5 septembre 2012

Juarez

Corentin Rouge (dessin), Nathalie Sergeef (scénario)
éditions Glénat - 08 2012

Résumé de l'éditeur :
Bienvenue à « murder land »
Depuis 1993, dans la petite ville frontière de Ciudad Juárez, près de 400 cadavres de femmes ont été retrouvés, et plus de 2000 sont portées disparues. Sûr que ça crée des vocations. Gael Garcia Morales est venu à Juárez pour y retrouver la trace de sa sœur, dont le visage figure parmi ceux des milliers de disparues pour lesquelles les familles désespérées collent des affichettes. Quelques mois plus tôt, elle avait rejoint l’association Esperanza, qui s’oppose aux trafiquants de drogue, aux policiers complaisants et aux avocats véreux pour faire la lumière sur ces assassinats ignobles. Mais Juárez n’aime pas les fouineurs. Certains ont tenté de mener leur propre enquête, on ne les a jamais revus…

Dans le domaine de l’horreur, la réalité dépasse malheureusement souvent la fiction, et les auteurs se sont inspirés de faits réels pour ce one shot racontant l’enquête d’un personnage, menée au cœur des vérités obscures de cette cité mexicaine gouvernée par le crime et l'impunité.

Source : http://www.glenatbd.com/bd/juarez-9782723482134.htm

Le dessin réaliste, aux traits précis est agréable. Les couleurs, brillantes sur papier glacé, donnent un côté excessivement lumineux qui ne colle pas à l’ambiance. L’album est riche de 72 pages, découpées en nombreuses case et phylactères, offrant un bon moment de lecture, ce qui n’est pas toujours le cas avec une bd.

Le scénario est solide et classique. La sœur de Gael a disparu a Ciudad Juarez. Installé aux Usa, il franchi la frontière pour tenter de la retrouver. Les auteurs décrivent le parcours habituel dans ce genre de situation, le héros croise donc des policiers incapables, véreux, corrompus ou compromis, des avocats du même tonneau, des journalistes dépassés dont la vie est menacée, comme celles des femmes qui militent au sein des associations d’aide aux familles de disparues. Si toutes les origines d’assassinats sont évoquées, violence conjugales, détraqués sexuels, snuff-movies … les auteurs ont choisi celle qui est probablement à l’origine du plus grand nombre de victimes, le narcotrafic. Ils évoquent dans leur bd l’étroite connivence entre les narcos et les politiciens, les luttes intestines entre gangs et l’échec total de toutes les tentatives d’éradication du fléau, tant au niveau de l’Etat de Chihuahua qu’au niveau fédéral.

On regrettera (encore !) quelques mauvaises traductions et quelques fautes d’orthographe en espagnol. Cette bd, loin d’être une ouvre militante comme celle de Baudoin & Troubs (Viva la vida – Los sueños de Ciudad Juarez), une des rares a avoir capté la profondeur du désarroi de ces femmes mexicaines, reste néanmoins une œuvre fidèle à la réalité.

Ph.H.

23 juillet 2012

L'affaire tequila

Francisco Gerardo Haghenbeck
Traduit par Juliette Ponce
éditions Denoël, 2012

C'est à Acapulco que se déroulent cette fois les aventures de Sunny Pascal, privé américano-mexicain porté sur le surf, les jolies filles et les cocktails VIP. Sa mission consiste à biberonner Johnny Weissmuller, ex-Tarzan à la dérive un brin porté sur la boisson, pendant la durée du célèbre festival de cinéma qui se tient le long de cette mythique baie. Un jeu d'enfant, en somme...
Mais c'est sans compter sur les mauvaises fréquentations de l'homme-singe et ses soucis en tout genre : car Weissmuller est plongé jusqu'au cou dans des affaires crapuleuses que Sunny devra démêler s'il veut sauver sa peau. La mafia, de sombres Cubains aux allégeances troubles et même Ann Margret – l'ex d'Elvis avec laquelle Sunny se lie d'une amitié fort peu catholique – viendront mettre à mal le flegme de notre fin limier. Dans ce nid d'espions où chacun essaie de tirer son épingle du jeu, Sunny mènera l'enquête avec la nonchalance et l'humour qu'on lui connaît. Portrait drôle et sexy du milieu hollywoodien des années soixante, L'Affaire tequila nous entraîne dans une intrigue caliente en diable.
Source : site de l'éditeur


