6 mars 2017

Ni vivants ni morts

Federico Mastrogiovanni
Titre original Ni vivos ni muertos
Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry
Éditions Métailié, 09/02/2017

Depuis une dizaine d’années, on compte plus de 30 000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, l’onde de choc s’est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l’homme, ni les initiatives des familles n’ont suffi, dans ce cas comme dans d’autres, à faire apparaître la vérité – et encore moins à enrayer le phénomène. Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man’s land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l’atmosphère. Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l’angoisse interminable, les menaces, l’hypocrisie des autorités. L’enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu’à la possibilité d’une contestation. C’est le portrait sensible et effrayant d’un pays miné par la peur, où l’État piétine sciemment ses propres prérogatives – et les droits de ses citoyens –, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.


Ni vivants ni morts a reçu le prix PEN Mexico 2015 et le prix national du journalisme en 2015.

L'auteur
Federico Mastrogiovanni est un journaliste et documentariste né à Rome en 1979, qui vit au Mexique depuis 2009. Il travaille actuellement pour plusieurs magazines sud-américains, parmi lesquels Variopinto, Gatopardo, Esquire Latin America et Opera Mundi.

A propos du livre
Au Mexique, la nuit des ni morts ni vivants
Par François-Xavier Gomez (Libération, 22 février 2017)

L’Argentine de la dictature militaire (1976-1983) a comptabilisé, suivant les sources, entre 9 000 et 30 000 disparus ; le Chili de Pinochet, de 2 000 à 3 000. Au Mexique, en 2013, le ministère de l’Intérieur (source on ne peut plus officielle) chiffrait à 27 000 les personnes enlevées qui n’ont plus donné signe de vie. Dans un pays où beaucoup de délits ne sont pas dénoncés, par peur de représailles, par méfiance envers les autorités, il faut sans doute multiplier plusieurs fois ce nombre pour approcher la réalité. Le Mexique actuel ne correspond sans doute pas à la définition d’une dictature, malgré de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux, mais il montre les caractéristiques d’un pays en guerre. Telle est la conclusion accablante du livre reportage de Federico Mastrogiovanni.

Qui sont les victimes de ces disparitions ? Des migrants, proies faciles qui tentent de gagner les Etats-Unis, des militants des droits humains, des défenseurs de l’environnement, des journalistes… Et toute personne qui a eu le tort d’être le mauvais jour au mauvais endroit.

Ces exactions, les médias (dont Libération) les relatent avec constance depuis des années. Là où le journaliste italien va plus loin, c’est dans sa désignation des responsables. Le trafic de drogue n’est, selon lui, qu’un rideau de fumée, le véritable donneur d’ordres des enlèvements et des assassinats est l’armée, dans le but de créer un « haut niveau de terreur » et faire taire quiconque s’oppose à l’exploitation minière, notamment le gaz de schiste.

Lire l’intégralité de l’article sur Libération

 


 

19 février 2017

Dans les griffes de Salm-Salm


Sauvage tome 2
Scénario : Yann - Dessin : Félix Meynet
Éditions Casterman, 01/2017


En 1864, le Mexique est en partie occupé par un corps expéditionnaire français. Engagé au sein de l’armée impériale du Mexique, le sous-lieutenant Félix Sauvage poursuit sa quête de vengeance contre le marquis de Trazegnies, lui-même commandant de cavalerie au sein de l’armée impériale du Mexique et responsable du sort de ses parents. Mais sur sa route se dressent d’autres intrigues qui le dépassent et auxquelles il se trouve mêlé. Après la mort de leur frère Honoré engagé dans le corps expéditionnaire, sa sœur Clémentine Sauvage, femme d’honneur et de caractère, décide de s’engager sur le champ comme cantinière au Mexique. Il lui revient à elle, avant Félix, de venger leurs parents. Mais un an plus tard, c’est Félix qui se retrouve dans l’armée française au Mexique, tenant sa sœur pour morte, avec le devoir d’honorer la vengeance. Il y découvre les méthodes atroces du colonel Dupin, chef du l’escadron de contre-guérilla, qui fait exécuter ses prisonniers en faisant galoper des chevaux sur leurs têtes dépassant de terre. Il reçoit comme une échappatoire à cette barbarie la mission d’aller porter son bâton de maréchal au commandant Bazaine. Au cours de cette mission, Félix se rend compte qu’il était poursuivi par Agnès de Salm-Salm, qui nourrit de son côté un tout autre dessein, l’évasion de son mari, prisonnier des mexicains.
Le premier titre retenu pour ce tome 2 était « Le spectre de Chapultepec ». Voir la fiche du tome 1.

