26 juin 2013

Guet-apens

Sam Hawken
titre original : Tequila sunset
traduction de Mireille Vignol
éditions Belfonfd-noir, juin 2013


Présentation de l'éditeur : 
À Ciudad Juárez, les crimes se suivent mais ne se ressemblent pas... Après Les Disparues de Juárez, Sam Hawken nous entraine dans une oppressante et terrifiante plongée en apnée dans l'enfer des gangs de la frontière mexicaine. Corruption, meurtres et trafics en tout genre, une enquête sur le fil du rasoir, une terrifiante plongée dans l'enfer des gangs de la frontière américano-mexicaine.

À peine sorti de prison, Flip Morales est contacté par le chef du redoutable gang des Aztecas pour une délicate mission : transporter des « marchandises » entre la ville texane d'El Paso et sa jumelle mexicaine Ciudad Juárez. Alors que Flip s'était promis de rester clean pour la belle Graciela, le voici contraint de replonger... Pour Cristina Salas, pas facile d'assumer une vie de mère célibataire et un job d'officier de police. Depuis que les Aztecas ont fait d'El Paso leur nouveau terrain de jeu, la jeune femme est sur le pied de guerre. Mais qui aura le cran de briser la loi du silence ? Et si l'agent fédéral mexicain Matías Segura, le monsieur anti-criminalité de Juárez, pouvait l'aider à mettre fin au carnage ?

Alors que s'organise une vaste opération de nettoyage des deux côtés de la frontière, la vie de trois personnes s'apprête à basculer...

L’auteur :
Né au Texas, Sam Hawken a fait de nombreux séjours au Mexique, jusqu'à ce que la région devienne infréquentable en 2006, avec le début de la guerre du narcotrafic. Très marqué par l'histoire de ces centaines de femmes disparues dans l'État du Chihuahua, il s'est longuement documenté pour écrire son premier roman, Les Disparues de Juárez (2012), finaliste en Angleterre du prestigieux « New Blood » Dagger Award. Guet-apens est son deuxième roman à paraître chez Belfond. Il vit à Washington avec son épouse et leur fils.


Voila un nouveau livre avec Ciudad Juárez en toile de fond, avec guerre entre bandes criminelles, trafics divers et le tout qui gravite autour de la frontière mexicano-étasunienne. Cette frontière que ceux du nord voudraient infranchissable, est en fait, pour ceux du sud un véritable aimant. Depuis les années 1950 elle est le lieu de passage de toute la contrebande entre les deux pays, le sens des flux variant avec la nature des trafics.

Une nouvelle fois, l’illustration utilisée est une calavera, motif décidément très à la mode ces derniers temps, mode qui perdure puisque lancée par un anglais en 1601, revigorée par Jose Guadalupe Posada et maintenant par les graphistes modernes mexicains.

 
Calavera inglesa

Voir aussi : la littérature inspirée par Ciudad Juárez.
Voir aussi : calaveras

PhH

4 juin 2013

Les oies sauvages meurent à Mexico

Requiem pour les Saint-Patrick
Patrick Mahé
éditions fayard - février 2013

résumé de l'éditeur :
1846 : ils s'appellent John O'Reilly, Francis O'Connor, Patrick Dalton... Ils sont irlandais. Fuyant la Grande Famine qui ravage leur île, ils ont traversé l'Atlantique à bord de bateaux cercueils. Mais l'Amérique anglo-saxonne et protestante n'a que faire de ces nouveaux émigrants celtes qui n'ont pour richesse que la religion catholique... Les plus jeunes s'engagent dans l'armée, avec l'espoir que le sang versé leur vaille la reconnaissance de leur patrie d'adoption.
Mais l'accueil des gradés fait d'eux de nouveaux parias : sévices, punitions, humiliations... Alors ils désertent. Au-delà de la frontière texane, ils rallient le général Santa Anna, le tombeur de Fort Alamo ! Ainsi naît, au sein des troupes mexicaines, le bataillon des Saint-Patrick, alias Los San Patricios. Du Connemara au Rio Grande, leur destin tragique illustre un pan singulier de l'histoire du XIXe siècle, quand le Mexique s'étendait encore jusqu'à l'opulente Californie

Le souvenir de ces soldats irlandais se perpétue au sein du Batallón San Patricio de Mexico, groupe de musique fondé en 1997 pour le 150e anniversaire de l'histoire héroique de ces Irlandais et Ecossais qui se rangèrent aux côtés des mexicains lors de la guerre avec les Etats-Unis de 1847. La mission du groupe est de perpétuer la musique des cornemuses au Mexique, pour honorer la mémoire des membres du Batallón de San Patricio qui ont donné leur vie pour le Mexique.

