24 janvier 2012

Mexicali city blues

Gabriel Trujillo Muñoz
Folio policier - 2011
Traduction Gabriel Iaculli

Angel Morgado est contacté par Cecilia Montaño, son amour de jeunesse, dont le mari a disparu. Ce dernier, gringo et pilote d’hélicoptère, transportait des scientifiques qui recensaient certaines espèces de cactus très rares dans le désert de Baja California Norte. Parti de Mexicali, capitale de l’Etat, il n’est jamais rentré. Les restes de l’hélicoptère qu’on présente à Morgado ne lui paraissent pas très convaincants. De même, le Parti Naturaliste mexicain, organisation écologiste qui a engagé Jésus Bull Aguirre, mari de Cecilia, se révèle rapidement être une officine fantoche.

Comme à sa courte habitude, 90 pages, Gabriel Trujillo Muñoz nous entraine dans une enquête expéditive de son héros, l’avocat Morgado. Une fois encore il pourfend les manques de la police mexicaine, sa corruption et, quand elle n’est pas corrompue, sa bureaucratie pesante qui garanti une inefficacité rare. Il ajoute cette fois la dimension internationale, en citant expressément les Etats-Unis comme complices, passif ou actifs selon le cas, dans le trafic de drogue qui fait de la frontière mexicano-étasunienne un des hauts lieux planétaires des flux de stupéfiants. Il ne manque pas l’occasion, à travers son Parti Naturaliste Mexicain, de railler le Partido Verde Ecologista Mexicano, parti officiel des Verts au Mexique, qui n’a de vert que le nom et les quelques plumes du toucan qui lui sert de logo. C’est un parti aux idées réactionnaires, il a récemment mené une campagne pour le rétablissement de la peine de mort au Mexique, pour qui l’écologie n’est qu’un mot destiné à capter quelques voix, naïves, pour le compte des coalitions électorales auxquelles il participe. Coalitions aux géométries variables puisque le PEVM, selon le temps et le lieu, peut être allié à la droite (PAN), au centre droit (PRI), plus rarement à la gauche sociale démocrate (PRD) et quasiment jamais à la gauche de la gauche (PT). C’est une organisation familiale dans laquelle la charge de président se transmet de père en fils. Les organisations écologistes mondiales ne reconnaissent plus le PEVM comme membre de leur famille politique.

En si peu de page, Gabriel Trujillo Muñoz ne peut évoquer tous les tenants et les aboutissants de la situation mexicaine. Son roman est juste une photo instantanée sur laquelle on peut voir tous les acteurs et leurs territoires de prédilections, les complices - par actions ou ommissions -, les méthodes et toutes les combines utilisées par le crime organisé. Ce survol a le mérite de la clarté.
Ceci dit, ce nombre de pages réduit est idéal pour se distraire dans un voyage d’une heure et demie, un vol Mexico DF / Cozumel en avion, par exemple.

Ph. H.

12 janvier 2012

Si nos dejan

Pièce de théatre musicale
production Ocesa Teatro, de Jose Manuel Lopez Velarde, Morris Gilbert y Federico González Compeán - 2011
avec Leticia Lopez (Paloma), Mariano Palacios (Jose Alfredito), Juan Navarro (El rey) et 29 autres acteurs.

