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10 janvier 2026

Mexico Médée

Dahlia de la Cerda
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Lise Belperron
éditions du sous-sol, 01-2026

 

Présentation de l'éditeur

Entièrement vêtue de noir, coiffée de tresses et arborant des tatouages de serpents, c’est au volant d’une Volkswagen Jetta que Médée parcourt Aztlán, lieu mythologique aztèque symbolisant le Mexique.

Qui de mieux que l’archétype de la mère infanticide, de l’irrationnelle, de la jalouse pour aider des femmes à avorter, à donner la vie, à s’extraire de relations abusives ou encore à fouiller la terre à la recherche de leurs enfants disparus ?

Dans un style original et plein d’humour noir, l’autrice expose la cruelle réalité des adolescents enlevés ou recrutés par les narcotrafiquants au Mexique, elle relate et dénonce la violence du crime organisé et celle de l’armée.

Après Chiennes de garde, Dahlia de la Cerda poursuit son œuvre, loin des carcans, nécessaire tant par sa modernité stylistique que par son engagement politique.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur 

Informations
ISBN : 9782386630194
Pages : 176
Prix : 21,50 €

👉 lire un article de Cécile vallée sur Collatéral Média
« Je ne peux pas modifier mon passé, parce que c'est un homme qui l'a écrit mais je peux encore changer mon présent, si c'est une femme qui écrit ce présent, et qu'elle m'aide à me racheter, qu'elle me donne de la profondeur, qu'elle me rend complexe avec mes erreurs mais aussi des vertus. » (Mexico Médée
C’est ce que propose Dahlia de la Cerda dans cette sorte de fanfiction féministe et mexicaine du mythe de Médée. On retrouve, dans les six nouvelles qui composent ce recueil, le style percutant et l’art de la narration de Chiennes de garde, le précédent recueil de l’autrice, pour un questionnement politique du récit : quelle nouvelle forme inventer pour échapper à son effet d’héroïsation qui maintient patriarcat et masculinisme ? ...


Medea me cantó un corrido
editorial Sexto Piso, 10-2024

El fenómeno literario del año en México: un libro de cuentos que retrata la realidad social de la mujer a partir de elementos de la mitología griega. 

Medea recorre México al volante de su Jetta «toda vestida de negro, con unas trenzas africanas muy perritas» y con un propósito firme: servir de bastón a las mujeres que habitan estas páginas. Unas mujeres que se enfrentan a situaciones límite, inmersas en un fuego cruzado entre la violencia del crimen organizado, el Ejército y los conflictos con familiares y parejas que provienen de estos entornos, y a las que Medea no dudará en auxiliar bien practicando abortos bien acompañándolas en el final de relaciones abusivas. El resultado es esperanzador: «No somos lo que hicieron de nosotras, sino lo que hacemos con lo que hicieron de nosotras», dice una de estas mujeres parafraseando a Sartre.

En Medea me cantó un corrido, Dahlia de la Cerda hace gala de su habitual destreza para narrar una serie de relatos interconectados y, gracias a su original estilo plagado de humor negro y situaciones delirantes, crea un paisaje literario único que vibra al ritmo de cumbias, electrocorridos y perreo.

Voir sur le site de l'éditeur 


👉 "Mexico Médée" : les narcos, les filles, et les cocktails Hello Kitty
Un article à lire et écouter sur France Culture, publié le jeudi 22 janvier 2026
Dans un nouveau livre qui fonctionne comme un poignant et hilarant roman choral, l'écrivaine mexicaine Dahlia de la Cerda raconte la vie des femmes et des mères de trafiquants sous l'égide d'une Médée pop et consolatrice...

👉 Dans son deuxième recueil de nouvelles, l’autrice de “Chiennes de garde” continue à cartographier la violence masculine en s’appuyant sur la mythologie grecque et la figure de Médée.
Un article de Pauline Le Gall à lire sur Les Inrockuptibles, janvier 2026
Une jeune femme enceinte nettoie le masque en forme de tête de mort de son petit ami, couvert “de sang et de terre”. Ce dernier a disparu brutalement et a rejoint les rangs des fantômes du narcotrafic, évaporés dans la nature...