L'orchestre organise cours et répétitions au Museo Nacional de las Intervenciones, au couvent de  Churubusco (métro Général Anaya). Ce lieu est symbolique car c'est la que se déroula la dernière bataille a laquelle prirent part les Saint-Patrick, le 20 aout 1847. Pour commémorer cet épisode, le Batallón de San Patricio donne tous les premiers dimanches du mois à 17 heures une cérémonie militaire (military tattoo) sur l'esplanade du musée.

Annonce du tattoo pour le 5 de mayo
 (crédit photo : Banda de gaitas del Batallón San Patricio)
 
A la feria de las culturas amigas, mai 2013
(crédit photo : Banda de gaitas del Batallón San Patricio)
 

La présentation du livre par son auteur dans l'émission de Philippe Vallet sur France-info le 29 mars 2013 : écouter l'émission.
 
 
PhH

30 mai 2013

Coup de sang

Enrique Serna
Titre original : La Sangre erguida
Traduit de l'espagnol (Mexique) par François Gaudry
éditions Métailié, mai 2013
Prix Antonin Artaud 2010

Splendeurs et misères de l’orgueil masculin. Soit un modeste garagiste mexicain qui a plaqué femme et gosses pour suivre à Barcelone une bombe dominicaine, chanteuse de salsa, aussi irrésistible qu’assommante. Soit un séduisant quadragénaire catalan, dont les femmes sont folles, mais qui est encore puceau à 47 ans parce qu’il se croit impuissant et qui en désespoir de cause a recours au Viagra. Soit enfin, ou presque, un acteur porno argentin en fin de carrière qui perd tous ses moyens sur un tournage après être tombé raide amoureux d’une jeune et jolie étudiante qui le croit chercheur en génétique… Quand ces trois-là se croisent, avec quelques autres qui font, ou pas, dans la dentelle, le cocktail est explosif.

Coup de sang est une tragicomédie sexuelle débridée, crue, farcesque, panique, un vaudeville délirant qui risque de choquer les belles âmes, dans lequel Enrique Serna déploie toute sa verve caustique et son humour féroce, entre passions et pulsions, entre triomphes et fiascos. Peinture au vitriol de la sexualité contemporaine, portrait grinçant du macho, mais aussi de l’hystérique moderne, ce Coup de sang d’un des plus talentueux et singuliers écrivains d’Amérique latine est un roman crépitant de folies diverses et variées, dont la lecture réserve, jusqu’au bout, bien des plaisirs et des surprises.

(résumé de l'éditeur)

Enrique Serna

Le changement d'éditeur, de L'atelier du gué pour Métailié depuis 2009 et le livre Quand je serai roi a entrainé un changement de traducteur. C'est maintenant François Gaudry qui s'y colle, en lieu et place de Marie-Ange Brillaud, MAB, qui publie quelques chroniques sur Casa Dely.

Pendant ce temps, au Mexique, Enrique Serna présentait le 30 mai 2013 son dernier livre, La ternura caníbal au foro cultural coyoacanense Hugo Arguelles, recueil de courtes histoires dans lesquelles Serna lache toute son ironie et sa noirceur saitirique.



PhH

15 mai 2013

El Día de Muertos, une marque déposée aux USA ?

Non, malgré le titre, nous ne sommes pas encore début novembre quand, les 1 et 2 de ce mois le Mexique célèbre el Día de muertos (jour des morts). Mais en ce mois de mai 2013, en prélude à un prochain dessin animé, la compagnie Pixar - Disney avait déposé une demande pour faire enregistrer à son bénéfice la marque "Día de muertos", titre du film d'animation à venir. Face au tollé provoqué au Mexique, dans la presse et les réseaux du net, et à l'impact très négatif de ces réactions, Disney a finalement fait marche arrière. Le Mexique l'a échappé belle une fois de plus.


L'information vue par TV Notas


C'est José Guadalupe Posada qui doit être content !


Comme le rappelle l'article ci-dessus, le Día de muertos a été reconnu dès 2003 comme patrimoine de l'humanité par l'UNESCO. Pour tout savoir sur cette incontournable fête mexicaine, Casa Dely vous recommande la lecture des trois numéros que la revue Artes de Mexico, édité par Alberto Ruy Sánchez, y consacre, revue qui est certainement une des meilleures publications sur les traditions populaires du pays.



Cette initiative avortée de Pixar rappelle la tentative d'enregistrement de la marque "Virgen de Guadalupe" par un chinois, Wu You Lin, pour 2 mil 400 pesos. Lire à ce sujet juridiquement complexe un article de La Jornada. A lire sur ce site un article sur les marques de vierges déposées.

