman – 10 - 2005

La chronique de Ph. H

Vasco, marin sans bateau, parcourt le sud du Mexique à la recherche d'un ami qui y a mystérieusement disparu des années auparavant. En suivant ses traces, il arrive au cœur du Chiapas, tenu par l'armée zapatiste de libération nationale du sous-commandant Marcos. C'est là que les ennuis commencent. 

Entre fiction et témoignage, Javier de Isusi raconte la vie quotidienne dans cette région et la lutte quotidienne des populations indiennes pour défendre la liberté qu'ils ont conquise avec les armes. Javier de Isusi réussit à la perfection la synthèse entre une aventure à la Corto Maltèse et un travail d'enquête minutieusement documenté. Ce volume raconte le premier des quatre voyages de Juan Sans Terre qui le porteront vers d'autres situations conflictuelles latino-américaines (Colombie, Brésil).

Le dessin en noir et blanc peut paraître mal maitrisé par moment. Mais l’important est dans les dialogues, dans cette communication, dans ces sentiments qui passent entre les différents acteurs. L’auteur insiste sur le fait que l’EZLN n’est pas sortie du néant en 1994, ni d’une exportation des conflits guatémaltèques, d’Amérique centrale ou du guévarisme cubain. Elle est née il y a environ 500 ans, et s’est renforcée à chaque nouvelle spoliation des indiens. Celle née de l’exploitation de la forêt Lacandone s’est intensifiée dès le XVIIIe siècle et se poursuit de nos jours, sous des aspects très différents et parfois inattendus. L'humour reste très présent dans le récit, notamment pour illustrer la présence des observateurs étrangers dans les camps pour la paix, la cohabitation au sein des communautés entre priistes et zapatistes et my(s)thifier un peu plus la légende du passe-montagne. Les dernières scènes sont particulièrement savoureuses. 

L’ouvrage est riche de 136 pages, accompagnées d’une postface intitulée « le zapatisme ou le papillon qui provoque la tempête » dans laquelle Carmen Valle Simon brosse une rapide chronique des évènements et une description précise. Elle s’attache à montrer que l’EZLN n’est pas une armée conventionnelle, ce qui rendrait les choses si simples. Le séjour qu’a fait l’auteur au Chiapas, aidé par les Tojolabales, lui a permis de découvrir « la verdoyante terre chiapanèque, les forêts, les montagnes, les douches sous la pluie, le café, les guitares, les marimbas, les moustiques, les larves blanches, les coqs déboussolés, les chiens insomniaques et toutes ces chose qui rendent les nuits blanches fertiles ». L’album est dédié aux habitants de la Realidad et aux communautés indigènes du Chiapas.

Un peu d'histoire :

1994 - 2014, déjà 20 ans que la révolte zapatiste s'exprime dans le Chiapas. Après des premiers mois guerriers et meurtriers, prise d'Ocosingo, Comitan, San Cristobal de las Casas, Las Margaritas et Altamirano le 1er janvier 1994, l'EZLN s'est peu à peu installée dans le paysage politique et social du Chiapas. Le territoire administré par les zapatistes, les caracoles, est assez réduit et toujours étroitement surveillé par les soldats. Le défi permanent est de réussir la gestion quotidienne selon les principes fondateurs, qui se heurtent aux réalités du monde qui les entoure. Si toutes les tensions ne sont pas apaisées, du moins y a t-il eu une certaine normalisation. La couverture médiatique est désormais très faible et le visage emblématique du soulèvement, le sous-commandant Marcos, s'est fait très discret. Si les Zapatistes ont réussi à survivre, on peut aussi dire que les gouvernements mexicains, sans les éradiquer,  ont réussi à les "avaler". La phase militaire a été courte. En mobilisant 3000 soldats, des blindés, des avions et des hélicoptères, l'armée repoussa les combattants de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale dans les montagnes, où ils durent encore subir des bombardements aériens. le bilan des victimes peut être estimé à 400 tués.  Le 12 janvier 1994 le président Carlos Salinas de Gortari décrète un cessez-le-feu, plus sous la pression internationale qu'à cause du repli de l'EZLN. Un processus de dialogue s'entame dès février 1994, avec Manuel Camacho Solís. Commencent alors des années pendant lesquelles alternent l'ombre et la lumière. Les Zapatistes ne sont pas devenus des terroristes, et les milices anti-zapatistes ont été "contenues" après le massacre d'Acteal (22/12/1997) qui marque la fin de la "guerre de basse-intensité" et illustre tragiquement (45 morts)  l'échec de cette stratégie, indigne d'un état démocratique et d'un état de droit (l'armée régulière confiait ses missions de basses-œuvres aux milices paramilitaires qu'elle armait et formait). Dans les années 2000, quelques initiatives citoyennes sont lancées à travers le pays, comme la otra campaña en 2006, les rencontres du peuple zapatistes avec les peuples du monde (2007), et l'installation des communes en autogestion. En 2006, le 6 janvier, l'EZLN perd la commandante Ramona, indienne tzotzil, figure de la lutte des femmes indigènes.