👉 Médée rédimée à Aztlán, un article de Florence Olivier à lire sur En attendant Nadeau (EaN)
Coiffée de tresses africaines, les bras tatoués de serpents, Médée la filicide trouve sa rédemption dans Mexico Médée, récit choral en six nouvelles entrelacées de Dahlia de la Cerda. Dans un mythique Aztlán dévasté par la violence du narcotrafic, la nièce de Circé guide les mères qui cherchent les restes de leurs malfrats de fils, assiste les filles qui veulent avorter ou donner la vie, pleure, se soûle, chante et danse pour célébrer la vie, envers et contre tout....




1 juin 2024

Rendez-les-nous vivants !

Sur les traces des disparus d'Ayotzinapa
Anahi H. Galaviz (Dessin, Couleurs)
Marco Parra, Andalusia K. Soloff (Scénario)
éditions Presses de la Cité, 10-2023

 

Résumé

Fin 2014, le Mexique apprenait avec stupeur l'enlèvement de 43 étudiants. Ils manquent toujours à l'appel... Le 26 septembre 2014, le Mexique apprenait avec stupeur la disparition de 43 élèves instituteurs de l'École normale d'Ayotzinapa, dans l'État de Guerrero. Malgré les inlassables recherches des parents et proches des étudiants pour faire la lumière sur cette affaire, ils manquent toujours à l'appel. Rendez-les-nous vivants !
Un roman graphique engagé, qui a révélé l'ampleur de l'état de terreur et de corruption d'un Mexique aux prises avec une guerre des cartels d'une violence inouïe.
" En tant que journaliste indépendante travaillant pour des médias internationaux, j'ai consacré des dizaines de reportages, d'articles et d'entretiens à cette affaire. Mais je sentais qu'il manquait toujours un témoignage à même d'expliquer sa réalité complexe dans son ensemble. Ainsi est née cette bande dessinée dont l'ambition est de documenter le voyage émotionnel des familles de disparus qui, socialement marginalisées et exclues, se sont retrouvées du jour au lendemain les porte-parole de toute une nation. "
Andalusia K. Soloff

La fiche du livre sur le site de l'éditeur
 
Informations :
ISBN : 9782258201767
Nombre de pages : 208
Prix : 20 €


Andalusia K. Soloff est une journaliste indépendante, spécialiste de l’actualité mexicaine, qui travaille comme correspondante locale pour de nombreux médias étrangers.
Marco Parra est illustrateur et a déjà collaboré à plusieurs romans graphiques. Comme Andalusia K. Soloff, il est très investi dans la défense de la liberté de la presse dans son pays.
Anahi H. Galaviz est artiste plasticienne. 

 



18 mai 2024

Rendez-les-nous vivants !

Histoire orale des attaques contre les étudiants d'Ayotzinapa
John Gibler
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Anna Touati
Gravures de Yoel Jimenez
éditions CMDE, 04-2017

Postface inédite du Collectif Paris-Ayotzinapa et du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Présentation de l'éditeur

La nuit du 26 septembre 2014 à Iguala, dans l’État de Guerrero au Mexique, 6 personnes ont été assassinées et 43 étudiants de l’école rurale d’Ayotzinapa ont disparu. Au Mexique, où l’État et le narcotrafic ont fusionné, où plus de 29 000 personnes sont portées disparues, cette tragédie a été celle de trop. « L’affaire » des 43 étudiants d’Ayotzinapa a réveillé la société mexicaine dans ses bases les plus profondes et a suscité un élan de solidarité internationale.
Le gouvernement s’est empressé de répandre de fausses rumeurs et de conclure l'enquête par des théories aussi fumeuses que mensongères. John Gibler, lui, s’est rendu sur les lieux quelques jours après les faits pour comprendre ce qui s’était passé. Pendant près d’un an, il s’est entretenu avec les rescapés, les témoins des attaques et les parents des disparus. Ce livre est fait de leurs voix.