Es 1965, el mundo se está recuperando del asesinato de kennedy y baila al ritmo del rock. Su amigo, el productor de cine Scott Cherries, contrata a Sunny Pascal para que vuele a la turística playa y sirva de guardaespaldas de Johnny Weissmüller, alias Tarzán, durante el afamado festival de cine. El viejo campeón olímpico y estrella de cine, se ha metido con la mafia local y debe una buena cantidad por su afición al juego y bebida. Sunny debe sacarlo del embrollo pero su afán de meterse en problemas lo envuelve en un trama de carácter internacional contando con la ayuda del mafioso más seductor : Frank Sinatra.


Francisco Gerardo Haghenbeck (nn. Ciudad de México, 1965 ) es un escritor y guionista de comics mexicano. Entre sus obras destaca Trago Amargo, novela que recibió el Premio Nacional de Novela «Una Vuelta de Tuerca» en el año 2006

19 juin 2012

El rencor

Fabrizio Mejía Madrid
editorial FCE De Bolsillo
primera edicion, Planeta 2006

Max Urdiales, un político gris y fanfarrón, es llamado para cumplir con una tarea que sólo él puede hacer: encontrar al anciano y temible licenciado X., quintaesencia del priismo; ha pasado por las tres etapas de todo militante del partido único: porrista, policía secreto y hombre de negocios nunca diáfanos. Max Urdiales nos narra episodios claves de la historia política de México en los setenta años de PRI. Nos dejará ver, gradualmente, su verdadero rostro y el de la política mexicana; y a la vez, hace un viaje interior hacia su propio rencor: no pertenecer a la clase política a pesar de ser leal a ella.
(Reseña FCE)

“Le llamamos grilla a la política mexicana porque es justo lo que queremos que la gente piense de ella : un ruidero incomprensible que viene de la noche”, sentencia al final del libro el Licenciado X. Ante tal realidad, la única medicina posible es el sarcasmo. Y en ese sentido El rencor se toma a gozosas cucharadas.
Bernardo Esquinca


1 juin 2012

Tijuana Straits

Kem Nunn
éditions Sonatines, 2010

Avec Tijuana Straits, Ken Nunn a écrit un roman environnemental, social et engagé. L’histoire se passe entre Imperial Beach, une ville des Usa de la vallée de la Tijuana River, et de l’autre côté de la frontière, à Tijuana, plus grande ville l’état mexicain de Baja California. Sam Fahey est un ancien surfeur malmené par la vie. Il a de mauvaises relations avec son père, un petit truand qui ira jusqu’à assassiner des clandestins mexicains. Ce mauvais exemple, s’il ne l’empêche pas de réussir quelques sorties mémorables sur les houles prisées du pacifique, le fameux mystic peak entre les iles Coronados et l’embouchure de la Tijuana river, ne lui épargnera pas des dérapages autour de la drogue, consommation et trafic, qui le conduiront en prison pour plusieurs années. A sa sortie, il a un seul désir, se ranger dans une petite vie tranquille, sans horizon et sans exploit sportif mais sans aussi sans embêtement.

Magdalena, à Tijuana, voudrait que les choses changent pour les femmes mexicaines. Elle travaille à la Casa de las mujeres, où elle apporte une aide psychologique, matérielle et juridique aux nombreuses victimes d’un univers social et professionnel très particulier, dans lequel les conditions de travail sont basées sur le machisme, l’absence de législation, l’absence de protection, la violence et la corruption. Cette activité va valoir à Magdalena un attentat qu’elle attribue aux patrons des maquiladoras, ces petites usines qui fourmillent sur la frontière, dans lesquelles les femmes sont exploitées par des employeurs yanquis sans scrupules, avec l’accord des autorités mexicaines qui y voient un essor économique. Echappant à ses poursuivants, Magdalena va être recueillie par Sam Fahey, qui de partage entre son emploi pour la protection de des oiseaux et sa petite ferme dédiée à la vermiculture. L’engagement de Magdalena va lui redonner un peu de conscience, de solidarité, et peut être l’occasion de laver les taches laissées par son père auprès des immigrants mexicains qui croient trouver le paradis aux Usa.