Toujours en 2006, les 3 et 4 mai ont lieu les graves incidents de San Salvado Atenco (Etat de México) qui feront 2 morts parmi les membres de la otra campaña initié par l'EZLN, 207 arrestations et le viol de 26 femmes par des policiers. Ce cas est emblématique de la férocité de la répression au 3 niveaux de gouvernement, fédéral, estatal et municipal, et de l'impunité dont jouirons ensuite les forces de l'ordre au cours de procès inéquitables. Le gouverneur de l'Etat de México était à cette époque Enrique Peña Nieto, qui deviendra président du Mexique en juillet 2012.
Ensuite, les apparitions se font plus rares, peut être parce que le conflit est resté confiné à cette zone de Los Altos de Chiapas, et qu'à aucun moment il ne s'est étendu à d'autres états du Mexique. Des incidents, parfois graves, opposant les zapatistes à d'autres groupes du PRI, du PRD, voire à des membres organisations indigènes ou paysannes, surviennent de temps en temps.
Néanmoins, les zapatistes sont toujours la. Ils étaient 40 000, dans un silence impressionnant, sous les passe-montagnes et les paliacates, le 21 décembre 2012 à San Cristobal, preuve que leurs revendications de liberté, de dignité, de justice, d'autonomie ne sont pas satisfaites et que le "Ya basta !" est toujours d'actualité.
En décembre 2013, le sous-commandant Marcos reprend la plume pour dénoncer la campagne d'autopromotion "massive, couteuse, ridicule et illégale" menée par le gouverneur du Chiapas, Manuel Velasco Coello (campagne chiffrée par l'hebdomadaire Proceso à 130 millions de pesos, financée sur les deniers publics de l'état le plus pauvre du Mexique).
L'état-major de l'EZLN est aujourd'hui dirigé le sous-commandant Moïsés.

La une de l'hebdomadaire Proceso, le 23 décembre 2012

En complément :
Dossier sur les 20 ans du soulèvement zapatiste (en français)
EZLN 20 años de alzamiento en Chiapas (en espagnol)

Ph.H

20 mars 2014

Signes qui précéderont la fin du monde

Yuri Herrera
Señales que precederán al fin del mundo
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Laura Alcoba
Editions Gallimard – janvier 2014

Présentation de l’éditeur :
Au commencement, une simple requête maternelle. Celle que Cora fait à sa fille, Makina : elle doit partir à la recherche de son frère, de l'autre côté de la frontière, afin de lui transmettre un message. Voilà une mission que la jeune femme est la seule à pouvoir assumer. Mais pourquoi ? La réponse est au bout du voyage, un périple qui s'effectuera en neuf étapes aussi actuelles qu'immémoriales. Franchir un fleuve avec un pneu pour radeau, transporter des paquets sans chercher à savoir ce qu'ils contiennent, vaincre la montagne d'obsidienne : telles sont quelques-unes des épreuves qui feront de Makina quelqu'un d'autre. À moins qu'elles ne lui permettent, au bout du compte, de devenir un peu plus elle-même. Quelque part, là-bas. Ou, définitivement, de l'autre côté.
« Comme dans son premier roman, Les Travaux du Royaume, Yuri Herrera n'écrit pas seulement sur le Mexique, sur la frontière et ses blessures. Ses personnages évoluent dans un univers qui lui est propre, entre fable, roman et poésie, là où s'entremêlent les mythes du passé et les déchirures de l'actualité la plus brûlante ».
Laura Alcoba


Señales que precederán al fin del mundo
Editorial Periférica

Reseña de la editorial :
Señales que precederán al fin del mundo, es, sin duda, una de las novelas más singulares de entre todas las que se han escrito en español en este cambio de siglo. Y también una de las más bellas y precisas. Como ya sucedía en su anterior novela: Trabajos del reino, Yuri Herrera no escribe «simplemente» sobre México y la frontera, sino que crea su México a través de historias y leyendas del pasado y del presente. Y traza con exactitud el mapa de un territorio que es aún más gigantesco, hecho tanto de lo que está sobre la tierra y en lo real como de lo que está bajo ella y pertenece a lo mitológico, a las culturas precolombinas. Quien recorre ese territorio a través de las nueve etapas de los mitos, es Makina, un personaje sin parangón en la literatura actual de tan real como parece, a pesar de vivir en un mundo que es quizá el inframundo. Basta leer dos páginas, una, de este libro, y no hará falta más: ya no podrá escapar ningún lector de esta historia fabulosa que narra mucho más que el viaje de Marina en busca de su hermano. Una misión : encontrar en territorio extranjero al hermano que emigró y darle un recado. La elegida, una mujer joven, de carácter firme que no se dejará intimidar. Un territorio : México. Por delante nueve jornadas míticas y el encuentro con una serie de personajes y vicisitudes que no la dejarán indiferente ni a ella ni a nosotros que la acompañaremos a lo largo de ellas. Un descubrimiento. Eso será para los lectores Señales que precederán al fin del mundo, la segunda novela que publica el mexicano Yuri Herrera (México, 1970) en Editorial Periférica (2009), un acierto que la coloca como ya es habitual en la órbita de las editoriales que están apostando por literatura de calidad a ambos lados del charco. Y confirma el buen hacer de este escritor preciso y dueño de una muy particular manera de contar.
« Con una temprana sabiduría que sólo se adquiere con el dolor, Yuri Herrera expone las falacias humanas, el mundo de los arrabales, las cantinas, los prostíbulos y sus lacras, la droga, las armas, la muerte... ».
Elena Poniatowska, La Jornada

18 mars 2014

La malédiction de Rascar Capac (tome 1)