Prologue de l’auteur à l’édition française

Vers 21 heures, le 26 septembre 2014, des centaines d’agents de police et un certain nombre d’hommes armés en civil ont commencé à attaquer cinq bus d’étudiants à Iguala, dans l’État de Guerrero, au Mexique. À 15 kilomètres de cette ville, sur l’autoroute, ils ont aussi attaqué un bus qui transportait une équipe de jeunes footballeurs de troisième division, des voitures et des taxis. Les attaques se sont déroulées simultanément dans différents lieux, pendant plus de huit heures. La police municipale, la police de l’état, la police fédérale et des hommes armés en civil ont tous collaboré, cette nuit-là, pour tuer 6 personnes, en blesser plus de 40 (dont une est toujours dans le coma) et ont fait disparaître 43 étudiants de l’école rurale normale Raúl Isidro Burgos d’Ayotzinapa, dans l’État de Guerrero. Les tueurs ont torturé un étudiant, lui ont arraché le visage et ont abandonné son corps sur un petit tas d’ordures à quelques rues des attaques. Plus de deux ans après, 43 familles cherchent toujours leurs fils.

Voir la fiche du livre sur le site de l'éditeur

John Gibler est journaliste indépendant. Il est l’auteur de quatre livres, dont Mourir au Mexique (CMDE, 2015) et Mexico Unconquered: Chronicles of Power and Revolt (City Lights), sur l’histoire récente mexicaine.

Informations :
ISBN : 979-10-90507-234
Nombre de pages : 208
Prix : 18 €
Coll. Les réveilleurs de la nuit 



11 avril 2018

Un printemps mexicain

Notre Amérique, tome 2
Scénario de Kris, dessins de Maël
éditions Futuropolis, 04-2018


Présentation de l'éditeur
Aux premiers jours de 1919, ils sont arrivés dans le Nouveau Monde, Julien et Max. À bord du Libertad, un rafiot plein jusqu'à la gueule de fusils et de munitions, piloté par le capitaine Silius Jensen, un drôle d'oiseau aussi, celui-là. Et avec Tina, surtout, Tina la rebelle, Tina la farouche, Tina la compagne du fameux colonel Craven, chef des guérilleros mexicains. Quand le Libertad aborde la rive atlantique mexicaine, les regulares, les soldats du gouvernement, attendent de pied ferme, le fusil à l'épaule et la mitrailleuse frémissante. Un déluge de feu s'abat sur le trio et les quelques rebelles venus les accueillir. Jensen s'apprête à reprendre la mer, Max, Julien et Tina à vendre chèrement leur liberté. C'est alors que le gros de la troupe rebelle, aux cris de « Craven, Craven ! », entre en jeu, bousculant comme des quilles les soldats réguliers. Enfin, le colonel Craven, seul, un drapeau à la main, les yeux fous, s'élance au milieu de la bataille, déclamant un poème de fange, de rage et de sang. Stupeur chez les regulares, vivats hurlés sous les sombreros des révolutionnaires, l'hésitation des uns profite aux autres, et c'est la victoire.
Craven. Julien, Max et Tina. Les personnages sont en place, le rideau, ensanglanté, s'est levé. L'hiver des tranchées se dissipe enfin, le printemps mexicain est en pleine éclosion. Pour combien de temps encore ?



Après la traversée de l’Atlantique et de nombreuses aventures dans le tome 1, Julien et Max se retrouvent au Mexique. Le printemps est en pleine éclosion, un printemps de fureur et de sang, la révolution fait rage. Pour Julien, Max et Tina elle est synonyme d’espoir. L’immersion dans l’Amérique du Nord du début du XXe siècle et ses bouleversements continue. D’un continent à l’autre, deux hommes qui étaient dans des camps adverses tentent de reconstruire leur vie ensemble.




6 mars 2017

Ni vivants ni morts

Federico Mastrogiovanni
Titre original Ni vivos ni muertos
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry
Éditions Métailié, 09/02/2017

Depuis une dizaine d’années, on compte plus de 30 000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, l’onde de choc s’est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l’homme, ni les initiatives des familles n’ont suffi, dans ce cas comme dans d’autres, à faire apparaître la vérité – et encore moins à enrayer le phénomène. Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man’s land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l’atmosphère. Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l’angoisse interminable, les menaces, l’hypocrisie des autorités. L’enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu’à la possibilité d’une contestation. C’est le portrait sensible et effrayant d’un pays miné par la peur, où l’État piétine sciemment ses propres prérogatives – et les droits de ses citoyens –, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.