PhH

14 mai 2013

Tsunami mexicain

Joe R. Lansdale
édition Gallimard Folio, avril 2013

Harp Collins et Leonard Pine sont deux habitants de l’East Texas. L’un est blanc, hétéro, démocrate, Harp, alors que Leonard est républicain, homo et noir. Ils sont amis « à la vie à la mort », et vivent donc ensemble de trépidantes et souvent très violentes aventures. Leurs appartenances sexuelles et raciales étant en plus une solution pour l’auteur de faire le portrait sociologique de leurs rencontres, en fonction des affaires auxquelles ils sont mêlés et où elles se déroulent.

Tsunami mexicain démarre en trombe. Harp sauve une jeune fille des mains d’un cinglé en train de la battre à mort, et touche de la part de son père une somme rondelette. Il va en profiter pour partir en vacances avec son pote. Ils choisissent une croisière sur le golfe du Mexique, première étape, Playa del Carmen. Leonard, entre autres traits d’un caractère affirmé est ombrageux. Une dispute avec un steward dégénère. Pour se venger, ce dernier leur communique de faux horaires sur les navettes entre le port de Playa et leur bateau. Ils vont donc se retrouver coincés au Mexique.

Comme de bien entendu, les ennuis leur fondent dessus comme la misère sur le pauvre monde. Les voila aux prises avec des agresseurs armés de machettes, policiers le jour à Cozumel, voyous le soir à Playa. Ils vont aussi rencontrer quelques figures mexicaines classiques du roman noir. Un vieux et pauvre pécheur qui trime pour financer les études de sa fille chez les gringos, et qui a contracté un prêt auprès d’un parrain local. Ce chef mafieux a des méthodes de zeta, à savoir qu’il a une forte tendance à démembrer à la machette ceux qui se mettent en travers de ses projets. Quant à la jeune fille, elle n’a pas vraiment brillé dans ses études et la voila plus ou moins obligée de vendre ses charmes pour aider son papa à rembourser le prêt. C’est au chant de cette sirène qu’Harp va céder, et mettre son nez, entrainant celui de Leonard, dans le monde dangereux du crime organisé mexicain de la péninsule du Yucatan. Ils vont à peine avoir le temps d'apprécier la quiétude de Tulum.

  Un aigle vigilant près d'un embarcadère de Cozumel

Les personnages de Joe R. Lansdale sont toujours attachants, loin d’être des super-héros, ils sont plutôt des altruistes de l’aide sociale, des redresseurs de torts rendant service à des gens de leur milieu c'est-à-dire le commun des mortels, des gens humbles doté d’un pouvoir économique limité et donc n’ayant que peu accès à la police ou à la justice des tribunaux. Joe R. Lansdale est un chroniqueur de l’Amérique profonde, particulièrement des états du sud, ou le langage est pour le moins imagé et souvent grossier, parfois excessivement d’ailleurs. L’auteur choisi également ses méchants parmi les pires représentants de l’espèce humaine : personnages sombres en rupture totale, adepte de la violence aveugle, sans conscience ni morale ni foi ni loi, rongés par la drogue ou l’alcool, et se comportant comme les pires prédateurs. Ses représentants mexicains ont donc gachette et machette faciles, ont dotés des penchants sadiques à faire frémir, s’en prennent aux plus faibles, trafiquent sur tout et notamment sur les objets d’art mayas et distillent à chaque instant un machisme exacerbé.

Fidèles à leur tactique, Harp et Leonard finissent par corriger les vilains, y laissent des plumes et les victimes collatérales sont nombreuses. C’est du roman noir, pas de l’eau de rose. Les chairs y sont meurtries, et les cœurs, pourtant pas d’artichauts, aussi. A travers l’histoire des protagonistes mexicains, Beatrice et son père Ferdinand, le mafieux Juan Miguel et son sicaire, Joe R. lansdale dresse un court mais percutant portrait des oubliés du tourisme de Cancun, dont les retombées en espèces ne profitent pas à tout le monde, et des migrants qui passent la frontière pour aller glaner quelques dollars et les renvoyer au pays, histoire de partager un – minuscule- bout du rêve américain. La collusion entre certains scientifiques et universités avec la mafia locale pour se procurer des objets issus de fouilles archéologiques sans passer par les circuits officiels est un sujet assez peu abordé et donc original.

PhH

7 mai 2013

Le printemps de FOLIO aux couleurs du Mexique

Primavera mexicana. Rien à voir avec des révolutions politiques vues dans d'autres pays du monde , ni même d'une résurgence du mouvement Yo soy #132, emmené par les étudiants mexicains il y a un an. Ce printemps 2013 fleurit sur les livres dont les couvertures se parent de couleurs issues de l'imagerie mexicaine, calaveras, tequila, mezcal, falda floreada ...  Folio, les collections au format poche des éditions Gallimard publient plusieurs livres ayant trait au Mexique, que ce soit par l'auteur, le thème ou le titre.