Philippe Goddin
éditions Casterman - mars 2014

La chronique de Ph. H

Les éditions Casterman publient un ouvrage sur le premier volume du double épisode des aventures de Tintin, Les sept boules de cristal, qui dans la série des albums est suivi par Le temple du soleil. Pour les tintinophiles, les aventures de Tintin au Pérou, autour de la disparition des bijoux de la momie de Rascar Capac, prêtre inca, figurent parmi les albums préférés, aux côtés de L'affaire Tournesol ou Le secret de la Licorne. C'est aussi peut-être l'épisode le plus exotique, qui amène Tintin en Amérique latine, ou il rencontre une ancienne et brillante civilisation. Après L'oreille cassée, c'est le deuxième voyage de Tintin sur ce continent. Contrairement à la première fois ou Tintin évoluait dans des pays imaginaires, San Theodoros et Nuevo Rico, cette fois, avec son compagnon Haddock, les policiers Dupond et Dupont, à la recherche de Tryphon Tournesol, les héros sont dans un pays clairement identifié, le Pérou, débarquant d'abord au port de Callao avant de rejoindre les somment andins de Cuzco en prenant la ligne de train la plus élevée du monde qui mène a Machu Picchu. Dans ce premier opus qui détaille Les 7 boules de cristal, Tintin et Haddock croisent la route de scientifiques et archéologues rentrant d'une mission en terre inca. Ils sont tour à tour frappé d'un mal inconnu, comme ceux qui avaient ouvert le tombeau de Toutankhamon. Les seuls indices sont de petits éclats de verre retrouvés à proximité des victimes. L'aventure prend un tour plus dramatique après la disparition du professeur Tournesol. Dans cet épisode, Tintin retrouve le général Alcazar, chassé de sa capitale Las Dopicos par un énième coup d'état de son rival, le général Tapioca. Il apparait dans un spectacle de music-hall comme Ramon Zárate, lanceur de couteaux, dans un costume digne d'un charro mexicain.

© Hergé - éditions Casterman

L'ouvrage détaille "l'histoire de l'histoire". Présentation de l'éditeur :

Épisode mythique des Aventures de Tintin, Les 7 Boules de cristal fut publié dans Le Soir entre décembre 1943 et août 1944 — soit au total 150 strips que les lecteurs du quotidien belge eurent le plaisir de découvrir en primeur. C’est cette version intégrale et inédite, qui est ici reconstituée pour la première fois en grand format pour le plus grand plaisir des amoureux de Tintin.

Pas à pas, l’hergéologue Philippe Goddin retrace la genèse du récit et en restitue le contexte en s’appuyant sur les sources iconographiques et documentaires personnelles collationnées par Hergé tout au long de son travail. Des recherches préliminaires à l’élaboration du scénario, des croquis aux dessins, on découvre ainsi le cheminement d’un auteur toujours en quête de la rigueur et de l’authenticité.
En observateur critique des réalités quotidiennes, Hergé croque ici, une attitude éphémère et là un détail des coulisses du Théâtre des Galeries à Bruxelles. Rien n’échappe à sa sagacité?: ni les chapeaux à la mode dans les années 40 ni la finesse des parures incas. Son œuvre regorge de détails identifiables et de références à des décors bien réels. Au travers des lectures retrouvées dans ses archives, par exemple les ouvrages de Gaston Leroux ou de Charles Wiener, on découvre la fascination du créateur de Tintin pour les civilisations anciennes et l’ethnographie. On verra aussi comment il est influencé par les événements de son époque et le cinéma. Plus que jamais, l’imaginaire hergéen s’enracine dans la réalité.
Page à page, le lecteur comprendra ce qui amuse Hergé, le surprend, le fascine ou l’interpelle et pourra participer, comme par-dessus l’épaule de l’artiste, à l’élaboration de son récit.
Enfin, images à l’appui, on verra comment Hergé a secrètement terminé l’épisode, interrompu dans Le Soir à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et on comprendra comment il en a préparé et différé la suite – Le Temple du Soleil – pour se consacrer à la création du journal Tintin.
Le mystère des Boules de Cristal inaugure une nouvelle série d’ouvrages visant à parcourir la genèse de certains albums des aventures de Tintin. Mine d’or d’informations, cette belle édition regroupe en quelque sorte deux livres en un.
Les pages de droite présentent l’intégralité de l’histoire des 7 Boules de Cristal telle que publiée dans le journal belge Le Soir avant sa première parution en album ; l’occasion pour les amoureux de Tintin mais aussi le grand public de découvrir cette version très différente de celle parue jusqu’ici sous format album. Les pages de gauche offrent de nombreux croquis et de précieux documents de l’époque rendant compte des innombrables recherches de Hergé et de l’implication d’Edgard Jacobs dans la création de cette grande aventure.
Extrait : « Lorsque, dans quelques mois, Hergé et son ami Jacobs remanieront l’épisode, préparant l’album que Casterman pense pouvoir faire paraître dès la fin de l’année 1945 - ce qui ne sera pas le cas -, certains passages feront naturellement l’objet d’ajustements ou de modifications. Parmi les plus visibles, il y aura ces grandes cases, occupant jusqu’à une demi-page, et destinées à rendre les choses plus claires ou à varier le rythme de la narration. Des cases à grand spectacle, soigneusement sélectionnées. Ainsi, l’entrée en scène du capitaine, affublé de la tête de vache et de divers accessoires accrochés à ses cornes, au beau milieu du numéro de Bruno l’illusionniste, se devra d’être magnifiée. L’image publiée dans Le Soir sera complètement refaite, l’angle de vue s’élargissant à l’ensemble de la salle. Grâce à Hergé, friand de telles Privates jokes, l’on identifiera même parmi les spectateurs un certain nombre de ses amis ou connaissances, dont Edgard Jacobs, reconnaissable à son noeud papillon, dans la loge de gauche. C’est lui qui se chargera de fignoler le décor.»
 L'ouvrage est présenté en format 298 x 215 à l’italienne, avec 136 pages.

