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15 février 2025

Montrez-leur la mort

Pierre Luciani
éditions Melmac Cat, 02-2025

Présentation de l'éditeur

Habib Pieri, enseignant désabusé, s’envole pour le Mexique dans l’espoir d’y refaire sa vie. Kheira, dont il a été l’amant lors de ses séjours en France l’accueille chez elle. Mais les choses ne tournent pas comme il l’avait espéré et il se retrouve englué dans un vaudeville tropical. Son refus des implants cervicaux, imposés aux cols blancs de ce pays, l’empêche de trouver rapidement du travail pour s’extirper de ce mauvais pas. Entre intelligences artificielles qui n’en font qu’à leurs têtes, corruption généralisée, narcos diaboliques qui testent leurs dernières drogues de synthèse sur des criminels lâchés dans la nature, Pieri pourra-t-il se sortir d’une situation qui vire au mauvais trip sous peyote ?
Autre temps, autre continent. En France, les Verts-bruns de TAPE (Terres aux peuples d’Europe) sont aux portes du pouvoir, poussés par la colère et les inégalités toujours plus criantes. Un nouveau-né, lui, est aux portes de la mort, son père va tout faire pour payer des frais d’hospitalisation exorbitants et le sauver, y compris verser dans la criminalité la plus meurtrière.

Intelligence artificielle, narco-trafic, critique sociale, le nouveau roman de Pierre Luciani surfe avec bonheur sur un certain nombre des problématiques du temps.

Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur

Informations
ISBN : 9782492759253
Nombre de pages : 320
Prix : 18 €



 

4 novembre 2023

Dernier rendez-vous avec la lady

Mateo Garciá Elizondo
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine
éditions Maurice Nadeau, 08-2023

Présentation de l'éditeur

Un jeune homme s’installe à Zapotal, un village perdu au fin fond du Mexique en lisière de la jungle. Il emporte avec lui d’impressionnantes réserves d’opium et d’héroïne pour en finir avec la vie et un cahier dans lequel il entreprend de raconter les derniers instants de son existence. Hanté par des visions et des souvenirs, il oscille entre la vie et la mort dans les limbes magiques du demi-sommeil et de la drogue, se promène au hasard et découvre le Rincón de Juan, un bar où convergent les âmes perdues et où ivrognes et prostituées lui apprennent à fumer des scorpions pour se sevrer. Mais les trous de mémoire se multiplient, les réserves de drogue s’étiolent, le manque se fait plus fort et la mort s’approche inéluctablement. À moins qu’il ne soit déjà passé de l’autre côté et que cela ne ressemble en rien à ce qu’il avait pu imaginer.

Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur

Informations
ISBN : 978-2-86231-508-9
Nombre de pages : 192
Prix : 21 €


Mateo García Elizondo est romancier et scénariste. Il a notamment co-écrit le long-métrage Desierto (2015). Son premier roman Una cita con la Lady, publié par Editorial Anagrama en 2019, a remporté le prix littéraire Ciutat de Barcelona et lui a valu d’être inclus dans la deuxième liste des 25 meilleurs jeunes auteurs de langue espagnole du magazine Granta.
Son grand-père paternel est Gabriel García Márquez et son grand-père maternel est l'écrivain mexicain Salvador Elizondo.


Una cita con la Lady


Un viaje espectral entre la vida y la muerte, entre el amor y su pérdida. El debut excelente de Mateo García Elizondo.​

« Vine a Zapotal para morirme de una buena vez. En cuanto puse un pie en el pueblo me deshice de lo que traía en los bolsillos, de las llaves de la casa que dejé abandonada en la ciudad, y de todo el plástico, todo lo que tenía mi nombre o la fotografía de mi rostro. No me quedan más que tres mil pesos, doscientos gramos de goma de opio y un cuarto de onza de heroína, y con esto me tiene que alcanzar para matarme. »
El protagonista y narrador de esta novela va en busca de la cita definitiva con la lady en forma de polvo blanco, y para ello emprende un viaje al final de la noche en el que se sucederán los encuentros con personajes inquietantes, con los fantasmas de los amigos muertos por el camino, con los recuerdos de la gran ciudad que ha dejado atrás y con su propio pasado.