Mexico noir, présenté par Paco Ignacio Taibo II
Ouvrage collectif d'Eugenio Aguirre, Óscar de la Borbolla, Rolo Díez, Bernardo Fernández, Víctor Luis González, F.G. Haghenbeck, Juan Hernández Luna, Myriam Laurini, Eduardo Monteverde, Eduardo Antonio Parra, Julia Rodríguez et de Paco Ignacio Taibo II.
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Olivier Hamilton.
Mexico, ville protéiforme et extravagante, gangrénée par la violence et la corruption, asphyxiée par la pollution, est au cœur de ces douze nouvelles. Flics pourris, narcotrafiquants, population métissée et apeurée, tous les éléments sont réunis pour faire de cette mégapole le théâtre de tous les crimes. 
(Présentation de l'éditeur). 

  Martini shoot, de F.G. Haghenbeck
Une enquête de Sunny pascal
(titre original : Trago Amargo)
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Juliette Ponce

Un zeste d’érotisme et de glamour, un soupçon de jalousie et de rivalité, une bonne mesure de soleil et d’humour, quelques gouttes de chantage et de spéculations immobilières, mélangez pour obtenir un cocktail explosif à déguster sans modération ! Sunny Pascal, détective privé et surfeur, doit assurer la sécurité pendant le tournage à Puerto Vallarta de La Nuit de l’iguane, le film de John Huston. Le casting réunit aussi bien Liz Taylor, Richard Burton, Ava Gardner que Deborah Kerr et Sue Lyon... Autant dire que, pour tenir le coup, Sunny va avoir bien besoin de quelques verres.
(Présentation de l'éditeur).

Vif comme le désir, de Laura Esquivel
(Titre original : Tan veloz como el deseo)
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Eugène Frédéric Illouz

« Ce qui m’émeut le plus dans les paroles, c’est leur capacité à transmettre de l’amour. Tout comme l’eau, les paroles se prêtent extraordinairement bien à la conduction du courant électrique. L’énergie amoureuse possède un énorme pouvoir transformateur, et mon père en avait à revendre ». En plongeant dans le passé de sa famille, Lluvia ressuscite une étonnante histoire d’amour. Celle qui unit Luca, d’origine bourgeoise, au télégraphiste Julio, capable de percevoir les pensées de ceux qui l’entourent. Pourquoi se sont-ils séparés ? Lluvia saura t-elle les réconcilier ?
L’auteur de Chocolat amer*, best-seller mondial, mêle le sourire aux larmes, la sensualité à la sensibilité. Elle nous offre, en hommage à son père, l’histoire d’une passion, entre tragédie et bonheur de vivre.
(Présentation de l'éditeur).
* : Como agua para chocolate, ndB

Tsunami Mexicain de Joe R. Lansdale

Une enquête de Hap Collins et Leonard Pine
(Titre original : Captains Outrageous)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Bernard Blanc

Que faire quand on vous donne 100 000 dollars? Pour Hap Collins et Leonard Pine, la réponse est évidente : une croisière entre potes au Mexique. Très vite leur voyage prend une tournure inattendue lorsque le Sea Pleasure lève l’ancre en les oubliant à Playa del Carmen... Est-il utile de préciser que les ennuis n’ont que faire des frontières? Dans le golfe du Mexique comme au Texas, les méchants, les mafieux, les flics véreux et les bagarres sont au rendez-vous.
Le boson et le chapeau mexicain, de Gilles Cohen-Tannoudji, Michel Spiro
sombreo de mariachi

30 avril 2013

Festival Colibris à Arles (13), le 29 avril 2013

Alberto Ruy-Sánchez et son traducteur Gabriel Iaculli étaient de passage à Arles ce 29 avril dans le cadre de la sixième édition du festival littéraire Colibris. Au cours de cette rencontre, on a pu apprécier l'enthousiasme d'Alberto Ruy-Sánchez, ses talents de conteur et la capacité qu'il a à transmettre ses passions. Passions pour l'écriture, la lecture, les cultures du monde et notamment sa ville de référence Mogador, où il situe 5 de ses romans (aujourd'hui Essaouira au maroc), mais sans oublier ses racines mexicaines, son goût pour le baroque (une civilisation non-aboutie selon lui) et les traditions populaires mexicaines.

Mais pour qu'un livre soit partagé par les lecteurs de toutes langues, encore fait-il qu'il soit traduit, et bien traduit afin de ne pas trahir l'esprit de l'auteur. C'est cet exercice difficile qu'a présenté Gabriel Iaculli. Afin d'être au plus près de l'écriture d'origine, il se rend régulierement au Mexique, rencontre souvent l'auteur, s'immerge parfois en cas de vocabulaire spécifique dans les ambiances décrites. Ainsi, lorsque Ruy-Sánchez parlent de poterie, Iaculli se rend chez un potier pour ressentir les mêmes sensations que lui. Afin de ne pas faire d'erreur en matière de végétaux, il s'est rendu dans divers jardins botaniques au Mexique notamment celui de Oaxaca.