Pour ceux qui ne connaissent pas Tintin et Rascar Capac, il est utile de rappeler l'influence qu'a eu ce personnage sur de nombreux lecteurs enfants ou adolescents :


Simon Giraudot dans le Geektionnerd

Il faut avouer qu'il a l'air assez menaçant :

© Hergé - éditions Casterman

Sur Rascar Capac :
L'Inca Rascar Capac est inspiré des noms des Incas qui ont régné au Pérou comme " Manco-Capac ", " Mayta-Capac " ou " Huascar ". Il apparaît dans l'album Les 7 Boules de cristal. L'Inca Rascar Capac n'a jamais existé et a été imaginé par Hergé. La momie a été découverte par l'expédition Sanders-Hardmuth dont il est fait mention au tout début de l'album. La momie de l'Inca Rascar Capac est coiffée du " borla " ou diadème royal en or massif. Son nom signifie Celui-qui-déchaîne-le-feu-du-ciel. Voir une description détaillée sur Tintin.com. Hergé se serait notamment inspiré pour créer la momie de Rascar Capac de la momie péruvienne qui figure au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles.
 © Hergé - éditions Casterman / Momie Parakas du Pérou - Collection particulière

Rascar Capac par un tagger en 2012

Rascar Capac By MathHE - © MathHE


PhH


18 février 2014

Mi hermanita Cristina, una niña chamula

Texte et Photos : Xunka’ López Díaz
Texte : Lourdes de León Pasquel
Coordination : Carlota Duarte

2000, édité par le Consejo Estatal para la Cultura y las Artes de Chiapas
Et le soutien de
Ciesas, Archivo fotográfico indígena, Conaculta Chiapas

L’histoire de "ma petite sœur Cristina", une enfant chamula est le témoignage d’une fratrie d’indiens tzotzil, du village de dans les environs de San Juan Chamula, sur les hauts-plateaux du Chiapas (sud du Mexique). En quelques photographies du quotidien, l’auteur décris la vie d’une petite fille dans les années 1990, de ses vêtements, de ses repas, de ses activités et de sa famille. Dans le texte, Cristina se raconte, parle de ses frêres et sœurs, de sa maman et de ses amies. Le livre est origial par plusieurs aspects. Tout d’abord, il résulte du travail de la sœur de Cristina, Xunka’, photographe, qui a su saisir des instantanés très parlants et très évocateurs de la vie de sa famille, ces scènes de vie sont donc vues de « l’intérieur ». Ensuite, il est édité en trois langues, espagnol, anglais et tzotzil. On peut ainsi mesurer l’éloignement grammatical, syntaxique et linguistique du tzotzil des langues européennes.

Un peu de vocabulaire


La langue tzotzil, que parlent les indiens Chamulas, appartient aux langues mayas, du groupe tzeltal-chol, langue parlée par environ 400 000 personnes au Mexique. Les Chamulas, dont le centre le plus connu est San Juan Chamula, à coté de San Cristobal de las Casas, sont des artisans réputés et leurs productions (tissages, vêtements, jouets, bijoux, animaux en terre cuite, poterie …) font le bonheur des touristes de passage. Commerçants avisés, on les rencontre fréquemment loin de leur village, que ce soit à la capitale Mexico ou dans les stations balnéaires du Yucatan. Les tenus des femmes sont caractéristiques, un chemisier (blusa*) le plus souvent bleu ciel mais parfois blanc, brodé de rose et de blanc. Effet de mode, j’ai rencontré en janvier 2014 des indiennes chamulas en chemisier violet ?

Tresses
 

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Xunka’ (équivalent de Juana en espagnol) nous parle de sa vie et des moments forts qui l’ont jalonné. Elle revient à travers sa propre expérience sur les fréquentes querelles religieuses entre catholiques et sectes protestantes inspirées des églises étasuniennes. Il n’est pas rare qu’à l’occasion de ces conflits, des familles entières soient chassées de leur village, quand ça ne fini pas en affrontement armé, machettes voire armes à feu. C’est ce qui est arrivé à la famille de Xunka’, obligée de s’établir à San Cristobal. Les indiens qui conservent un syncrétisme religieux mélangeant divinités mayas et saints catholiques acceptent mal que d’autres écoutent différemment la palabra de Dios. En plus des lois fédérales mexicaines, des lois du Chiapas, les Chamulas et les autres communautés respectent d’abord les autorités coutumières et les lois traditionnelles. Les préceptes de la bible interprétés selon des visions adventistes, pentecôtistes ou autres, sont incompatibles avec ces coutumes. On assiste également depuis quelques années à l’émergence du culte musulman et à la conversion de quelques centaines d’indiens autour de San Cristobal. Enfin, pour être exhaustif, il faut souligner que les divisions politiques du Mexique se retrouvent aussi chez les Chamulas, et que le PRI (Partido Revolucionario Institucional) a largement utilisé la corruption afin de s’assurer le soutien des caciques. Tous ces facteurs contribuent à de fortes tensions intra-communautaires.