© Casterman - Dupin, en uniforme mexicano-hongrois et ses méthodes expéditives

Sauf sur le plan militaire et la célèbre bataille de Camerone, l’intervention française au Mexique (1861-1867), se solda par un fiasco que les livres d’histoire évoquent peu. Le scénario de Yann, sur trame de fond de vengeance familiale, mêle avec succès aventure, exotisme, western et romance. Avec Félix Meynet au dessin, la griffe artistique est maîtrisée et aboutie, avec une très haute exigence concernant les uniformes, vêtements et les décors. L’ambiance graphique qui en résulte est une indéniable réussite.
© Casterman - Les uniformes très fidèlement dessinés par Meynet
L’album évoque aussi le Colonel Charles Dupin, personnage historique pittoresque qui, à la tête de sa troupe de contre-guérilla, laissa un mauvais souvenir au Mexique. Après la prise d’Oaxaca, les militaires furent envoyés combattre au nord du Mexique, là où la guérilla était la plus virulente. Le corps expéditionnaire n’était pas habitué à lutter de cette manière : lorsque les rebelles étaient en position de force, ils attaquaient, dans le cas contraire, ils fuyaient. En outre, ils avaient des chevaux, ce qui n’était pas le cas des Français. Afin de lutter contre cette stratégie, se mit en place la contre-guérilla du colonel Dupin : une troupe d’hommes du pays, connaissant le terrain sur lequel ils s’aventuraient, équipés de chevaux, agissaient en marge de l’armée française. Les exactions de Dupin sont restées dans la mémoire collective mexicaine dans les régions où il a sévi (états de Veracruz, Puebla, Oaxaca). Il arrive encore aujourd’hui que les enfants turbulents soient menacés de la venue d’el Dupin (prononcer doupine), comme on le ferait en France avec le croquemitaine.

Le colonel Dupin au Mexique

Son portrait est dressé dans plusieurs ouvrages (extraits) :

- Charles est un officier français, baroudeur-buveur-joueur-pilleur-violeur, qui participe aux expéditions impérialistes. Depuis peu, Dupin commande une unité de contre-guérilla chargée de tenir à distance les Mexicains libéraux et les bandes de brigands qui sévissent dans les basses terres. Disposant d’une troupe bigarrée d’environ 150 cavaliers, parmi lesquels des Indiens prêts à se livrer à des exactions moins pour combattre les libéraux du président Benito Juárez que pour terroriser les populations et faire le vide autour de lui, l’intellectuel baroudeur Dupin – surnommé la « hyène de Tamaulipas » par les Mexicains – pense parvenir à rétablir la sécurité en recourant à une technique d’engagement inédite qui fait une large place aux méthodes expéditives de l’adversaire, parmi lesquels brigandage et cruauté le plus souvent gratuite figurent en bonne place. De plus, les légionnaires ont subi des conditions de détention sévères : les exactions du colonel Dupin ne pouvaient qu’exaspérer la population civile et les soldats réguliers et irréguliers de l’Etat de Veracruz qui ainsi vengeaient leurs morts.
(Camerone - 30 avril 1863, André-Paul Comor, Tallendier, 2012)