Cette initiative de Colibris de présenter le traducteur, travailleur de l'ombre, s'est révélée passionnante et a permis de mettre à l'honneur ce maillon incontournable de la chaine littéraire. Il est vrai que Gabriel Iaculli, auparavant chercheur en science humaines et sociales est un artiste. Modeste, il hésite à défendre le fait de faires de nouvelles traductions. Pourtant, il reconnaît qu'elles sont parfois nécessaires, lorsque la prédédente est "mauvaise" dit-il. Il cite en exemple ses derniers travaux sur une traduction de l'oeuvre de Juan Rulfo. Le premier traducteur, méconnaissant la géographie et les climats du Mexique, a "fait pousser en plein désert" des expèces tropicales. De même, lorqu'il parle de "collines", la où se déroule le roman de Rulfo, il s'agit de montagnes, "parfois colossales". Autant de petits détails faussés ou perdus lorsque le traducteur n'est pas "habité" de la même flamme avec laquelle l'auteur a choisi ses mots et la façon de les assembler.

Gabriel Iaculli (à gauche), Alberto Ruy Sánchez (à droite)


La conférence s'est terminée sur une recommandation commune d'Alberto Ruy-Sánchez et Gabriel Iaculli, la lecture du livre de Myriam Moscona, écrivain mexicaine qui a obtenu le prix Xavier Villaurrutia en 2012 pour son roman autobiographique, Tela de sevoya.

Quelques informations sur Ruy Sanchez et Iaculli sur le blog du Collège des traducteurs.


La rencontre avait pour trame le dernier roman traduit par Iaculli de Ruy-Sánchez, A mon corps désirant.
Résumé éditeur (Galaad éditions) :
« Où le somnambule, fidèle à ses obsessions, s’efforce de réfléchir jusqu’au moment où il manque d’être assassiné par un mari jaloux et où il est question de magnétisme plus minéral qu’animal qui régit la vie des corps désirants. »
C’est l’heure où, à Mogador, le soleil prend les amants par surprise. Zaydoun va sur la place de la Conque, cœur volubile de la ville. Il est le conteur de Mogador, mais il passe insensiblement de la place à la page, et vice versa. Distrait à chaque instant par le souvenir vivace de Hassiba, il s’est lancé dans une œuvre portée par les cinq courants de force de la Hamsa, la main du feu.
Un homme est assassiné. Par qui ? Pourquoi ? À la place du corps est retrouvé un vase en terre cuite racontant la vie du défunt, qui n’est autre que Zaydoun. C’est alors que les fragments de son corps révèlent, entre rêves et souvenirs, sa quête obsessive du désir. Mais pourquoi Tarik le potier, artisan de l’amour et artiste aussi obsessionnel que passionné, a-t-il fabriqué cette céramique ? Quel est le lien secret qui unit les deux hommes ?
PhH

24 avril 2013

L'élixir du diable

Raymond Khoury
Editions Pocket, octobre 2012

Quatrième de couverture :
Mexique, 1741. Un missionnaire jésuite découvre l'existence d'une plante légendaire. D'après les croyances amérindiennes, quiconque s'en emparerait deviendrait l'égal d'un dieu. Entre de mauvaises mains, elle pourrait changer la face du monde. Etats-Unis, de nos jours. Sean Reilly, agent du FBI, reçoit un coup de téléphone d'une ex-petite amie, Michelle Martinez, rencontrée cinq ans auparavant lors d'une mission au Mexique. Attaquée chez elle par un gang, elle appelle Reilly à la rescousse. En Californie, le chemin de ce dernier ne tarde pas à croiser celui de Navarro, un baron de la drogue en quête d'une plante aux vertus mystiques. Surnommé« El Brujo »– le sorcier –, il est bien décidé à ne laisser rien ni personne lui barrer la route.
Le lien avec le Mexique est ténu. Malgré une couverture frappée du calendrier aztèque, d’un début d’histoire à Durango en 1741, le reste de l’histoire se passe quasi intégralement en Californie. Le Mexique n’est qu’un arrière plan. L’auteur fait intervenir un narco mexicain aux prises avec des agents du FBI, DEA, dans un thriller de facture ultra classique et un scénario bien connu, cette lutte transfrontière a été maintes fois explorée. La lecture est plaisante, la trame est parsemée, comme il se doit dans ce style de bouquin de références technologiques ultramodernes. Tout le monde suit tout le monde par l’intermédiaire de téléphones portables du dernier cri. L’originalité de Khouri est de nous faire suivre la piste d’une nouvelle drogue, inspirée par le peyotl des chamans Huicholes.

