Jack Kerouacéditions Gallimard, 04-2013
La peau sur les os, mais une peau de pêche et de café, et ça suffit pour
faire une femme, une "Tristessa" - bien nommée, il faut le dire, entre
cauchemar et veille - une Aztèque des faubourgs aux yeux athées,
douloureuse comme le Mexique où se tapit, dans des ruelles sombres
encombrées d'odeurs, l'autre côté du rêve américain, ce miroir sans
tain.
Et ça suffit pour faire un livre qui "change la langue", rempli
d'anamorphoses extravagantes, phrases inachevées, mots tordus, rapiécés,
inventés, impossibles. Un roman mystique et déglingué comme les vrais
chagrins d'amour. Désir ou délire, drogue ou Nirvana, amour ou fantasme,
nuit blanche ou éternité...
Une seule certitude, le texte lui-même, dévergondé, abandonné, il
tourne autour de ce corps d'Indienne, corps malade et merveilleux, tel
un papillon autour d'une ampoule nue allumée dans le noir.
Entre poésie et sentiments rapiécés, Tristessa nous invite dans une relation impossible entre Kerouac
et la prostituée Esperanza Villanueva. Dans un Mexique miséreux,
souffreteux, les êtres erratiques survivent dans la religion ou le
réconfort d'une cuillère chauffée à la bougie.
« Cette façon qu’elle a de se planter au beau milieu de la pièce avec les
jambes écartées pour discuter, Tristessa, on dirait un camé au coin
d’une rue de Harlem ou de n’importe où dans le monde, Le Caire, Bombay,
dans ce monde où on se tutoie du nord des Bermudes aux confins de
l’Arctique, là où la terre se déploie comme une aile d’albatros, mais la
drogue qu’on prend là-haut, chez les Esquimaux dans les igloos au
milieu des phoques et des aigles du Groenland est moins nocive que la
morphine germanique que cette Indienne doit subir à en mourir dans la
terre de ses ancêtres. »
En racontant son amour pour Tristessa,
jeune prostituée mexicaine, Jack Kerouac nous offre l’un de ses récits
les plus poignants, prière à une nouvelle Madone, perdue dans les
cercles du désir et du manque.
Fiche du livre sur le site de Folio
L’attachement de Kerouac au Mexique s’est également exprimé dans le court roman (ou longue nouvelle) qu’il a intitulé Tristessa.
Le personnage donnant son nom au livre est basé sur une rencontre
réelle, celle d’Esperanza Villanueva – femme mexicaine, prostituée et
toxicomane, connue par Kerouac en 1955 par l’intermédiaire de Bill
Garver. Il en fait une image emblématique d’un Mexique tragique et
souffrant dans une misère surréaliste (il faut lire les descriptions que
fait Kerouac du taudis où habite Tristessa avec sa sœur, ainsi qu’El
Indio, un autre toxicomane, des volailles, un petit chat « rose », un
petit chien chihuahua, etc…) Tristessa est montrée comme une « Indienne
pauvre – pareille à celles que l’on devine dans l’obscurité épaisse des
entrées d’immeubles, on dirait seulement des trous d’ombre et non des
femmes, mais si on y regarde à deux fois, alors on reconnaît la mujer
courageuse et noble, mère, femme, la Vierge du Mexique – Dans un coin
de la chambre de Tristessa il y a une énorme icône » . Kerouac identifie
Tristessa à une Madone (« cette Madone triste et bleue et mutilée ») et
en même temps à une mystique indienne (« elle connaît le karma… »)
héritière d’une sagesse ancestrale : « elle vérifie en elle-même cette
sombre croyance aztèque, cette sagesse instinctive… ».
Lire l'article "Le Mexique de Jack Kerouac " sur le site de La Revue des Resources
Adapté du roman de John Steinbeck (prix Nobel 1962) qui signe avec La Perle une fable sociale noire mais lucide sur les injustices les plus révoltantes de son époque. Jean-Luc Cornette s’empare de cette histoire universelle, dans une adaptation graphique captivante au pouvoir d’évocation d’une grande intensité.
La fiche du livre sur le site de l'éditeur