- Le Mexique ne pouvait que tenter un pareil caractère, et il s’engagea d’abord dans les troupes mexicaines. Mais Forey, puis Bazaine, séduits par sa personnalité et son efficacité, lui confièrent l’organisation de la contre-guérilla dans les Terres chaudes où sa science du terrain, sa technique de l’engagement et son peu de respect pour les règles classiques de la guerre firent merveille. Au grand dam des généraux, il ne dépendait que du commandant en chef qui lui avait donné carte blanche. Sa bande de soldats-brigands qui lui étaient tout dévoués et lui-même avec sa grande barbe, son uniforme mexicano-hongrois éclatant et bizarre et son pistolet dans la ceinture, furent bientôt connus de toute l’armée, et ses colonnes infernales, redoutées des libéraux. Sur les territoires qu’il contrôlait, il signait les décrets « gouverneur Charles Du Pin ». Ses méthodes étaient expéditives. Il multipliait les coups de main, exécutait les prisonniers, brûlait les villages soupçonnés de connivence avec les juaristes, éliminait les civils suspects. Il ne faisait pas de quartier et les actes de cruauté ne le rebutaient pas. Sa tête fut mise à prix pour 100 000 francs, en vain. Dans le même temps – car l’homme était complexe – il écrivait de tendres lettres à sa nièce qui aurait voulu l’épouser si seulement ses parents y avaient consenti, et il dira lui-même : « J’ai fait une guerre atroce ». Remis en activité hors cadre, il avait été fait commandant de la Légion d’honneur et cité à l’ordre du corps expéditionnaire. Mis en cause par l’empereur Maximilien, et par ses pairs à la fois jaloux de ses résultats et réprobateurs des moyens employés, le « monstre » des Terres chaudes, le « diable rouge » fut renvoyé en France en avril 1865 et remplacé par le capitaine Ney d’Elchingen. Une enquête sur ses agissements aboutit à le laver d’accusations de détournements de fonds et il revint au Mexique en janvier 1866. Cette fois, Bazaine refusa d’obéir à Maximilien furieux de son retour et déclara à l’intéressé : « Je serais trop heureux d’avoir beaucoup d’officiers de votre trempe. » Mais l’affaire Du Pin, qui fit grand bruit, illustra pour tous des deux côtés de l’Atlantique, les conditions pénibles et les moyens discutables de l’intervention, et Du Pin finit par être remplacé.

(Dictionnaire du Second Empire, Dupin Charles-Louis, Fayard, 1995)


Pour en savoir plus :
L'expédition du Mexique sur Histoire du monde
Dupin le chacal sur le blog de Claire Grube
Médaille de la campagne du Mexique
PhH

4 février 2017

Gabacho

Aura Xilonen
Titre original Campeón gabacho
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine
Collection Littérature étrangère
368 pages, 22 euros
Éditions Liana Levi, 19 janvier 2017

Liborio n’a rien à perdre et peur de rien. Enfant des rues, il a fui son Mexique natal et traversé la frontière au péril de sa vie à la poursuite du rêve américain. Narrateur de sa propre histoire, il raconte ses galères de jeune clandestin qui croise sur sa route des gens parfois bienveillants et d’autres qui veulent sa peau. Dans la ville du sud des États-Unis où il s’est réfugié, il trouve un petit boulot dans une librairie hispanique, lit tout ce qui lui tombe sous la main, fantasme, rencontre l’amour, et finit par devenir champion de boxe. Son récit, mené tambour battant, est tissé de souvenirs qui dessinent un parcours chaotique aussi douloureux qu’hilarant. Roman picaresque moderne, Gabacho raconte l’histoire d’un garçon à la recherche de son identité. D’un quasi illettré qui dévore le dictionnaire et des livres savants. D’un jeune Mexicain qui découvre un monde qui ne colle pas avec sa culture natale et qui tente de se l’approprier, à coups de poing et de mots. Mêlant images poétiques, argot ancien et actuel, ingleñol et néologismes, ce roman à l’écriture ébouriffante propose une expérimentation drôle et inventive du langage.