On pourrait discuter de la genèse présentée des cartels mexicains qui, contrairement à ce qui est écrit, ne sont pas simplement passé de « mules » à décideurs à la faveur des coups portés aux cartels de Colombie. Il est fait une rapide référence à la guerre menée par Calderon dès 2006 et du nombre impressionnant de victimes qu’elle a entraîné. Navarro, chef de Cartel a sa planque dans une ancienne hacienda de henequén, agave dont on tire le sizal, au Yucatan. Il est vrai qu’abandonnées à la fin du XIXe siècle, nombre de ces magnifiques demeures sont aujourd’hui reconverties en hôtels de luxe ou rachetées par de riches propriétaires.

On trouve au milieu du livre un passage inattendu dans lequel il est, rapidement, question des onzas (herpailurus yaguarundí), félins de la famille des pumas, répandus du Texas au Mexique dont l’espèce est menacée, notamment par le mur-frontière entre Usa et Mexique. La variété typiquement locale, jaguarundí carcomitli, avait été domestiquée par les civilisations préhispaniques.

La drogue que le narco cherche à synthétiser était depuis longtemps connues et utilisée par les chamans Wixáritarís, peuple autochtone de la sierra madre occidentale du Mexique, établis essentiellement sur les états actuels de Nayarit, Jalisco, Durango, Zacatecas et San Luis Potosi où se trouve leur sanctuaire de Wirikuta. De nos jours, les Huicholes accomplissent toujours ces rites liés au peyotl, comme le font aussi les Tarahumaras. Wirikuta est au centre de l’actualité depuis plusieurs années suite aux concessions accorées par le gouvernement mexicain à des entreprises minières canadiennes aux environs immédiats des terres sacrées. La protection de ce site est soutenue au Mexique par l’écrivain Elena Poniatowska, et relayée en France par le prix nobel de littérature Jean-Marie-Gustave Le Clézio.

Sur la fin, le livre passe dans une dimension quasi-fantastique avec une très improbable histoire de réincarnation et dans un dénouement aussi rapide que rocambolesque. La piste de la drogue découverte par le missionnaire jésuite se perd chez les Huicholes et les Lacandons, alors que ces deux peuples sont séparés de milliers de kilomètres, les Lacandons vivants, dans la jungle du Chiapas qui porte leur nom, la selva lancandona. L'auteur appuie son récit sur la réalité des nombreux voyages que des scientifiques pharmacologues ont effectué auprès des peuples premiers pour connaître et étudier les plantes dont ils se servent. Il passe par contre sur le fait qu'ensuite, nombre de brevets sur ces "découvertes" ont été déposés, dépouillant de fait leurs utilisateurs d'origine !

La lecture est agréable mais la construction de l’histoire, avec les incontournables ingrédients du style, est comme un petit vin primeur. Bonne attaque, agréable au palais mais qui reste sans longueur en bouche.

PhH

Pour en savoir plus sur les Huicholes et Wirikuta :
Frente en defensa de Wirikuta


 

15 avril 2013

Nombre de perro

Elmer Mendoza
editorial Tusquets, 2012

La última novela publicada del escritor sinaloense (México) Elmer Mendoza. Su personaje de Édgar “EL zurdo” Mendieta, detective policiaco, aparece por la tercera vez; El Zurdo Mendieta deberá investigar el asesinato de varios dentistas, el asesinato del amante de un Jefe de un Cartel al mismo tiempo que descubrirá que tiene un hijo (casi su gemelo) de 18 años. Al leer esta novela, podemos encontrarnos ligeramente perdidos entre la multitud de personajes, la ausencia de signos de puntuación, lo que nos conlleva a leer a un ritmo frenético, tratando de descifrar que personaje habla con quién. Es una particularidad del estilo de Elmer Mendoza, así es la vida que describe, todo va tan rápido puesto que hay que disfrutarla al máximo, ya que puede perderse con una sorprendente facilidad. Pero, los personajes están muy arraigados a su tierra, costumbres culinarias, a la familia y a los amigos. (Único atisbo de esperanza en este caos). Y más alládel trabajo de los profesionales se encuentran los sentimientos personales como el amor, el odio, la pasión. Finalmente, en esta sociedad, los políticos, policías, narcotraficantes, todos se conocen, son amigos, enemigos o tienen cuentas pendientes. Y es a través de esta maraña de relaciones que “El Zurdo” Mendieta tratará de resolver todos los casos que se le presentan.
Finalmente, no olvidemos que Elmer Mendoza es unao de lso primeros escritores mexicanos que comenzá a escribor acerca del narcotráfico en México. Arturo Pérez Reverte le dedicó su libro "La reina del Sur" puesto que se inspiró de la obra de Elmer Mendoza.