Il va devoir pour cela protéger Magdalena de ces agresseurs qui ne se laissent pas décourager par la frontière, cette ligne qui a vu se développer de chaque côté des zones de non-droit très dangereuses, ou l’on croise des narcotraficantes, des clandestins, des milices, des junquies, et toute une humanité rejetée par l’ultralibéralisme, le tout dans un environnement toxique du aux rejets chimiques des usines, sous le regard complice des services environnementaux mexicains qui falsifient les résultats d’analyses, transformant en cloaque un espace autrefois peuplé de plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Le gouvernement gringo a même du déplacer une base des Navy Seals à cause du niveau de pollution.

La traque lancée contre Magdalena permet à Ken Nunn de dénoncer les exactions contre les hommes et contre la nature, de brosser un portrait des coupables et des victimes, et d’alerter ses lecteurs sur les conditions de vie liées à des accords économiques qui, finalement, renvoi les relations de travail et de vie à un niveau proche de celui du XIXème siècle.

Kem Nunn réussi ce portrait grâce à son style d’écriture particulièrement agréable qui le situe dans le haut du panier littéraire. Dans la lignée de La patrouille de l’aube (Don Winslow) ou La frontière (Patrick Bard), Tijuana Straits est un autre témoignage sur la frontière entre Mexique et Etats-Unis, ce territoire de violence extrême qui échappe à tout contrôle où les cadavres poussent plus vite que les cactus.

Ph.H.

Le jour des morts

Francisco Gerardo Haghenbeck
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Albert Bensoussan
éditions L'Herne, 2012

Cette biographie romancée de l’artiste mexicaine Frida Kahlo prend comme fil d’Arianne un cahier de recettes culinaires que la peintre gardait toujours par devers elle et qui disparut mystérieusement à l’heure de sa mort.

Il s’agit d’une pièce imaginaire que le romancier mexicain compose, avec un plaisir évident. Chacun des 24 chapitres s’achève sur une ou plusieurs recettes. Quant à la vie de Frida, elle suit dans ses péripéties la célèbre biographie de H. Herrera, à l’origine du film Frida. Sans la fantasmagorie, et un style qui se prête volontiers aux incursions dans la pensée magique et la mythologie mexicaine, sans les multiples recettes de cuisine, ce titre pourrait être sans surprise, car nous savons déjà tout de cette vie de Frida Kahlo, et par sa belle biographie de Herrera et par le beau film qui en a été tiré ; et aussi par les nombreux articles sur l’artiste. Mais voilà, on lit ce livre avec intérêt, avec plaisir, et même jubilation. Et pour les plus mordus, on court à sa cuisine, à ses casseroles et on se lance dans la savante et savoureuse alchimie de la hierba santa et de ses sortilèges.

Francisco G. Haghenbeck est l'un des écrivains mexicains les plus intéressants du moment. Il a travaillé dans des musées et à la télévision en tant que réalisateur et producteur. O lui doit également les romans : Martini Shoot (Trago Amargo, Denoël, 2011), El código nazi, Le jour des morts (Hierba Santa) et Aliento a Muerte. Il a reçu le prix de la nouvelle de Oaxaca ; le prix La Bisagra de Puerto Vallarta ; et le Prix National du Roman au Mexique pour Trago Amargo en 2006.


Lors d'une grande exposition pour le centenaire de Frida Khalo, un petit carnet noir, découvert dans ses affaires personnelles après sa mort, fut mystérieusement dérobé au cours du vernissage... Après un terrible accident de voiture, et sa "première mort", Frida avait conclu un pacte avec la Mort en personne : elle survivrait à ses blessures mais en contrepartie elle lui préparerait chaque année des offrandes très particulières. Depuis, elle notait dans ce carnet les recettes secrètes à réaliser le Jour des morts, une date sacrée célébrée à travers tout le Mexique par des fêtes, des réunions et des présents... La souffrance de son corps meurtri, sa passion pour son mari, le peintre Diego Rivera, et sa vie tumultueuse achèveront de la détruire. 
 