Si nos dejan est avant tout un hommage à la chanson ranchera, à la epoca de oro du cinéma mexicain et à la culture mariachi.
C'est l'histoire de Paloma et Jose Alfredito et de leurs amours compliqués et contrariés, notamment par le père de Paloma, El Rey, qui va imposer ses prétentions matrimoniales à sa fille, dans un grand numéro de machisme, avant que ses manoeuvres soient déjouées par sa propre épouse. Si le scénario est classique et les rebondissements habituels, on est tout de même séduit par une mise en scène originale qui allie très bien tradition et modernité. Les acteurs/chanteurs sont excellents, ainsi que l'orchestre mariachi (11 interprètes) qui les accompagne. Faisant la part belle aux années 50/60, aux chansons de Jose Alfredo Jiménez et à tout le catalogue ranchero mais aussi Augustin Lara, Pepe Guizar, Gonzalo Curiel, Joan Sebastian et Cuco Sánchez entre autres. La trame suit aussi quelques films célèbres et des scènes culte du patrimoine mexicain. A noter aussi un passage inattendu et étonnant. Au cours d'une péripétie, le héros vient à mourir. Mais, magie (sorcellerie) et surréalisme obligent, on parvient à le ressusciter. Le public profite ainsi d'une scène dans l'inframonde, mélange des limbes chrétiens et de mythologie préhispanique, et qui lui permet d'entendre une belle version de la Llorona, créature légendaire pour laquelle il existe plusieurs explications, la plus répandue étant celle d'une mère cherchant ses enfants.
Ces moments tragiques ne durent guère et sont rapidement équilibrés par des scènes parodiques de la vie des charros et leurs excès de caractère. Le coté comique est également assuré par les chistes et l'utilisation de espanglish comme ce personnage qui va faire du bisnes.
Les costumes sont très colorés et nous plongent remarquablement dans les ambiances successives, qu'elles soient géographiques ou temporelles, avec beaucoup d'authenticité.


Si nos dejan a manifestement une touche de nostalgie, c'est un Mexique heureux qui est célébré, une culture riche et multiformes qui a tendance à disparaitre. Nostalgie aussi car toutes ces chansons illustrent la plupart du temps des situations délicates, des déceptions, désillusions, angoisses, comme exprimées dans Ella, Volver volver et tant d'autres. Mais loin d'être un spectacle folklorique, la pièce célèbre un Mexique vivant à travers sa musique, son cinéma, ses coutumes (y compris le malinchisme), c'est l'album photo d'une époque particulièrement intense d'un pays pour lequel on peut dire : "deux comme ça, il n'y en a pas" (como Mexico, no hay dos).

Ella - Jose Alfredo Jiménez


Pasillo del teatro, centro cultural Telmex, Mexico DF

En savoir plus sur Si nos dejan, sur le blog de Leticia Lopez.
Ph. H.

11 janvier 2012

México, Todo lo que el ciudadano quisiera (no) saber de su patria

Denise Dresser y Jorge Volpi
Nuevo Siglo Aguilar, 2006 - Decimoprimera reimpresión, marzo de 2010




Este libro no se puede describir ! Pone en escena a todos los personajes importantes de la historia mexicana, junto con ilustraciones, fotografías, mapas, cromos o grabados antiguos, muchas veces revisitados, caricaturizados, falsos formularios que rellenar, sondeos, « definiciones », ejercicios para el alumno, la perfecta indumentaria de los políticos más famosos, cómo convertirse en diputado, en candidato presidencial. El conjunto está lleno de humor más o menos negro, los autores no nadan entre dos aguas al hablar de los políticos de su país.
Este libro no se puede leer de un tirón y cada vez que lo abres encuentras otra cosa más en la que no te habías fijado antes. Es como una biblia (si se puede comparar) de la que lees dos o tres páginas cada noche y sonries, te ries o te atragantas de la risa.
¡ Lo aconsejo como medicina en contra de la morosidad ! 