Les chamulas, dont les villages se sont retrouvés au cœur du soulèvement zapatiste de 1994, ont adapté leur artisanat à cet évènement en popularisant des poupées de tissus, figurant le Sous-commandant Marcos, et masquées comme les zapatistes. Comme la plupart des ethnies mexicaines, ils doivent faire face à une déconsidération de la part de certains mexicains, notamment les coletos, les grands propriétaires terriens et éleveurs qui voudraient s'approprier leurs petites terres éjidales (de ejidos, terrains dont la propriété est collective). Les Chamulas et les autres indiens du Chiapas ont également été très souvent les victimes de groupes paramilitaires comme lors du massacre d’Acteal le 22 décembre 1997, quand des "anti-zapatistes" ont attaqué une communauté sans que l'armée mexicaine, présente sur les lieux, n'intervienne.

Chapitre 1 :
Yo me llamo Cristina López Diaz. Tengo nueve años. Tengo cuatro hermanas mayores que se llaman Xunka’ Maria, Rosa y Martha. También tengo cuatro hermanc Juan, Mateo, Samuel y Pablo. Sé tomar fotos y me gusta tomar de todo. Me gusta jugar con mis hermanas y mis amigas. Todavia no sé hacer la comida. Mi mamá y mis hermanas la hacen. Me gusta comer de todo, mi favorita las verduras. Me gusta jugar poquito en casa. Me gusta mi ropa tradicional y no quiero cambiarla. Sé tejer pulseras. Mi hermana me enseñó, Lavo mi ropa poquito con mis hermanas y mi mamá. Trenzo mi pelo Mis hermanas bordan mi blusa y tejen mi falda. Me gusta ir al mercado a pasear y ayudar a mi mamá. Mi mamá vende en el mercado, tiene puesto. Me gusta ir pasear en el parque con mis hermanas y mi mamá. Me gusta estudiar.


L’auteur :

Xunka’ López Díaz, indigène Tzotzil est née en 1971 à Joltzemen, dans les environs de San Juan Chamula (Chiapas – Mexique). Elle a débuté ses travaux de photographe en 1996. Actuellement elle fait partie du groupe des Archives photographiques indigènes. Elle vit avec sa famille à San Cristobal de las Casas (Chiapas).


Une photo de Cristina prise par Xunka’ a servi à illustrer l’agenda 2003 de Nosotros vistos, Niños de Chiapas.

 
 
Crédits de l'ouvrage
 
 
* Pour en savoir plus sur les chemisiers (blusas) des indiennes Chamulas : une exposition au musée Na Bolom de San Cristobal de las casas.
 
PhH 

 

27 janvier 2014

Disparition de José Emilio Pacheco

photo : Aristeguinoticias.com

Le poète, romancier, critique et traducteur mexicain José Emilio Pacheco, lauréat du prix Cervantès 2009, est décédé ce dimanche 26 janvier 2014 dans un hôpital de Mexico, sa ville natale. Tandis que le Conseil national pour la culture et les arts a annoncé le décès de l'écrivain âgé de 74 ans, la presse ajoute qu'un arrêt cardiaque en serait la cause.

Avec des pairs écrivains comme Sergio Pitol, Juan Vicente Melo et Carlos Monsivais, également décédés, José Emilio Pacheco faisait partie de la génération des années 50 de la littérature mexicaine. Il était notamment spécialiste de la littérature mexicaine du XIXe siècle et de Jorge Luis Borges.

Si il avait décroché le prestigieux prix Cervantes 2009, remis en personne par le roi d'Espagne Juan Carlos, le poète a également été primé, entre autres récompenses, des prix Octavio Paz 2003, Pablo Neruda en 2004, et Reine Sophie de poésie en 2009.

Sa biograhie sur le site de l'institut Cervantès :
José Emilio Pacheco Berny (Ciudad de México, 1939-2014). Poeta, narrador, ensayista y traductor, ha sido uno de los escritores más importantes de la literatura mexicana del siglo XX.
Estudió en la Universidad Nacional Autónoma de México, donde inició sus actividades literarias en revistas estudiantiles. Colaboró en el suplemento Ramas Nuevas de la revista Estaciones, y fue jefe de redacción del suplemento México en la Cultura. Fue profesor en universidades de México, Estados Unidos, Canadá e Inglaterra. Lire la suite... 


Un reportage en espagnol à regarder sur TV El Universal.

 
 
Batailles dans le désert
Batallas en el desiertio
José Emilio Pacheco
Traduction de Jacques Bellefroid
éditions Minos - La différence
 
« Si vous aimez les Tropiques, les mangues, les papayes, les dictateurs, les plages : Acapulco, Cancùn, Copacabana, inscrivez-vous au Club Méditerranée et n'oubliez pas d'emmener Garcia Marquez dans vos valises ». Mais il existe une autre Amérique latine, prévient Jacques Bellefroid, dans sa préface à la première édition de ce livre.