Informations
ISBN : 9782851977243
Pages : 240
 

30 mai 2012

Hielo negro

Bernardo Fernández "BEF"
édition J'ai Lu, 2012

A Mexico, Andrea et son acolyte enquêtent sur des casses de laboratoires pharmaceutiques et une douzaine de meurtres en liaison avec un produit essentiel à la fabrication d'un nouveau médicament. Mais l'affaire leur est retirée au profit de la police fédérale. Andrea continue cependant et découvre le rôle de Lizzy Zubiage, à la tête du cartel de drogue le plus dangereux du Mexique...

Source : site de l'éditeur

4 mai 2012

Le sang du désert

Alicia Gaspar de Alba
Les Presses de la Cité, 2012

Présentation de l'éditeur :
Entre El Paso et Ciudad Juarez, des centaines de jeunes femmes ont été enlevées, violées, torturées et tuées, dans l'indifférence générale.
Ivon revient à El Paso, ou elle est née, afin d'adopter avec sa compagne le bébé de Cecilia, une jeune Mexicaine. Avant même qu'elle puisse les rencontrer, Cecilia et l'enfant sont assassinés avec sauvagerie. Horrifiée, Ivon découvre alors l'existence misérable de ces ouvrières que les industriels américains exploitent à deux pas de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Mais sa curiosité déplaît aux truands locaux, et Irene, sa soeur âgée de seize ans, est enlevée. Si Ivon ne fait rien, Irene ne sera bientôt plus qu'un corps mutilé et abandonné dans le désert. Pour la sauver, Ivon doit affronter seule les tueurs, les flics corrompus et la loi du silence.

Alicia Gaspar de Alba est née à El Paso / Juárez frontière et a grandi à Barcelone. Elle a ensuite vécu 6 mois à San Miguel de Allende (état de Guanajuato, Mexique) avant de s'installer à Westchester.
Les livres d'Alicia ont remporté plusieurs prix littéraires. En 2005, Blood désert (Le sang du désert), consacré aux meurtres Juárez a obtenu le Prix littéraire de la Fondation Lamda et le Prix du livre latino pour le meilleur thriller en langue anglaise.

Source : Blog d'Alicia Gaspar de Alba

PhH

12 avril 2012

Les amis de Pancho Villa

James Carlos Blake (scénario) et Léonard Chemineau (dessin)
éditions Casterman, 2012

Mexique, 1910. La guerre fait rage entre les troupes du président Huerta et les révolutionnaires de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata. Rodolfo Hierro, coincé dans une sinistre prison de Chihuahua pour meurtre sur officier de police, est bien loin de cette réalité. Lorsqu’on lui propose de commuer sa peine de deux ans, il accepte de devenir gardien de marchandises ferroviaires. Pourtant, cette vie ne lui plait pas. Aussi, lorsque les hommes de Villa attaquent le convoi, il voit là une occasion de s’extirper de sa condition. Il leur offre bien volontiers l’or du train en criant « ¡Viva la Revolución ! ». C’est ainsi qu’il rentre dans le mouvement révolutionnaire. Sa force et sa dextérité à manier les armes à feu feront de lui l’un des plus proches amis du chef révolutionnaire. Il deviendra « El Carnicero », le boucher, inflexible et sanguinaire. Son objectif sera celui de sauver son pays des « hacendados », les grands propriétaires terriens, et faire triompher la révolution. Accompagné de sa « Calavera », la Mort, Hierro, fidèle bras droit de Villa, le suivra dans tous ces combats, jusqu’à l’assaut final…

 
James Carlos Blake est né à Mexico et vit aujourd'hui en Arizona. Il a reçu plusieurs distinctions pour ses romans. Ses livres relèvent essentiellement du style western, dans lesquel il faut figurer en bonne place des personnages historiques.

Léonard Chemineau est né en 1982. Il est tout d'abord remarqué en 2009 au concours des Jeunes Talents Festival d’Angoulême. Ingénieur et spécialiste de l’environnement et du développement durable, l'album Les Amis de Pancho Villa est sa première bande dessinée.