Los autores :
Denise Dresser es una reconocida académica y periodista mexicana, especialista en ciencias políticas, es profesora en el Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM) donde ha impartido cursos de política comparada, economía política y política mexicana contemporánea desde 1991, obtuvo la licenciatura en relaciones internacionales en el Colegio de México y el doctorado en ciencias políticas en la Universidad de Princeton, es autora de numerosos artículos sobre política mexicana contemporánea y las relaciones entre México-Estados Unidos, así como ganadora en 2009 del Premio Nacional de Periodismo en la categoría de mejor artículo de fondo.
Jorge Volpi (México, 1968). Es autor de las novelas La paz de los sepulcros, El temperamento melancólico y En busca de Klingsor (premios Biblioteca Breve y Deux Océans-Grinzane Cavour). Con ésta inició una «Trilogía del siglo xx », cuya segunda parte es El fin de la locura y la tercera No será la Tierra. También ha escrito las novelas cortas reunidas en el volumen Días de ira, así como Sanar tu piel amarga, El jardín devastado y Oscuro bosque oscuro. Es autor de los ensayos La imaginación y el poder. Una historia intelectual de 1968, La guerra y las palabras. Una historia del alzamiento zapatista, Mentiras contagiosas (Premio Mazatán al mejor libro del año 2008) y El insomnio de Bolívar. Cuatro consideraciones intempestivas sobre América Latina en el siglo xxi (Premio Debate-Casa de América 2009). En 2009 obtuvo el Premio José Donoso de Chile por el conjunto de su obra. En 2011, la revista Foreign Policy en Español lo eligió como uno de los «diez nuevos rostros del pensamiento iberoamericano ».

MA. B.


2 décembre 2011

Dans le terrier du lapin blanc

Juan Pablo Villalobos
éditions Actes Sud, 12/2011


Orphelin de mère, Tochtli est un petit garçon comme les autres qui a pour papa un héros. Son héros travaille : il fait commerce de cocaïne, il est très riche - ses doigts sont couverts de bagues en or et en diamants, et très puissant - quand il reçoit des invités (crapules associées, prostituées, politiciens véreux …) on ne sait pas s’ils sont encore des gens ou déjà des cadavres. Comme tous les enfants, il aime jouer. Avec les mots, les chapeaux, les sabres. Et il excelle au jeu des questions / réponses. Quelqu’un annonce une quantité d’impacts dans une partie du corps et l’autre répond : “vivant, cadavre ou pronostic réservé”. Par exemple “trente balles dans l’ongle du petit orteil du pied gauche ?” : “vivant”. Entouré d’une “bande de mecs”, il ne quitte jamais le terrier. Il a un précepteur qui lui enseigne l’histoire et la géographie et lui transmet son obsession pour le Japon, le code d’honneur des samouraïs, et pour l’histoire de France. Tochtli aime beaucoup les Français, si délicats, qui enlèvent la couronne du roi avant de lui couper la tête pour éviter de la cabosser. Quand il manifeste l’envie de visiter un zoo, papa lui achète un lion et deux tigres.

Mais quand il s’agit d’un désir a priori impossible à assouvir, comme des hippopotames nains du Libéria en voie d’extinction ? On enfreint les règles de sécurité et on embarque pour une odyssée délirante et initiatique en direction de Monrovia. Papa peut tout. Rien ni personne ne lui résiste. Et cette omnipotence astronomique pèse lourd dans la construction de l’imaginaire de l’enfant, pour qui il n’existe aucune opposition entre le monde fantastique où tout est possible et le monde du réel. Mexicaniste jusqu’à l’absurde - les prénoms de tous les personnages comme l’enfant Tochtli : lapin, le père Yolcaut : serpent à sonnette, sont empruntés au dialecte náhuatl, la langue indigène la plus parlée au Mexique - l’auteur transpose cette violence prégnante dans d’autres cultures pour l’affilier à une longue tradition humaine. Il semblerait que toutes les civilisations comptent leurs coupeurs de têtes et qu’il ne soit pas si rare que les petits lapins se transforment en serpents à sonnette.

Juan Pablo Villalobos est né au Mexique en 1973. Il a fait des études de marketing et de littérature et vit à Barcelone. Dans le terrier du lapin blanc est son premier roman.

Source : Actes Sud

21 novembre 2011

Los infiltrados

David Aponte
Grijalbo, 2010

Los infiltrados : il y a un peu plus de deux ans la DEA a détecté des liens entre la cartel de Sinaloa et  des membres de l’ambassade des Etats-Unis.  Alors, on a découvert un réseau d’espionnage et de complicités entre policiers, militaires et crime organisé.