Batailles dans le désert relate ces batailles que se livrent les jeunes garçons dans la cour de leur collège, à Jalisco, au Mexique après la Seconde Guerre mondiale. Elles reproduisent celles qu'Arabes et Juifs se livrent à l'autre bout de la planète. Mais aussi celle des sentiments qu’éprouve un petit garçon, décrivant sans un mot de trop, les premiers émois de cet enfant des années 50 qui tombe amoureux de la mère trop jolie d'un de ses camarades de classes. En guise de punition, il doit se confesser, subir des tests psychologiques chez les psychiatres. Et pour sanctionner cet amour indécent aux yeux d'une société puritaine, il sera changé d'école. Plus tard, il apprend le mystérieux suicide de cette femme. Il tente d'en savoir plus : personne ne se souvient de rien. S'est-il même passé quelque chose ? L'auteur excelle à peindre le doute mais surtout, par petites touches, l'insidieuse américanisation du pays.

Dans ce livre, tout est drame minuscule, regard d'intimité sur une terre d'enfance où fleurit l'humiliation. Rien ne révèle plus les fissures de la société que ces petits séismes d'un cœur pur et innocent.

Si le narrateur se souvient de ce premier chagrin d'amour, longtemps étouffé, il se souvient aussi que ces années-là, le Mexique se tournait fiévreusement vers l'Amérique. Que son père, alors quadragénaire, tentait d'apprendre l'anglais. La culture était américaine, aux couleurs d'Hollywood. Le progrès était américain et se concrétisait en réfrigérateurs, aspirateurs, mixeurs, tant attendus par sa mère. Une américanisation qui sert de toile de fond à cette « éducation sentimentale » mexicaine, déchirante et sans douceur.



Alta traición

No amo mi patria.
Su fulgor abstracto
es inasible.
Pero (aunque suene mal)
daría la vida
por diez lugares suyos,
cierta gente,
puertos, bosques de pinos,
fortalezas,
una ciudad deshecha,
gris, monstruosa,
varias figuras de su historia,
montañas,
y tres o cuatro ríos.


 

15 janvier 2014

La bomba de San José

Ana García Bergua
Co-édition Éditions ERA et Université UNAM, 2012


La Chronique de MA. B

Il était une fois une ville ingénieuse et en même temps naïve. Une ville où les poètes travaillaient dans de somptueuses agences de publicité, où on faisait du théâtre et du cinéma expérimental, une ville où les peintres ne voulaient plus peindre de fresques et les femmes ne voulaient plus obéir, mais plutôt, entre autre choses, jouir de la liberté que procuraient le mambo et la danse moderne ou écouter du jazz le soir. C’était une ville qui aimait aussi aller aux cabarets du Centre et qui s’était inventée une Zona Rosa pour y ouvrir les nouveaux cafés. 

Ce sont les années 60 à Mexico, l’époque de la Rupture, des compte rendus de films et de la Casa del Lago. La force créatrice est telle, qu’un parent de Monsieur le Président désire réaliser une œuvre majeure du Septième Art, avec bien sûr l’aide de Le Yaqui, metteur en scène adulé des perles du cinéma nationaliste national. Tout à l’enthousiasme qu’il manifeste dans le déploiement de sa sensibilité moderne et, peut-être dans le but d’étonner Cannes, le parent en question, emploie des méthodes un peu musclées pour réunir, menacer et même enlever ses collaborateurs.

Maite et Hugo, forment un couple modèle, mais pas drôle, avec un enfant, Lorenzo, à l’école primaire. Les journées s’écoulent un peu semblables jusqu’au jour où il revient, après avoir disparu une semaine, en tenue de safari et avec une actrice connue, Selma Bordiú, la « bombe », qui est soi-disant en danger et qu’il faut protéger. Elle s’incruste chez eux et toute la vie de la famille va en être bouleversée. Au début Maite accepte sans broncher cet état de choses car elle est bien élevée et ne veut pas contrarier son mari : tous les soirs c’est la fête chez eux avec des gens inconnus mais qui s’incrustent, mangent, fument, jouent, dansent et boivent jusqu’à plus soif, voire plus. Ils trouvent en Juana, la bonne, une alliée. Tout semble aller très vite. L’ambiance des années 60 est bien décrite.

Hugo et La Grenouille travaillent dans l’agence de pub de Músquiz avec Néstor. Hugo décide de faire un film avec Selma Bordiú et cherche des sponsors. Celle-ci prend de plus en plus de place dans la maison gagnant l’amitié de Maite et même de Lorenzo mais elle laisse planer le doute sur sa vie antérieure. Les « amies » de Maite s’inquiètent pour elle ; Lilia, la femme de Néstor, une insatisfaite qui aime bien colporter des racontars, et Lucila, celle de La Grenouille qui aime son mari. Puis, un jour, Selma disparaît et Hugo ne s’en remet pas. Il va tout faire pour la retrouver pendant que Maite de son côté s’émancipe. Elle prend des cours de danse avec Faustino et voudrait jouer dans le film. Hugo part à la recherche de Selma dans des lieux de mauvaise vie ; Maite tombe amoureuse de Néstor avec qui elle essaie toutes les positions du Kama-Sutra. Lui, en réalité veut écrire un livre et se sert de Maité et de ses rencontres avec elle, pour son personnage féminin. Hugo et La Grenouille en cherchant des producteurs pour le film rencontrent Ochoterena et Barbosa, types douteux, présentés par l’oncle de La Grenouille, Roberto Cortina. Ils ne peuvent pas leur raconter que Selma a disparu puisqu’elle est la star du film. D’autres personnes veulent participer pour faire un film esthétique, expérimental (Córdoba et Guardiola). Mais Hugo et La Grenouille sont « enlevés » et Maite décide de demander de l’aide à sa tante Clotilde qui tient une mercerie et dont la vie cache un secret. 