ROB

12 avril 2013

9e art, Mexique et vieux phylactères

Le Mexique est un pays qui suscite la curiosité, l’intérêt voire la fascination. Dès lors, il ne pouvait manquer d’inspirer les dessinateurs de bandes dessinées français puis de l’école franco-belge. Dès les premières créations dans les années 1920, on voit paraître des aventures mexicaines de héros de papier, précurseurs de Tintin, Spirou, Mike Blueberry, Lucky Luke, Achille Talon et bien d’autres, qui au cours de leurs existences vont faire un séjour ou un passage dans ce fabuleux pays. Le Mexique est une source d’inspiration de part son histoire riche d’époques variées, à commencer par celle qui a vu l’épanouissement des grandes civilisations précolombiennes Olmèques, Aztèques, Mayas, Toltèques ou Zapotèques, etc. Suit l’épisode moins connu mais qui a – d’une certaine façon rapproché la France et le Mexique – de l’intervention française (1861 – 1867) à l’instigation de Napoléon III. Cette intervention laissera au Mexique entre autres, le code civil français, l’héroïque bataille de Camerone (qui est presque mythe fondateur de la légion étrangère), et le cinco de mayo, jour anniversaire de la bataille de Puebla (5 mai 1862) qui reste une date importante dans le calendrier mexicain. S’ajoute la période révolutionnaire (1910 – 1920) qui va populariser à travers le monde des personnages hauts en couleurs comme Doroteo Arrango plus connu comme Pancho Villa, Emiliano Zapata, et les soldaderas aussi dénommées adelitas. Si l’on ajoute l’éloignement, un climat à la réputation chaude (même si dans les états du nord, les hivers sont parfois très froids), une végétation luxuriante (la jungle du Chiapas par exemple) ou des paysages désertiques où seuls poussent les cactus, cela contribue à faire du Mexique, vu d’Europe, un pays exotique. Cette histoire bouillonnante va être à l’origine d’une imagerie qui de temps en temps confinera au cliché. On verra souvent le Mexique représenté par les pyramides de Teotihuacán ou de Chichen-Itza, des cactus, des sombreros, des mariachis, des prêtres sacrificateurs, des révolutionnaires moustachus, des sarapes …
  
Entre 1921 et 1924, Louis Forton, créateur des Pieds-nickelés, les fait évoluer dans une jungle épaisse, coiffés de sombreros.
© Henri Veyrier

 
Dans Bibi Fricotin chez les Aztèques (dessin Pierre Lacroix, scénario Raymond Maric) en 1962, on aperçoit le sommet d’une pyramide.
© Société Parisienne d'Édition 1962 Lacroix/Maric
 


 

De décembre 1948 à juillet 1949, Joseph Gilain dit Jijé loue une maison à Cuernavaca, dans l’état de Morelos, à 70km de Mexico. Ces quelques mois auront beaucoup d’influence sur l’œuvre de Jijé. Il est à l’origine de Blondin et Cirage, Jean Valhardi, Jerry Spring et tous ces personnages vivront une aventure au Mexique. Jijé consacre un album de Blondin & Cirage à ce pays (Blondin & Cirage au Mexique). En 1952, les deux amis finissent leur histoire mexicaine au son d'un orchestre de mariachis, dansant le jarabe tapatio au milieu d'une foule dense et dans une ambiance survoltée.
© Dupuis 1952 Jijé

En 1959, dans l’album « L’affaire Barnes », Jean Valhardy va passer quelques jours à Cuernavaca.

© Dupuis 1960 Jijé

En 1964, avec Jerry Spring dans « El Zopilote », Jijé décrit le Mexique des westerns, des desperados, des peones, des cucurucucus paloma le soir autour du feu au son des guitares, avec son compagnon Pancho qui a un net penchant pour la sieste et le tequila (cliché !). Du nahuatl tzopilotl, un zopilote est un vautour noir (oragyps atratus). Dans l'album de jerry Spring, c'est le nom d'un chef de bande.
©Dupuis 1964 Jijé/Philip

 
Sylvain et Sylvette en route pour le Mexique (de Jean-Louis Pesch, album n°56) en 1962, survolent en dirigeable un paysage de cactus, montagnes avec dans le fond une pyramide rappelant celle de Palenque. Cet album sera suivi du n°57 (Caramba ! Un puma) dans lequel les jeunes enfants sont tous deux coiffés de sombreros.
©Fleurus 1962 Pesch, Jean-Louis 