Ni vivants ni morts a reçu le prix PEN Mexico 2015 et le prix national du journalisme en 2015.

L'auteur
Federico Mastrogiovanni est un journaliste et documentariste né à Rome en 1979, qui vit au Mexique depuis 2009. Il travaille actuellement pour plusieurs magazines sud-américains, parmi lesquels Variopinto, Gatopardo, Esquire Latin America et Opera Mundi.

A propos du livre
Au Mexique, la nuit des ni morts ni vivants
Par François-Xavier Gomez (Libération, 22 février 2017)

L’Argentine de la dictature militaire (1976-1983) a comptabilisé, suivant les sources, entre 9 000 et 30 000 disparus ; le Chili de Pinochet, de 2 000 à 3 000. Au Mexique, en 2013, le ministère de l’Intérieur (source on ne peut plus officielle) chiffrait à 27 000 les personnes enlevées qui n’ont plus donné signe de vie. Dans un pays où beaucoup de délits ne sont pas dénoncés, par peur de représailles, par méfiance envers les autorités, il faut sans doute multiplier plusieurs fois ce nombre pour approcher la réalité. Le Mexique actuel ne correspond sans doute pas à la définition d’une dictature, malgré de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux, mais il montre les caractéristiques d’un pays en guerre. Telle est la conclusion accablante du livre reportage de Federico Mastrogiovanni.

Qui sont les victimes de ces disparitions ? Des migrants, proies faciles qui tentent de gagner les Etats-Unis, des militants des droits humains, des défenseurs de l’environnement, des journalistes… Et toute personne qui a eu le tort d’être le mauvais jour au mauvais endroit.

Ces exactions, les médias (dont Libération) les relatent avec constance depuis des années. Là où le journaliste italien va plus loin, c’est dans sa désignation des responsables. Le trafic de drogue n’est, selon lui, qu’un rideau de fumée, le véritable donneur d’ordres des enlèvements et des assassinats est l’armée, dans le but de créer un « haut niveau de terreur » et faire taire quiconque s’oppose à l’exploitation minière, notamment le gaz de schiste.

Lire l’intégralité de l’article sur Libération

 


 

9 octobre 2014

Ayotzinapa, Tlatelolco de los tiempos "modernos"





“¿Cuál es el futuro en un país donde el Estado mata a sus estudiantes?”

Elena Poniatowska
Ciudad de México - (SinEmbargo/El Sur) – 6 de octubre 2014


La escritora y periodista Elena Poniatowska consideró que el ataque de policías de Iguala, Guerrero, contra alumnos de la Normal de Ayotzinapa y un grupo de futbolistas la semana pasada, que dejó seis muertos, alcanzó los niveles de un crimen de Estado y preguntó: “¿Cuál es nuestro futuro en un país donde el Estado mata a sus estudiantes?”. “¿Qué es lo que nos espera, dónde vivimos y quiénes nos protegen?, preguntarán las madres de familia de los desaparecidos, de los muertos, y nosotros los mexicanos”, cuestionó al término de la ceremonia donde la Universidad Autónoma de Guerrero (UAG) le entregó un doctorado honoris causa ayer sábado.

Ante la noticia de que los cuerpos encontrados en fosas clandestinas en Iguala pudieran ser efectivamente de algunos de los 43 normalistas que desaparecieron durante el ataque, expresó su terror. Dijo a El Sur que “eso es una tragedia humana y una desgracia que suceda en un país que se presume de democrático como el nuestro, y además, para el régimen, pues es un golpe tremendo…” Por su parte, uno de los líderes del movimiento estudiantil de 1968.

Salvador Martínez della Rocca, que acompañaba a Elena Poniatowska, lamentó los hechos y declaró que “si bien el Estado es el monopolio de la violencia legítima, y estamos viviendo el monopolio de la violencia ilegítima, pues no hay Estados fallidos, sólo no hay Estados”. Por ello, agregó, “se tiene que exigir justicia, justicia y más justicia”.