Là l’histoire prend une tournure rocambolesque. Plusieurs évènements s’entremêlent : la tante révèle son secret à Maite qui devient partie prenante, Hugo et La Grenouille, prisonniers du parent du Président doivent réécrire plusieurs fois le scénario du film sous la menace, Maite et Lucila partent à la recherche de leurs maris…

C’est un roman bien écrit qui tient le lecteur en haleine. Les dialogues sont bien repartis. Il n’y a pas de temps morts. Les années 60 à Mexico sont vues comme un grand jeu. Les femmes s’émancipent mais ont sans cesse des remords. L’étude du caractère de Maite est réussie. La situation n’est pas celle d’aujourd’hui : l’enlèvement de Hugo et La Grenouille est décrit comme une grande farce théâtrale, on ne parle pas encore de drogues dures. Mais on sent les prémices de ce que va devenir le pays. 

En fin de compte, c’est un livre qui intéressera différentes générations, celles qui ont vécu les années 60 enfant, adolescent(e), ou jeune marié(e) et tous ceux qui veulent comprendre ces années-là, au Mexique ou ailleurs.

La bomba de San José a obtenu le prix de littérature Sor Juana Inés de la Cruz 2013.

MAB

Ana García Bergua nació en la ciudad de México en 1960. Ha colaborado en numerosas revistas y suplementos culturales; fue becaria del CNCA en 1992. Ha publicado las novelas El umbral. Travels and adventures (1993), Púrpura (1999), Rosas Negras (2004), Isla de bobos (2007), y los libros de cuentos El imaginador (1996), Relatos a la carta (2000), La confianza de los extraños (2002) y Otra oportunidad para el señor Balmand (2004). Su columna “Y ahora paso a retirarme” aparece desde hace varios años en La Jornada Semanal.

29 novembre 2013

Entrevue avec Roger Bartra Muirá, professeur émérite à l'UNAM

Pablo A. Paranagua a publié sur son blog América Latina (VO) un excellent article consacré au Mexique, au nouveau visage du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), et au spectre politique mexicain, très différent de ce que l'on connaît en France et en Europe. A traves une entrevue de Roger Bartra Muirá, sociologue et anthropologue, professeur émérite de l'Université Nationale Autonome de México (UNAM), l'auteur nous explique les différences de positionnement politiques du PRI depuis 1928 à 2000, année ou laquelle le PAN (Parti d'Action Nationale) gagne les élections, avant de revenir au pouvoir en 2006 avec le Président Enrique Peña Nieto.

Roger Bartra Muirá
 
 
Pour situer le PRI sur l'axe droite/gauche, Roger Bartra évoque le général Lazaro Cardenas, le renoncement au nationalisme révolutionnaire, la fracture de 1994 et le soulèvement zapatiste. Plus que de droite, ou il est tout de même logique de le situer, de gauche ou du centre, pour Roger Bartra, "le PRI a toujours été pragmatique et opportuniste".

Quant à la gauche mexicaine, l'article fait remarquer que si en Europe le populisme est souvent associé à l'extrême-droite, il est en Amérique latine incarné par une gauche marquée : Hugo Chavez, Evo Morales en Bolivie, Rafael Corea en Equateur et Lazaro Cardenas puis aujourd'hui Andre Manuel Lopez Obrador au Mexique. La social-démocratie est puissante au sein de l'appareil dirigeant du PRD (Parti de la Révolution Démocratique) et a signé le pacte pour le Mexique avec le PRI et le PAN.

Pour Roger Bartra, il y a deux droites au Mexique. Le PRI qui dose populisme, nationalisme selon les fluctuations de ses intérêts et des réformes entreprises, le PAN, catholique et libéral proche des dirigeants des grandes entreprises. La gauche est de son côté éclatée entre le PRD social-démocrate  qui se coupe peu à peu de sa base populaire, et la version populiste et paradoxalement conservatrice (acquis de la révolution) du PT (Parti des Travailleurs).



Il convient d'ajouter à ces éléments, qui mettent donc en évidence de notables différences avec l'Europe et la France quant au positionnement des partis politiques, que des alliances se nouent au niveau des états pour l'élection aux postes de gouverneurs. Ce qui serait inconcevable en France est monnaie courante au Mexique ou n'importe quel parti peut s'allier avec un autre ou d'autres, avec peut être une coalition inverse dans l'état voisin.



L'article présente également les perspectives politiques du Mexique, la mise en danger du Pacte pour le Mexique signé par le PRI, le PAN et le PRD, au sujet de la réforme pétrolière et l'ouverture au secteur privé de PEMEX, l'entreprise d'état. Enfin un constat est fait sur la violence qui ne diminue pas, mais dont on parle moins.

A lire sur América Latina (VO), un blog du journal Le Monde.