L’originalité de ce livre réside dans le fait que David Aponte donne la parole à des « témoins protégés » par les instances officielles en échange d’informations permettant d’arrêter des membres des cartels ou d’infiltrer ces mêmes cartels. Ces témoins sont quelques uns  des délinquants arrêtés pendant « l’Opération Propreté ».

L'Operación Limpieza (Opération Propreté) est une opération des bureaux du procureur général de la République du Mexique. Mise en œuvre fin 2008, elle a permis l'arrestation de nombreux fonctionnaires corrompus par les cartels de la drogue, y compris au sein du SIEDO (Subprocuraduría de Investigación Especializada en Delincuencia Organizada), spécialisé dans la lutte contre les trafiquants de stupéfiants et placé sous l'autorité du ministre à la Sécurité publique. Fin février 2009, le ministre Medina Mora annonçait que 25 hauts fonctionnaires avaient été inculpés dans le cadre de cette enquête, dont le chef du SIEDO lui-même (Wikipedia). 

Le côté intéressant de ce livre est, qu’à travers les témoignages on perçoit la psychologie de ces délinquants qui considèrent souvent qu’ils font un travail comme un autre même quand ils doivent torturer ou tuer, leur attrait pour l’argent, la jalousie qui les anime.

Par ailleurs David Aponte réalise tout un travail journalistique d’investigation, aide le lecteur à s’y retrouver parmi les cartels, leurs chefs et il nous montre l’envers de cette lutte anti-narco menée par le président Calderón,  la faiblesse de certaines institutions, le pouvoir de corruption du narcotrafiquant, prêt à payer n’importe quel prix pour avoir des appuis dans ces mêmes institutions pour faire capoter des opérations d’envergure contre tel ou tel cartel.

David Aponte est né à Mexico en 1961. Il est journaliste et a travaillé pour La Jornada, El Independiente et El Universal où il se trouve actuellement, se spécialisant dans la chronique urbaine et politique. Il a aussi travaillé pour les revues Cambio et Nexos. Il a enseigné la communication et les relations internationales à l’université Ibéro-américaine. Il est le co-auteur de Viento rojo, 10 historias del narco en México ( Plaza y Janéq 2004) et Haití, isla pánico (Grijalbo 2010).

MA.B.

7 octobre 2011

3e festival international des littératures policières

Toulouse, du 7 au 9 octobre 2011

Samedi 8 octobre à 17H30 : Table ronde "Frontière"

La frontière, un endroit qui fait souvent rêver, fantasmer … Il en est une qui a tout du cauchemar.
Ciudad Juarez, au Mexique, en face d’El Paso, au Texas. Depuis 1993 des centaines de jeunes femmes y ont été violées et assassinées. En toute impunité. Les autorités de l’état de Chihuahua ne font rien pour arrêter les tueurs.
Marc Fernandez, journaliste français, a enquêté à Ciudad Juarez, pour tenter de comprendre. De son enquête (menée avec Jean-Christophe Rampal) il a tiré un film documentaire (qui sera projeté dimanche matin à 10h00 au cinéma Utopia de Tournefeuille) et un livre.
Le photographe, écrivain et grand-reporter Patrick Bard connaît bien le Mexique et le drame de Ciudad Juarez. De cette histoire atroce il a tiré un roman La frontière.
Tous les deux, accompagnés de l’incontournable Paco Ignacio Taibo II seront samedi les auteurs de la table ronde de 17h30 animée conjointement par Jean-Marc Laherrère et Sébastien Rutès.