A San Cristobal de las Casas (Chiapas), les membres de l'EZLN défilent en solidarité avec les victimes d'Ayotzinapa.
(MVS Noticias) Miles de indígenas integrantes del Ejército Zapatista de Liberación Nacional (EZLN) en Chiapas realizaron una marcha silenciosa en esta ciudad colonial “en señal de dolor y coraje” y por la demanda de “justicia verdadera”, en el asesinato de 43 estudiantes normalistas de la Escuela Rural Normal de Ayotzinapa, Guerrero.


 

 

3 octobre 2011

Journal de Oaxaca. Deux années passées au Mexique

 
Peter Kuper
éditions Rackam, 2011



En juillet 2006, Peter Kuper, dessinateur étasunien, s’installe au Mexique, dans l’état de Oaxaca. C’est à cette date que la capitale, Oaxaca de Juarez, s’enflamme autour de l’APPO (Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca). Le mouvement a été initié par les enseignants avant de s’étendre à toute la société civile. Les revendications, d’abord limitées aux conditions de travail du corps enseignant, ont rapidement évolué vers une contestation puis opposition frontale au gouverneur de l’état, Ulises Ruiz. Fondée le 27 juin 2006 après une intervention policière contre les occupants du zocalo de Oaxaca, l’APPO regroupe des syndicats, des associations, des organisations sociales et politiques et des communautés indigènes. La mobilisation citoyenne a duré plusieurs mois, attirant sur la ville, l’état et le Mexique l’œil des médias. De nombreux articles, reportages, documentaires et comptes-rendus ont été publiés ou réalisés, tant par les médias locaux que les médias mexicains et internationaux. Le mouvement s’est éteint petit à petit, dans une certaine confusion. La violence et le vandalisme de certains éléments ultras, l’évolution de plus en plus politique et nationale des revendications ont changé peu à peu le visage de l’APPO et la perception qu’en ont eu les mexicains s’est un peu brouillée. Mais ils ont aussi retenu l’intransigeance et la dureté du gouverneur Ruiz, membre du PRI (Partido Revolucionario Institucional), qui a usé et abusé des forces de police et de l’armée fédérale pour une répression féroce qui fit plusieurs morts. Malgré les nombreuses demandes de destitution, Ulises Ruiz a terminé son mandat de gouverneur en 2010. Aux nouvelles élections, le PRI a été battu par une alliance droite-gauche (PAN, PRD, PT, Convergencia, Partido comunista), 50,1% contre 41,9%.


Peter Kuper a rédigé un magnifique journal de ces deux années passées au Mexique, en particulier à Oaxaca. C’est un recueil de dessins, pastels, aquarelles, photos et parfois montages de ces divers éléments. Si tout d’abord il a été un simple témoin des évènements, il va par la suite produire des dessins plus engagés, choisissant de dénoncer les brutalités policières, alors que l’environnement médiatique traditionnel est plus classique, distant, muet voire complaisant. Petit à petit et au fil de l’actualité, son regard se portera aussi sur la riche culture de Oaxaca, les communautés indigènes, la vie artistique. Son âme de dessinateur l’amènera aussi à croquer des scènes simples du quotidien, ici un paysage, là une attitude et partout les réalités et les difficultés des habitants.


En utilisant des outils différents sur un même dessin, par exemple couleurs au crayon et trait surligné au feutre noir, Kuper nous transmet l'image de la douceur de Oaxaca violentée par l’armée et la police. Parfois le dessin est brut, sans phylactère, le seul visuel renforçant le message. Il s’est parfois inspiré des amates, ces dessins naïfs peints sur un papier de fibres végétales, qui représentent souvent des scènes villageoises, livrant alors des dessins foisonnant de couleurs vives et chaudes telles qu’on les voit souvent au Mexique. Enfin, l’agencement de certaines pages, l’ordre des cases et la présence d’éléments symboliques sont des indices indiquant que l’auteur a été victime du surréalisme mexicain. Mais le lien sous-jacent tout au long de l’album reste la lumière que Peter Kuper a su si bien capter et restituer.


Ph.H.