L'album s'ouvre sur une superbe couverture représentant la Catrina en grande tenue et fumant le havane, image traditionnelle de la mort au Mexique, qui aime à s'inviter parmi les vivants et converser avec eux, et qui sous sa squelettique apparence abrite une femme au caractère affirmé.

👉 L'avis de Lectures Mexicaines
Mexique, 1910. La guerre fait rage entre les troupes du président Huerta et les révolutionnaires de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata. Rodolfo Fierro, détenu dans une prison de Chihuahua pour meurtre sur officier de police, est bien loin de cette réalité. Lorsqu’on lui propose de commuer sa peine de deux ans, il accepte de devenir gardien de marchandises ferroviaires. Pourtant, cette vie ne lui plait pas. Aussi, lorsque les hommes de Villa attaquent le convoi, il voit là une occasion de s’extirper de sa condition. Il leur offre bien volontiers l’or du train en criant « ¡Viva la Revolución ! ». Sa force et sa dextérité à manier les armes feront de lui l’un des plus proches amis du chef révolutionnaire. Il deviendra « El Carnicero », le boucher, inflexible et sanguinaire. Loyal bras droit de Villa, il le suivra dans tous ces combats, jusqu’à l’assaut final. Un album fidèle à l'histoire qui montre sans filtre la nature sauvage et impitoyable de l'état-major villiste, Rodolfo Fierro en premier lieu, illustrant l'intemporel dicton mexicain " la vida no vale nada ". Alors qu'au sud, Emiliano Zapata, petit propriétaire, était éduqué et politisé, proche des idées libertaires des frères Flores Magon, Villa était un soudard illettré sans conscience politique avant de rejoindre Madero et la révolution. Le machisme régnant est aussi assez spectaculaire.
Les dessins de personnages sont un peu figés mais le tout est rehaussé par l'adjonction d'une touche de surréalisme à la mexicaine, de nombreuses allégories et des couleurs vives comme sur la superbe couverture représentant la Catrina en grande tenue, image traditionnelle de la mort au Mexique, qui aime à s'inviter parmi les vivants et converser avec eux.
PhH

21 mars 2012

La griffe du chien

Don Winslow
éditions Fayard, 2007
traduit de l'anglais par Freddy Michalski

Evacuons tout d'abord les points négatifs. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas eu entre les mains un livre avec autant de coquilles d'impression, de fautes typographique ou d'orthographe et tant de mauvaises traductions. Mais l'auteur n'y est pour rien. Une nouvelle édition et une nouvelle traduction seraient utiles. Dans sa version poche, La griffe du chien a 827 pages. Autant dire que c'est du lourd. Il en fallait ça pour écrire ce récapitulatif sur le trafic de drogue entre 1975 et 2004. Comme l'annonce la quatrième de couverture, le roman mêle fiction et faits réels. A la fin, on ne peut que constater que ces faits réels alimentent grassement l'actualité depuis bien longtemps, et que la part de fiction ne concerne, malheureusement, que les données accessoires du livre.

A travers une galerie de personnages, un flic étasunien de l'antidrogue, des barons du narcotrafic mexicains ou colombiens, la mafia de New-York, des call-girls aux clients issus de milieux antagonistes, des prêtres mexicains dont certains sont sensibles à la théologie de la libération alors que d'autres émargent à l'Opus Dei, des baroudeurs anciens du Viêt-Nam et soldats perdus de l'IRA, Don Winslow raconte comment les Etats-Unis d'Amérique et leurs multiplies officines publiques ou secrètes gèrent le commerce de la drogue. Car si le roman égraine les batailles les unes après les autres, l'image qui prévaut est celle d'une gestion plus que celle d'une guerre totale avec une vraie stratégie d'éradication. On en apprend donc de belles tout au long des nombreux chapitres, des différentes époques et des différents lieux, même si le nombril du livre - et du trafic - se situe au Mexique.

"Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si près des Etats-Unis" disait Porfirio Diaz. On découvre par exemple, comment le PRI (Partido Revolucionario Insttutional) a négocié en 1985, après le grave tremblement de terre, l'appui financier des cartels pour la reconstruction du pays, en échange de regards détournés. En même temps, les cartels participeront à la campagne électorale pour aider le PRI. Pour une somme estimée à 25 millions de dollars, les cartels ont oeuvré pour éviter l'élection en 1988 de Cuauthémoc Cardenas, candidat du PRD (Partido de la Revolucion Democratica) et de la gauche, après une rocambolesque panne d'électricité qui provoqua, chez les ordinateurs, un curieux comptage des voix. En alternance avec les nombreuses scènes de violence (non démenties par la réalité quotidienne des mexicains), on assiste parfois à de spectaculaires conversations. Ainsi celle d'un évêque proche de la population et des pauvres, face à un cardinal proche des pouvoirs, nationaux et du Vatican, au sujet du nombre de conversions au protestantisme au Chiapas : " ainsi c'est cela le vrai fond du problème, Coca se fait de la bile parce qu'il risque de perdre des parts de marché au profit de Pepsi !".

Parce que derrière les tenants et aboutissants du trafic de drogue se cachent des motifs bien peu avouables. De l'argent on ne peut plus sale transite par tout un tas d'organisations étatiques, parfois au grand jour, souvent dans l'ombre, et qui sert à financer der armes, des formations de militaires dans la sinistre Scholl of americas, à payer des escadrons de la mort et des mercenaires paramilitaires recrutés dans les milieux anti-communistes. Ce que le livre met en évidence, c'est que l'Oncle Sam a plus peur du communisme (et des formes diverses et variées qu'on lui colle) que de la drogue. Et au fil des années et des conflits dans les Amériques, il utilisera sans honte le pouvoir de l'une contre l'extension redoutée de l'autre. Au nom de cet anticommunisme, c'est toute la politique des Usa sur le continent américain, de la Bolivie au Guatemala qui est en cause, illustrée par exemple par le financement des Contras du Nicaragua pour faire face aux Sandinistes.

Une partie du livre est consacrée à la constitution des cartels tels que le Mexique les a connus jusqu'à l'arrivée de Calderon, le président du Mexique depuis 2006, qui a voulu afficher une guerre sans merci contre les barons. Jusqu'aux années 1980, quand le Mexique n'était qu'un point de passage entre la Colombie productrice et les Usa consommateurs, les adorateurs de San Jesus Malverde étaient organisés en pyramide. L'arrivée des frères Barrera va chambouler ces structures fragiles, et ils vont mettre en place une organisation horizontale, la federacion, bien plus efficace et bien plus solide. Celui que Don Winslow masque avec ses frères Barrera pourrait bien être le Chapo Guzman, les pérégrinations des frangins sont manifestement inspirées de la vie tumultueuse d'El Chapo. Les grands patrons du cartel seront de tous les coups fourrés. En 1994, année électorale qui doit donner un successeur à Carlos Salinas - dont le nom qui n'est pas écrit suinte pourtant à chaque page - le successeur désigné est le priiste Luis Donaldo Colosio, qui n'a pas bonne réputation. Il voudrait, à la veille de la signature de l'ALENA (Accord de Libre Echange Nord Americain ou TLC Tratado de Libre Comercio) un Mexique un peu plus moderne et plus propre. Ses projets contrariants les affaires des véritables maitres du pays, il sera assassiné le 23 mars 1994 à Tijuana. Après l'effondrement de l'économie mexicaine, l'auteur évoque le retour des seigneurs de la drogue au premier plan, par la relance de l'activité à grands coups de narcopesos, toujours avec la complicité du PRI, et toujours avec les mêmes contre-parties. En même temps, les recettes appliquées en Amérique centrale seront mises en oeuvre au Chiapas ou les Zapatistes se sont soulevés, chose intolérable pour les Usa comme pour le gouvernement du Mexique, mais le Mexique étant un état souverain et indépendant, pas question d'avoir recours à l'aide militaire des Usa. Par contre, une collaboration sous couvert d'une opération anti-drogue est plus discrète.