3 octobre 2011

Journal de Oaxaca. Deux années passées au Mexique

 
Peter Kuper
éditions Rackam, 2011



En juillet 2006, Peter Kuper, dessinateur étasunien, s’installe au Mexique, dans l’état de Oaxaca. C’est à cette date que la capitale, Oaxaca de Juarez, s’enflamme autour de l’APPO (Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca). Le mouvement a été initié par les enseignants avant de s’étendre à toute la société civile. Les revendications, d’abord limitées aux conditions de travail du corps enseignant, ont rapidement évolué vers une contestation puis opposition frontale au gouverneur de l’état, Ulises Ruiz. Fondée le 27 juin 2006 après une intervention policière contre les occupants du zocalo de Oaxaca, l’APPO regroupe des syndicats, des associations, des organisations sociales et politiques et des communautés indigènes. La mobilisation citoyenne a duré plusieurs mois, attirant sur la ville, l’état et le Mexique l’œil des médias. De nombreux articles, reportages, documentaires et comptes-rendus ont été publiés ou réalisés, tant par les médias locaux que les médias mexicains et internationaux. Le mouvement s’est éteint petit à petit, dans une certaine confusion. La violence et le vandalisme de certains éléments ultras, l’évolution de plus en plus politique et nationale des revendications ont changé peu à peu le visage de l’APPO et la perception qu’en ont eu les mexicains s’est un peu brouillée. Mais ils ont aussi retenu l’intransigeance et la dureté du gouverneur Ruiz, membre du PRI (Partido Revolucionario Institucional), qui a usé et abusé des forces de police et de l’armée fédérale pour une répression féroce qui fit plusieurs morts. Malgré les nombreuses demandes de destitution, Ulises Ruiz a terminé son mandat de gouverneur en 2010. Aux nouvelles élections, le PRI a été battu par une alliance droite-gauche (PAN, PRD, PT, Convergencia, Partido comunista), 50,1% contre 41,9%.


Peter Kuper a rédigé un magnifique journal de ces deux années passées au Mexique, en particulier à Oaxaca. C’est un recueil de dessins, pastels, aquarelles, photos et parfois montages de ces divers éléments. Si tout d’abord il a été un simple témoin des évènements, il va par la suite produire des dessins plus engagés, choisissant de dénoncer les brutalités policières, alors que l’environnement médiatique traditionnel est plus classique, distant, muet voire complaisant. Petit à petit et au fil de l’actualité, son regard se portera aussi sur la riche culture de Oaxaca, les communautés indigènes, la vie artistique. Son âme de dessinateur l’amènera aussi à croquer des scènes simples du quotidien, ici un paysage, là une attitude et partout les réalités et les difficultés des habitants.


En utilisant des outils différents sur un même dessin, par exemple couleurs au crayon et trait surligné au feutre noir, Kuper nous transmet l'image de la douceur de Oaxaca violentée par l’armée et la police. Parfois le dessin est brut, sans phylactère, le seul visuel renforçant le message. Il s’est parfois inspiré des amates, ces dessins naïfs peints sur un papier de fibres végétales, qui représentent souvent des scènes villageoises, livrant alors des dessins foisonnant de couleurs vives et chaudes telles qu’on les voit souvent au Mexique. Enfin, l’agencement de certaines pages, l’ordre des cases et la présence d’éléments symboliques sont des indices indiquant que l’auteur a été victime du surréalisme mexicain. Mais le lien sous-jacent tout au long de l’album reste la lumière que Peter Kuper a su si bien capter et restituer.


Ph.H.