La primera frase de la novela evoca el mítico inicio del Pedro Páramo de Rulfo, y hay en sus páginas ecos del grotesco carnaval mexicano de autodestrucción de Bajo el volcán de Malcolm Lowry. Con una prosa envolvente e hipnótica, Mateo García Elizondo narra, en este asombroso y extraordinario debut, un viaje al corazón de las tinieblas, el espectral descenso a los infiernos de un adicto que se adentra en una senda con un único destino posible, que está cada vez más cerca.

En febrero de 2020, Una cita con la Lady fue galardonada con el Premi Ciutat de Barcelona en la categoría 'Literatura castellana'.

 

 

26 mars 2022

La cantina

Franck Le Gall
Alma éditeur, 02-2020

 

1967. Une cantina oubliée dans le désert de Sonora, Mexique. Louis-Marie, l’amnésique, y partage sa solitude avec le dévoué, brave et stupide Felipe. Mais son véritable confident est un cactus cierge qu’il a nommé Ferdinand, et dont les grands bras levés vers le ciel seraient des antennes permettant de communiquer avec Dieu. Une solitude à deux bientôt troublée par l’arrivée surprise de la trop belle et provocante Rita, flanquée de son vieil amant, Juan…
Oui, tout peut arriver à la Cantina. Et tout arrive : des chassés croisés amoureux, une horde de flower children, des coups de feu dans le désert, la recette du véritable tequila sunrise, les extraterrestres, l’amour sous peyotl… De ce désordre insensé pourrait bien jaillir la vérité qui échappe à Louis-Marie. Une vérité dépassant de loin tout ce qu’il avait oublié, tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Frank Le Gall, né en 1959 à Rouen, est entré au Journal de Spirou à l’âge de vingt ans. Il y crée sa série phare : Théodore Poussin. Outre la bande dessinée et l’écriture, il s’adonne également à la peinture et à la musique. Il vit en Bretagne.



1967, l’époque où les baby-boomer prenaient leur destin en main. Welcome Summer of Love in America. «La Cantina » devient la vision nostalgique d’une époque et d’une Amérique rêvée. Franck Le Gall nous ouvre les portes de la perception pour un retour vers le futur réjouissant. De son écriture colorée il nous fait ressentir la touffeur poussiéreuse du désert, sa luminosité incandescente et l’érotisme moite des peaux brulées par le soleil. Avec Les Beach Boys en bande son, Le Gall vient d’écrire les mémoires psychédéliques d’un amnésique...
Un article sur Alma à lire sur le webzine Baz'art.

15 janvier 2022

American Dirt

Jeanine Cummins
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain & Christine Auché
éditions 10/18, 01-2022

 

Résumé éditeur

Libraire à Acapulco au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie… La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.
Contrainte de prendre la fuite avec Luca, son fils de huit ans, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Tous deux vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le Nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…
Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d’avancer vers la frontière.
 

Avis de la Presse et des lecteurs à lire sur le site de l'éditeur

La Bestia, c'est un train de marchandises qui circule sur les deux lignes qui longent les côtes caraïbes et pacifiques. Parties du Chiapas, elles se rejoignent dans le centre-sud du Mexique, vont vers la capitale, Mexico, et une gare de triage (Lecheria), d'où rayonnent quatre lignes qui se dirigent vers le Texas, l'Arizona et la Californie.
A propos du train La Bestia :
Un article de Radio Canada de 2014
Un article sur Ouest-France de 2018
Un reportage de Brut Media sur Norma Romero qui depuis 25 ans porte secours aux migrants, 2019

1 mai 2021

L'Esprit rouge

Antonin Artaud, un voyage mexicain
Zéphyr (dessin) & Maximilien le Roy (scénario)
éditions Futuropolis, 03-2016
 