PhH

6 novembre 2013

Cartouche


Novembre, au Mexique c’est le mois pendant lequel on célèbre la Révolution qui débuta en 1910 et s’acheva selon les historiens et les paramètres pris en compte, en 1917 au plus tôt en 1940 au plus tard, tant il est vrai que les soubresauts ont longtemps animé ce tumultueux chapitre de l’histoire du pays. Le 20 novembre est le jour officiel des commémorations. Période haute en couleurs, fureur, rebondissements, trahisons, massacres, elle est popularisée par des chansons épiques et romantiques (corridos de la revolucion comme par exemple Carabina 30-30), par des films (Viva Zapata, Il était une fois la révolution, …) et de nombreux romans (L’escadron guillotine de Guillermo Arriaga) ou des bandes dessinées (Historias desconocidas de la revolucion de Trino, Les amis de Pancho Villa de Leonard Chemineau). C’est l’occasion de présenter un livre peu connu, au contraire des nombreux ouvrages dédiés soit à l’histoire de cette révolution, soit à ses héros comme Doroteo Arango dit Pancho Villa, Emiliano Zapata, Porfirio Diaz, Venustiano Carranza, Victoriano Huerta…




Cartouche
Histoires vraies de la révolution mexicaine
Nellie Cambobello
Traduit de l’espagnol par Florence Olivier
Editions Caractères, 2009

Présentation et résumé de l’éditeur :

Cartouche est une œuvre du patrimoine mexicain. Une petite fille depuis sa fenêtre à Parral dans le nord du Mexique voit passer des cavaliers dans sa rue. Ils s'arrêtent, parlent aux enfants, s'entretuent, se saoulent en chantant leurs exploits. L'enfant admire les héros, contemple avec ravissement le cadavre d'un homme exécuté sous ses yeux, pleure ses amis indiens morts au combat. Brefs, tendres, morbides, ces récits sont nés des souvenirs de l'auteur, d'histoires racontées par sa mère et d'autres aînées. Nellie Campobello a décrit ce que nul autre ne voulait écrire : les moments les plus meurtriers de la guérilla de Pancho Villa contre les troupes de Carranza entre 1916 et 1920 dans le nord du Mexique. Ces fragments de mémoire sont l'unique témoignage d'un regard d'enfant sur ces faits de guerre qui ont marqué à jamais la mémoire mexicaine.


Nellie Campobello (1900? – 1983), écrivain et chorégraphe, est la seule femme ą avoir écrit sur la lutte révolutionnaire dans l’Etat de Chihuahua, au nord du Mexique. Les histoires vraies de ce livre, publié pour la première fois en 1931, sont des souvenirs d’enfant. Nellie Compobello a inauguré un style lapidaire, qui plus tard aurait pu inspirer Juan Rulfo…Cartouche est un livre unique, inégalable. Il est aujourd’hui devenu un classique de la littérature contemporaine mexicaine.


La critique de Céline Mees, de Cultures, le magazine culturel de l’Université de Liège, écrite en Juin 2012 :

Ce recueil de courts récits (1931), première œuvre en prose de l’écrivain Nellie Campobello, retrace, sur fond du conflit révolutionnaire mexicain (1910-1917), plusieurs épisodes de la vie des habitants de Parral, un petit village de montagne de l’État de Chihuahua, au Nord du Mexique.
Cartouche se caractérise avant tout par la création d’un point de vue original : celui de l’enfant qu’était l’auteur au moment de la Révolution Mexicaine, petite fille qui raconte, avec insouciance et un certain souci du détail, la violence des événements qui tissent son quotidien.
Cartouche se définit aussi par la galerie de personnages qu’il met en scène - le plus souvent, des héros de l’armée villiste et, quelquefois, des habitants du village ou des combattants des rangs carrancistes - personnages dont nous suivons les aventures, intenses et au dénouement bien souvent funeste. En somme, des portraits et des destins percutants à la manière des héros de la littérature épique.
Enfin, Cartouche allie une prose fluide, reflet du parler de la petite Nellie, à un grand lyrisme, à l’image de la première poésie de l’auteur. Les récits, par leur musicalité et leurs métaphores plastiques, inspirées du paysage ou sortant tout droit d’un imaginaire d’enfant, enveloppent le lecteur, lui faisant vivre quelques épisodes de ce chapitre de l’histoire du Mexique.
Ce livre, à la croisée du recueil de nouvelles et du roman, du récit autobiographique et de la fiction, de la prose réaliste et de la poésie, de l’insouciance et d’un certain engagement intellectuel, est un chef d’œuvre riche et énigmatique, à l’image de son auteur.


 

Carabina 30-30, corrido de la révolution, auteur inconnu
Ce titre vient de la carabine Winchester modèle 1894, calibre 30x30 (7,62), arme très prisée durant la révolution
 
Pour le lecteur désireux de connaître l'histoire en détails de la révolution, parmi les multiples ouvrages traitant du sujet, citons l'un d'entre eux écrit par quelqu'un qui y a participé, Jesús Silva Herzog (1892-1985), tout d'abord témoin de cette révolution en tant que journaliste, avant de devenir secrétaire d’un des chefs révolutionnaires. Il est par la suite devenu un universitaire, diplomate et un homme politique respecté et a notamment participé, en 1940, à la nationalisation du pétrole mexicain sous la présidence de Lázaro Cárdenas. Histoire de la Révolution mexicaine, Lux éditeur, 2010.



PhH