20 septembre 2011

Gringos locos

Yann et Olivier Schwartz
éditions Dupuis, 01-2012


Olivier Schwartz et Yann travaillent sur un album au titre déjà évocateur, Gringos locos, qui racontera les aventures américaines de trois piliers de la bande dessinée franco-belge, André Franquin (Spirou, Gaston Lagaffe, Idées noires), Joseph Gillain dit Jijé (Blondin et Cirage, Jerry Spring ... ) et Morris (Lucky Luke). Pendant leur séjour sur le nouveau continent entre 1948 et 1955, les trois compères vont voyager quelques mois au Mexique, passant par Tijuana, Mexico et Cuernavaca notamment. Cette période mexicaine, durant laquelle les dessinateurs vont s’imprégner de l’ambiance et des paysages mexicains, se retrouvera plus tard dans différents albums dans lesquels les uns et les autres restitueront leur vision du pays. Jijé publiera Blondin et cirage au Mexique, Morris, père de Lucky Luke fera souvent intervenir le folklore mexicain dans ses bd, et consacrera même une aventure de son héros à ce pays dans Tortillas pour les Dalton. Franquin lui semble s’être largement inspiré du Mexique pour créer la Palombie, pays imaginaire ou les révolutions sont fréquentes, les sombreros de rigueur, les cactus nombreux et la guitare très prisée.

Franquin, Le dictateur et le champignon, 1953, éditions Dupuis

Les (rares) visuels disponibles donnent une idée générale du contenu, qui devrait être joyeux et dynamique.

© Yann & Olivier Schwartz, Gringos locos, à paraître



Yann et Schwartz ont déjà travaillé ensemble, réussissant avec Le groom vert-de-gris une des meilleures reprises de Spirou.

L’album est attendu aux éditions Dupuis dans le courant de 2012.

Sources : L’Expressbd.fr, Le club des amis d’Olivier Schwartz.

 

Inquiet de l'avancée du communisme en Europe, Jijé décide de quitter le vieux continent avec sa famille. Franquin et Morris ayant décidé de le suivre, tout ce petit monde débarque à New York en 1948. Ayant acquis une veille Ford Hudson, ils sillonnent les Etats-Unis de la côte est à la côte ouest, dans l'espoir de se faire engager par les studios Disney. Peine perdue, en cette période où Disney licenciait plus qu'il n'embauchait. Voyant son visa touristique expirer, Gillain décida de s'installer quelques mois au Mexique avec sa famille, bientôt rejoint par Franquin et Morris.












27 juin 2011

Marcial Maciel, Historia de un criminal

Carmen Aristegui
Prólogo de Miguel Ángel Granados Chapa
Fotografías de Kirén Miret
Editorial Grijalbo, 2010 

La autora : Carmen Aristegui, periodista famosa que condujo varios programas de radio y televisión ; es conocida por sus posturas críticas. Es autora del libro Uno de dos (Grijalbo 2006) y coautora de Transición (Grijalbo 2009) en cuyas páginas se encuentra la entrevista al ex presidente Miguel de la Madrid por la cual ganó el Premio Nacional de Periodismo 2010. Actualmente dirige y conduce el programa matutino en Noticias MVS de MVS Radio así como el programa de entrevistas que lleva su nombre en la cadena internacional CNN en español y colabora en el diario Reforma.
El libro : Se compone de una serie de entrevistas, unos anexos y una cronología.
La serie de 17 entrevistas con fotografía de los entrevistados, pone de relieve la figura perversa del fundador de los Legionarios de Cristo y las complicidades de las que se benefició Marcial Maciel (1920-2008), gran amigo de Juan Pablo II y de las clases pudientes mexicanas. Fundó la congregación en 1941 en México y fue acusado de violaciones a seminaristas y de drogadicción, además de tener hijos ocultos, tanto en España como en México mientras que era sacerdote.
Los anexos : son cartas, comunicados (Santa Sede, Secretaría de Estado, Legión de Cristo) y denuncias.
La cronología : se compone de la biografía de Marcial Maciel y de las fechas de los grandes hitos de la Legión. 

Este libro recalca la « cultura del secreto » que siempre existió en el seno de la jerarquía de la Iglesia Católica mediante la cual se ocultaron los escándalos y los crímenes perpetrados por sacerdotes. Subraya también el increíble poder del dinero y de la oligarquía.

MA.B.