Présentation de l'éditeur

Antonin Artaud arrive à Veracruz au Mexique. Son but ? Partir à la recherche de la civilisation originelle mexicaine. Mais tout d'abord il s'agit de trouver de la drogue, qui lui manque cruellement. Se succèdent des crises d'angoisse, de manques et des phases d'apaisement.
Il donne quelques conférences et écrit. Il souhaite découvrir la culture indienne dont il déplore l'écrasement et dont il loue les immenses potentialités. Il appelle en vain la révolution mexicaine de se plonger dans les racines ancestrales du Mexique pour bâtir l'avenir du pays plutôt que de reprendre le socialisme scientifique européen.
En septembre 1936, il se rend à cheval, accompagné d'un indien métis, dans la sierra mexicaine pour rencontrer les indiens Tarahumaras. Un séjour qui va changer sa vie...

Maximilien Le Roy raconte cette quête intime, artistique et politique de l'écrivain. Zéphir restitue par la force de son dessin brut et presque âpre, l'expérience sensorielle que fut, pour Antonin Artaud ce départ vers des terres dont il attendait tant.
Écrivain, dessinateur et poète français, Antonin Artaud est né en 1896 à Marseille. Théoricien du théâtre il a également été comédien dans 25 films de fiction. Il est mort en 1948, interné à Ivry sur Seine après de nombreux séjours en psychiatrie depuis tout jeune homme. Il a notamment publié Van Gogh le suicidé de la société, et enregistré Pour en finir avec le jugement de Dieu.

L'article de David Taugis sur ActuaBD
Évitant la biographie linéaire, les auteurs évoquent des moments marquants de la vie de l'écrivain français, dont l'aura sulfureuse aura marqué la littérature et le théâtre. Son œuvre n’est pas si connue, mais son personnage un peu plus : Antonin Artaud, figure de la littérature française, a marqué le 20ème siècle. L’ambition de Maximilien Le Roy demeure assez modeste : illustrer quelques épisodes de sa vie en mettant en exergue quelques rencontres déterminantes (Diego Rivera au Mexique, notamment).
Lire la suite sur ActuaBD

24 avril 2021

La chair des dieux

Martine Azoulai
Gallimard Série noire - 01/2001

Présentation éditeur

Mexique, XVIIe siècle : un Franciscain se noie dans une rivière en terre maya. Il s'intéressait aux hallucinogènes indiens. Chantilly, années 80 : un mort tout de jean vêtu gît sur le gazon du château. Dans sa poche, une Gauloise bourrée de psilocybes. Vadrouilleuse échaudée, le cœur en bandoulière, Clara Fontaine remonte la piste sanglante des cryptogames. Quand les champignons sacrés sèment le désordre, les cadavres se ramassent à la pelle..

  Fiche du livre sur le site de l'éditeur

 

 

La chair des dieux, ou teonnonacatl, était ainsi nommée par les mayas qui uitlisaient les champignons sacrés.

 Compléments de lecture :

La chair des dieux, Peter T. Furst, éditions du Seuil, 1974
La Sage aux champignons sacrés, Maria Sabina, éditions du Seuil, 1994

6 mars 2021

Tristessa

 Jack Kerouac
éditions Gallimard, 04-2013

 

La peau sur les os, mais une peau de pêche et de café, et ça suffit pour faire une femme, une "Tristessa" - bien nommée, il faut le dire, entre cauchemar et veille - une Aztèque des faubourgs aux yeux athées, douloureuse comme le Mexique où se tapit, dans des ruelles sombres encombrées d'odeurs, l'autre côté du rêve américain, ce miroir sans tain.

Et ça suffit pour faire un livre qui "change la langue", rempli d'anamorphoses extravagantes, phrases inachevées, mots tordus, rapiécés, inventés, impossibles. Un roman mystique et déglingué comme les vrais chagrins d'amour. Désir ou délire, drogue ou Nirvana, amour ou fantasme, nuit blanche ou éternité...