En 1969, Hermann (dessin) et Greg (Scenario) publient Tonnerre sur Coronado (éditions du Lombard). Dans cette histoire de Bernard prince, la révolution mexicaine est sous-jacente, elle inspire les auteurs pour donner une ambiance de violence et d’instabilité, le tout teinté d’humour, comme Hergé l’avait fait avec Tintin dans « L’oreille cassée ». On remarque aussi dans cet album que le Mexique n’est pas expressément cité, l’action, fictive, se situe dans un pays imaginaire dont on sait juste qu’il est situé en Amérique Latine. C’est le cas de plusieurs publications : Tintin, Achille Talon avec Viva Papa, la Palombie où vit le Marsupilami de Franquin etc. Ces pays sont parfois situés par les auteurs en Amérique du sud, mais les décors utilisés, les éléments vestimentaires ou culturels sont des références directes au Mexique. 
©Le Lombard 1998 Hermann/Greg
 

En 1971, qui ne saute pas n’est pas mexicain. L’hebdomadaire Pif-Gadget, publication des éditions Vaillant, sort chaque semaine un numéro composé de quelques récits complets, d’histoires courtes, de jeux et de ce qui fait son originalité, un gadget. Le numéro 137 (4 octobre 1971), est accompagné de pifitos. Il s’agit en fait de pois sauteurs du Mexique. Ce sont des graines de sebastiana pavonia ou sebastiana palmeri, dans lesquelles le papillon cydia deshaisiana (carpocapse des euphorbiacées) a pondu. Le développement de la larve selon les conditions de chaleur et d’humidité va provoquer des mouvements de la graine, d’où le nom de pois sauteur. Les arbustes produisant ces graines se rencontrent dans les états mexicains de Sonora, Sinaloa, Chihuahua, Michoacan et Veracruz. C’est d'ailleurs à Veracruz que le record de saut aurait été observé : 5,4 cm selon la revue. Le pois sauteur est popularisé à grand renfort de sombreros, cactus, désert et chaleur. Ce numéro de Pif-Gadget sera commercialisé à plus d’un million d’exemplaires, un record. Le journal publiera ensuite plusieurs fois des numéros accompagnés de pifitos.

© editions Vaillant 1971 Arnal


Les guerriers aztèques sont plutôt réussis sur la couverture du Journal de Tintin n°1179 paru en 1971 dans un numéro consacré aux conquérants de l’Amérique dans un dossier de J. Torton et Lamylie.
©Le Lombard 1971 Torton


L’Homme du Mexique, de Sergio Toppi (dessin) et Decio Canzio (scénario), publié aux éditions Dargaud en 1979, est une vision historique de la révolution mexicaine. Pas de héros construit de toutes pièces, pas d’évènements ajoutés ou de digressions scénaristiques, les personnages de Toppi sont les personnages de la révolution. Il en donne une vision réaliste, populaire, indigène en insistant sur Emiliano Zapata, ses désirs de justice et de réforme agraire. Les dessins sont un hommage à tous ces petits propriétaires métis ou indiens qui apportent à la révolution un volet véritablement politique. Sur ce point, Toppi présente Pancho Villa comme un personnage plus brutal, dénué d’idéal, un soudard profitant des troubles pour se faire un nom et une fortune. Villa est d’ailleurs souvent présenté comme le côté obscur de la révolution mexicaine. Il faudra attendre 2012 et l’album de Leonard Chemineau (Casterman), « Les amis de Pancho Villa », adaption du roman de Carlos Blake, pour avoir un album qui lui soit dédié et donnant un portrait plus sympathique du centaure du nord. Le mauvais rôle est transféré sur les épaules de Rodolfo Fierro, général de la Division del Norte et surnommé el carnicero (le boucher).
 
©Dargaud 1979 Toppi/Canzio
 
 
Enfin, Dans les aventures de Martin Mystère, des italiens Alfredo Castelli et Giancarlo Alessandrini (Ombrax n°221, éditions Bonelli, diffusion Lug, 1984) ce dernier est au prise avec une prêtresse maya avec une pyramide en fond d’image. On remarquera l’erreur commise par les auteurs qui dotent la prêtresse d’une lame en acier alors que ces cérémonies sacrificielles se faisaient avec un couteau d’obsidienne. Cet album est suivi de « A l’ombre de Teotihuacan » dans un joyeux mélange des cultures précolombiennes.
©LUG 1984 Casertano, G/Castelli
   
Pour en savoir plus :

Amérique latine et bande dessinée :
Le site de Miguel Rojas

Sur Joseph Gillain dit Jijé :
Le site sur l'auteur

Sur les pois sauteurs du Mexique
Le blog pois sauteurs.com

Sur Sergio Toppi :
Le site des éditions Mosquito

Sur Rodolfo Fierro :
Le journal de Coahuila

Pour trouver ou retrouver des albums :
Le site de Bd Gest

Le Mexique dans la bande dessinée européenne :
La page de Casa Dely

PhH