8 juin 2011

Eclipse de lune

Rolo Diez
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco
titre original : Matamujeres
éditions Fayard noir, 2007

Carlos Hernández est un policier de la brigade des Relations Opérationnelles, c'est-à-dire les opérations délicates. Quoi de plus délicat au Mexique que de mener une enquête qui touche aux dramatiques évènements de Ciudad Juárez. Tout commence par l’assassinat d’une vieille dame. Les coupables potentiels sont nombreux, sa famille, des politiciens, des associés, chacun pour des motifs variés mais tous aussi vénaux les uns que les autres. L’implication d’un député local n’arrange rien, pressions sur la police, guerre des services, collusion avec le milieu, toute la panoplie des corruptions y passe. Ajoutons que le flic héros de Rolo Diez est un archétype du genre. Macho, polygame, il a beau être ironique, avec le sens de l’humour, paraitre détaché voire décalé, il n’en reste pas moins que ses méthodes sont loin de la légalité, ses manières avec les femmes n’ont rien de romantique et il traite durement ses amis. Il ne force pas vraiment la sympathie avec son code d’honneur très personnel en guise d’éthique professionnelle. Mais peut-il en être autrement dans ce pays ? Le portrait qu’en dresse l’auteur est conforme à la réalité actuelle. De Mexico DF à Ciudad Juárez, Carlos Hernández met à jour les collusions entre le crime organisé, le monde industriel et des affaires et le milieu de la politique. Autant d’acteurs qui se croisent, s’entrecroisent et se mélangent. En face, des policiers avec peu de moyens, d’où la nécessité de chercher d’autres sources de revenus que le seul salaire, et pas de soutien. On glisse plus volontiers des peaux de bananes sous leurs démarches quand on ne leur met pas les bâtons dans les roues. Tout au long de cette enquête policière classique, la bière coule à flot, les femmes voluptueuses se succèdent devant le regard concupiscent de Carlos et les fusillades éclatent comme les orages de la saison des pluies. On suit le quotidien d'une classe moyenne prise entre la modernité économique et les besoins qu'elle suscite, et la baisse de revenu de cette même classe dans un pays ou pourtant la richesse de certains est aussi opulente qu'indécente. La vie des femmes, encore soumise à des archaismes culturels conjugués à cette précarité économique, glisse vers un nouveau prolétariat, lumpen même pour les travailleuses des maquiladoras, et rend celles qui restent au foyer encore plus dépendantes des hommes. C’est un roman noir, sale, et lépreux comme les murs d’une cellule d’une geôle mexicaine, chaud et glauque comme l'arrière salle d'une cantina un soir de quinzaine, rauque et aigri comme les dernières roucoulades des mariachis au petit jour sur la place Garibaldi.

Côté histoire, on reste tout de même un peu sur sa faim. Le fatalisme du héros ne pousse pas à l’optimisme. Les résultats qu’il obtient malgré tout montrent une fois de plus les liens étroits entre la pègre, la police, la justice et la politique. Les personnages, très nombreux, manquent un peu d’épaisseur. Le tout est assez confus et l’enchainement des chapitres manque un peu de fluidité, malgré un style incisif qui donne beaucoup de vivacité. Quant à Ciudad Juárez, il en est finalement assez peu question, trois chapitres, mais assurément les moments les plus forts du roman. Sans s’appesantir sur des hypothèses ou des suggestions de pistes, Rolo Diez imagine, avec des mots très simples et très percutants, l’enlèvement d’une jeune fille au sortir de son travail et de ce qu’il advient d’elle. Loin de la brutalité des descriptions d’autres livres abordant le sujet ou dont c’est le thème central, l’auteur nous plonge dans l’angoisse de cette victime d’une façon très évocatrice. Le féminicide de Ciudad Juárez n’est pas le sujet d’Eclipse de lune, contrairement à ce qui est dit en quatrième de couverture. C’est plutôt un décor général, une ambiance qui pèse, un témoignage supplémentaire apporté. A moins que l’étendue du problème et le nombre de disparues participent à une fascination des romanciers.

Ph.H.


Sur ce blog, en liaison avec Ciudad Juárez :
Viva la vida
La frontière
J'ai regardé le diable en face