Une seule certitude, le texte lui-même, dévergondé, abandonné, il tourne autour de ce corps d'Indienne, corps malade et merveilleux, tel un papillon autour d'une ampoule nue allumée dans le noir.  

Entre poésie et sentiments rapiécés, Tristessa nous invite dans une relation impossible entre Kerouac et la prostituée Esperanza Villanueva. Dans un Mexique miséreux, souffreteux, les êtres erratiques survivent dans la religion ou le réconfort d'une cuillère chauffée à la bougie.

 

 « Cette façon qu’elle a de se planter au beau milieu de la pièce avec les jambes écartées pour discuter, Tristessa, on dirait un camé au coin d’une rue de Harlem ou de n’importe où dans le monde, Le Caire, Bombay, dans ce monde où on se tutoie du nord des Bermudes aux confins de l’Arctique, là où la terre se déploie comme une aile d’albatros, mais la drogue qu’on prend là-haut, chez les Esquimaux dans les igloos au milieu des phoques et des aigles du Groenland est moins nocive que la morphine germanique que cette Indienne doit subir à en mourir dans la terre de ses ancêtres. »

En racontant son amour pour Tristessa, jeune prostituée mexicaine, Jack Kerouac nous offre l’un de ses récits les plus poignants, prière à une nouvelle Madone, perdue dans les cercles du désir et du manque.

 Fiche du livre sur le site de Folio

 

L’attachement de Kerouac au Mexique s’est également exprimé dans le court roman (ou longue nouvelle) qu’il a intitulé Tristessa. Le personnage donnant son nom au livre est basé sur une rencontre réelle, celle d’Esperanza Villanueva – femme mexicaine, prostituée et toxicomane, connue par Kerouac en 1955 par l’intermédiaire de Bill Garver. Il en fait une image emblématique d’un Mexique tragique et souffrant dans une misère surréaliste (il faut lire les descriptions que fait Kerouac du taudis où habite Tristessa avec sa sœur, ainsi qu’El Indio, un autre toxicomane, des volailles, un petit chat « rose », un petit chien chihuahua, etc…) Tristessa est montrée comme une « Indienne pauvre – pareille à celles que l’on devine dans l’obscurité épaisse des entrées d’immeubles, on dirait seulement des trous d’ombre et non des femmes, mais si on y regarde à deux fois, alors on reconnaît la mujer courageuse et noble, mère, femme, la Vierge du Mexique – Dans un coin de la chambre de Tristessa il y a une énorme icône » . Kerouac identifie Tristessa à une Madone (« cette Madone triste et bleue et mutilée ») et en même temps à une mystique indienne (« elle connaît le karma… ») héritière d’une sagesse ancestrale : « elle vérifie en elle-même cette sombre croyance aztèque, cette sagesse instinctive… ».

Lire l'article "Le Mexique de Jack Kerouac " sur le site de La Revue des Resources

27 décembre 2015

Dis-leur qu’ils ne sont que cadavres


Jordi SOLER
titre original Diles que son cadáveres
traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Marie Saint-Lu
éditions 10-18, novembre 2015

En 1937, pendant une de ses phases de folie les plus violentes et de retour du Mexique ou il a croisé Malcolm Lowry et abondamment usé de peyotl et autres champignons hallucinogènes, Antonin Artaud trouve le bâton sacré de saint Patrick, le patron des Irlandais et se rend en Irlande avec pour mission de rendre l'authentique bâton de Saint-Patrick qu'il croit tenir d'un sorcier cubain. Plus d'un demi-siècle plus tard, à Dublin, trois hommes partent en pèlerinage : l'un est un écrivain mexicain égaré dans une ambassade désargentée ; le deuxième un poète édenté qui vit avec son cheval ; le dernier un collectionneur excentrique au faciès d'oiseau. Ce qui les unit ? Une faiblesse coupable pour l'eau-de-vie et une passion dévorante pour Artaud. Ensemble, ils jurent de retrouver le bâton, véritable relique. L'objet de leur quête : le bâton de Saint-Patrick, qui selon la légende aurait été ramené par Artaud et se trouverait quelque part en Irlande du Nord... Sur la route, ils se perdront un peu, boiront beaucoup et se fâcheront à jamais.