Dernière invitée à cette table ou se mélangent les intérêts les plus vils et les partenaires les plus cyniques, une grande compagnie de l'agro-alimentaire qui participe à la destruction des champs de pavots ou de marijuana. En Colombie ou au Sinaloa, les Usa ou leurs subordonnés, répandent à partir d'avions et d'hélicoptères des agents chimiques destinés à détruire les champs. L'utilisation du produit préconise une certaine dilution. Mais ces recommandations ne sont pas respectées. Le produit est utilisé dans des conditions bien plus puissantes, visant à détruire la drogue mais aussi toute activité agricole, histoires que les petits paysans cocaleros ne puissent planter quoi que ce soit et alimenter ainsi les FARC. Et si au passage le produit est toxique pour les humains, qu'importe, ce sont des graines de guerilleros. Cette stratégie permet à Monsanto d'écouler des tonnes et des tonnes de Round-up ultra.

A la fin de la lecture, on est sous le choc. La corruption mène ce monde, l'infiltration de toutes les institutions est de mise,  les relations sont faussées et la violence est l'unique mode de règlement. Comme cela est plusieurs fois répété, on n'a le choix qu'entre l'argent ou le plomb ! C'est le grand bal du cynisme et de la manipulation et les multiples collusions, de l'eglise catholique à la mafia, de la Cia à Los Pinos, dévoilent un bien sombre tableau. Il est beaucoup question de profit, d'influence, de pouvoir et de puissance. Mais la lutte contre le narcotrafic dans le but de préserver les population n'est manifestement pas une préoccupation première.

L'auteur qui a consacré 6 ans à l'écriture de ce roman a réussi son entreprise. On peut toutefois regretter la répétition des mêmes mécanismes qui engendrent les mêmes scènes à plusieurs reprises. Cela alourdit un peu la lecture sans rien apporter rien de nouveau ou fondamental. Cela mis à part, La griffe du chien s'impose comme un roman de référence sur le sujet.

On se demande alors ce qui va suivre la stratégie de guerre totale menée par le président Felipe Calderon après les élections de juillet 2012 au Mexique ? L'éclatement de la federacion mise en place par les frères Barrera (roman) a déclenché une bataille pour le contrôle du trafic entre les cartels et on s'achemine lentement vers les 40 000 morts depuis 2006. L'avenir est plus que jamais incertain.

PhH

23 février 2012

La paz de los sepulcros

Jorge Volpi
Seix Barral, 2006

El autor nos aclara que la primera versión de esta novela data de 1994, en la cual narraba el asesinato del candidato del PRI a la Presidencia, como este hecho realmente sucedió y a sabiendas que él no es clarividente, decidió reescribir el manuscrito original.

La historia es la de un articulista de un periódico amarillista que comienza a describirnos el horror y la manera atroz (una de las palabras favoritas del autor en esta novela) con la cual fue asesinado el ministro de justicia y otra persona más, decapitada, en un sórdido cuarto de un hotel de paso de la ciudad de México. Por azar, Agustín Oropeza, nuestro periodista, conocía a las dos víctimas. Al decapitado lo identifica gracias a un anillo que él le había regalado en su juventud. Un poco por curiosidad decida investigar qué fue lo que realmente paso en esa habitación de hotel. Para poder subsistir, escribe un artículo en el cual habla de una guerrilla urbana que vigila y acosa a los altos funcionarios públicos del País, guerilla representada por un encapuchado conocido como el comandante Gabriel. Este artículo es recibido como un regalo por las autoridades que encuentran en esta guerilla a los autores de ese doble asesinato y para justificarlo las autoridades dicen que la finalidad es desestabilizar al país.

Mientras tanto, Agustín Oropeza sigue investigando y descubre la vida de Ignacio, el decapitado, sombría, nocturna, en los bares, en los efímeros, con gente acostumbrada a compartir a su pareja y lo que es peor aficionados a la necrofilia. ¿Qué terrenos lúgubres tendrá que frecuentar para conocer la verdad? Conocerá a Marielena, la mujer que su amigo Ignacio amó, ¡pero no fue el único! 

El personaje del Viejo, amante de Marielena quien siempre está presente puesto que el Viejo es un representante político de la vieja época, pero todavía mueve algunos hilos del poder. Entre ceremonias macabras, orgias, manipulaciones, lucha por el poder, aspirantes presidenciales y guerrillas el desenlace deseado por algunos se produce. 


ROB