L’auteur
Jordi Soler est né en 1963 près de Veracruz, au Mexique, dans une communauté d'exilés catalans fondée par son grand-père à l'issue de la guerre civile espagnole. Il a vécu à Mexico puis en Irlande avant de s'installer à Barcelone en 2005 avec sa femme, franco-mexicaine, et leurs deux enfants. Il est reconnu par la critique espagnole comme l'une des figures littéraires les plus importantes de sa génération. Quatre de ses livres ont été traduits en français : Les Exilés de la mémoire (Los rojos de ultramar), La Dernière Heure du dernier jour, La Fête de l'ours et dernièrement, Dis-leur qu'ils ne sont que cadavres (Belfond, 2013).

Source

24 avril 2013

L'élixir du diable

Raymond Khoury
Editions Pocket, octobre 2012

Quatrième de couverture :
Mexique, 1741. Un missionnaire jésuite découvre l'existence d'une plante légendaire. D'après les croyances amérindiennes, quiconque s'en emparerait deviendrait l'égal d'un dieu. Entre de mauvaises mains, elle pourrait changer la face du monde. Etats-Unis, de nos jours. Sean Reilly, agent du FBI, reçoit un coup de téléphone d'une ex-petite amie, Michelle Martinez, rencontrée cinq ans auparavant lors d'une mission au Mexique. Attaquée chez elle par un gang, elle appelle Reilly à la rescousse. En Californie, le chemin de ce dernier ne tarde pas à croiser celui de Navarro, un baron de la drogue en quête d'une plante aux vertus mystiques. Surnommé« El Brujo »– le sorcier –, il est bien décidé à ne laisser rien ni personne lui barrer la route.
Le lien avec le Mexique est ténu. Malgré une couverture frappée du calendrier aztèque, d’un début d’histoire à Durango en 1741, le reste de l’histoire se passe quasi intégralement en Californie. Le Mexique n’est qu’un arrière plan. L’auteur fait intervenir un narco mexicain aux prises avec des agents du FBI, DEA, dans un thriller de facture ultra classique et un scénario bien connu, cette lutte transfrontière a été maintes fois explorée. La lecture est plaisante, la trame est parsemée, comme il se doit dans ce style de bouquin de références technologiques ultramodernes. Tout le monde suit tout le monde par l’intermédiaire de téléphones portables du dernier cri. L’originalité de Khouri est de nous faire suivre la piste d’une nouvelle drogue, inspirée par le peyotl des chamans Huicholes.

On pourrait discuter de la genèse présentée des cartels mexicains qui, contrairement à ce qui est écrit, ne sont pas simplement passé de « mules » à décideurs à la faveur des coups portés aux cartels de Colombie. Il est fait une rapide référence à la guerre menée par Calderon dès 2006 et du nombre impressionnant de victimes qu’elle a entraîné. Navarro, chef de Cartel a sa planque dans une ancienne hacienda de henequén, agave dont on tire le sizal, au Yucatan. Il est vrai qu’abandonnées à la fin du XIXe siècle, nombre de ces magnifiques demeures sont aujourd’hui reconverties en hôtels de luxe ou rachetées par de riches propriétaires.

On trouve au milieu du livre un passage inattendu dans lequel il est, rapidement, question des onzas (herpailurus yaguarundí), félins de la famille des pumas, répandus du Texas au Mexique dont l’espèce est menacée, notamment par le mur-frontière entre Usa et Mexique. La variété typiquement locale, jaguarundí carcomitli, avait été domestiquée par les civilisations préhispaniques.

La drogue que le narco cherche à synthétiser était depuis longtemps connues et utilisée par les chamans Wixáritarís, peuple autochtone de la sierra madre occidentale du Mexique, établis essentiellement sur les états actuels de Nayarit, Jalisco, Durango, Zacatecas et San Luis Potosi où se trouve leur sanctuaire de Wirikuta. De nos jours, les Huicholes accomplissent toujours ces rites liés au peyotl, comme le font aussi les Tarahumaras. Wirikuta est au centre de l’actualité depuis plusieurs années suite aux concessions accorées par le gouvernement mexicain à des entreprises minières canadiennes aux environs immédiats des terres sacrées. La protection de ce site est soutenue au Mexique par l’écrivain Elena Poniatowska, et relayée en France par le prix nobel de littérature Jean-Marie-Gustave Le Clézio.

Sur la fin, le livre passe dans une dimension quasi-fantastique avec une très improbable histoire de réincarnation et dans un dénouement aussi rapide que rocambolesque. La piste de la drogue découverte par le missionnaire jésuite se perd chez les Huicholes et les Lacandons, alors que ces deux peuples sont séparés de milliers de kilomètres, les Lacandons vivants, dans la jungle du Chiapas qui porte leur nom, la selva lancandona. L'auteur appuie son récit sur la réalité des nombreux voyages que des scientifiques pharmacologues ont effectué auprès des peuples premiers pour connaître et étudier les plantes dont ils se servent. Il passe par contre sur le fait qu'ensuite, nombre de brevets sur ces "découvertes" ont été déposés, dépouillant de fait leurs utilisateurs d'origine !

La lecture est agréable mais la construction de l’histoire, avec les incontournables ingrédients du style, est comme un petit vin primeur. Bonne attaque, agréable au palais mais qui reste sans longueur en bouche.

PhH

Pour en savoir plus sur les Huicholes et Wirikuta :
Frente en defensa de Wirikuta


 

15 décembre 2009

L'homme sans tête

Sergio González Rodríguez

Préface d’Antonio Dominguez Leiva, traduction d’Isabelle Gugnon

Résumé de l'éditeur :
Employant les techniques littéraires chères à Capote (De sang froid), Ellroy (Ma part d’ombre) ou encore Saviano (Gomorra), techniques de la non-fiction novel entre roman, enquête journaliste et essai (voir Des os dans le désert), avec L’Homme sans tête Sergio González Rodríguez analyse le phénomène de la décapitation à partir de la découverte de plus en plus fréquente au Mexique de corps sans tête ou de têtes tranchées exposées à la vue de tous en signe d’avertissement. Enquête insolite et tissu narratif aux multiples résonnances culturelles et politiques, L’Homme sans tête dénonce l’apogée de la violence de notre monde contemporain par le geste le plus atroce, le plus symbolique qui soit : la décapitation. Des décapitations par les trafiquants de drogue au Mexique aux décapitations par les fondamentalistes musulmans largement diffusées sur internet, d’Orient en Occident, l’acte de décollation représente le geste suprême de l’atrocité : la perte de raison dans son sens extrême. L’auteur étudie aussi les phénomènes actuels de sorcellerie et de sacrifices humains utilisés par les narcotrafiquants, les nouvelles expressions de l’intimidation et de la peur, l’usage des corps des victimes comme messages d’une cruauté sans limites à l’adresse des adversaires. Et l’émergence de cultes criminels comme celui de la Sainte-Mort. Un récit sans fiction dans lequel se mêlent témoignages de sicaires coupeurs de têtes modernes, enquête journalistique, essai - dont les références vont de Georges Bataille à Sam Peckinpah, de la littérature à la photo - et des éléments autobiographiques qui, conjointement, font apparaître l’horreur et la terreur dans lequel le monde d’aujourd’hui s’enfonce. L’Homme sans tête démontre une fois encore que la matière journalistique peut atteindre le statut de l’étude historique et sociologique, de la littérature d’exception.

Une chronique à écouter sur France Culture :
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/jeux_epreuves/fiche.php?diffusion_id=79091

Journaliste mexicain, Sergio Gonzalez a consacré un précédent ouvrage aux meurtres de Ciudad Juarez.