A l’heure ou on parle de plus en plus d’un mur entre les Usa et le Mexique, ce livre prend une dimension nouvelle.


Gabacho est un terme dérivé de l’occitan qui, à l’origine, désignait les Français pour les Espagnols. Mais au Mexique, il est très vite devenu synonyme de « gringo », c’est-à-dire toute personne américaine ou venue du Nord et parlant mal l’espagnol. Par extension, le « Gabacho » est aussi pour les Mexicains une façon de nommer le territoire américain. Liborio, le protagoniste du roman, tente de se convertir en gabacho en migrant de l’autre côté de la frontière.



La chronique de PhH
Liborio est un jeune indien mexicain qui est né et a grandi dans la douleur. Il n’a pas connu sa mère et est élevé à la dure pas une tante. Il choisi de quitter son pays pour aller de l’autre côté du Rio Bravo. Passage difficile ou il risque sa vie, avant d’être à la merci de la migra. Finalement, il arrive à décrocher un emploi dans une librairie dans une ville du sud des États-Unis. Son quotidien est fait de violences, physiques avec les racailles du quartier, verbales face à la rudesse de son employeur. Jusqu’au jour, ou en défendant une jolie fille de son quartier, il est repéré par plusieurs personnes, une journaliste, un entraineur de boxe, une âme charitable qui gère un foyer pour les jeunes en rupture et surtout par celle dont il est amoureux. C’est l’éclosion d’un papillon. Liborio découvre un autre monde dans lequel il ne subit plus mais ou il choisit. Il se met à dévorer des livres alors qu’il sait à peine lire, il devient le héros du foyer, de celle qu’il sauve des voyous, de la journaliste impressionnée par le nombre de vues qu’il suscite sur Youtube, il inspire le respect aux autres boxeurs par la phénoménale puissance de ses poings, et même son patron le regarde d’un autre œil.

Le style d’Aura Xilonen est d’une grande originalité, tout en coups secs, vifs et tranchants comme ceux que distribue Liborio. En même temps, il est empli d’une poésie brutale comme celle qu’à pu exprimer François Villon, poète fasciné par les bas-fonds. Les personnages sont truculents, tel ce libraire qui, derrière un langage de charretier semble cacher une certaine compassion pour le gamin qu’il emploie et exploite. On pense à une version terrestre, moderne et urbaine du Capitaine Haddock qui aurait mis à jour son chapelet de jurons chez les électeurs de Donald Trump. A chaque page, une métaphore lie l’environnement du quotidien à une image inattendue pour former un attelage réjouissant. Alors que le roman se passe chez les oubliés du rêve américain, émigrés latinos, petits-blancs déclassés, gosses des rues, exclus des prestations sociales, l’auteur réussi l’écriture d’un hymne à la vie, à l’espoir, à la solidarité, ce qui rend un futur meilleur envisageable. Les sentiments amoureux naissants que Liborio découvre et dont il goute les prémices arrondissent les angles aigus contre lesquels la vie le cogne, et les émotions qui le transpercent le maintiennent constamment en alerte. L’exploit d’Aura Xilonen est dans l'utilisation soutenue d’un langage argotique voire grossier, sans jamais tomber dans la lourdeur ou la vulgarité, ou les passages crus sont immédiatement adoucis par les constructions allégoriques savoureuses. La fréquence des figures de style, zeugmas, oxymores ou hyperboles, apporte une constante note d’humour alors que les situations vécues par Liborio sont la plupart du temps tragiques. La présence de termes issus de l’espagnol du Mexique et du nahuatl complète une écriture déjà riche. Il faut saluer le travail phénoménal de Julie Chardavoine qui a traduit le texte, restituant un écho aussi limpide que fidèle au talent de l’auteur.

Le lozérien que je suis a d’abord eu le regard attiré par le titre. Gabache est le terme vaguement péjoratif utilisé par les gens des plaines du sud de la France pour désigner les montagnards du Massif-Central. Certains relient aussi gabache à gabale, peuple celte de la province du Gévaudan, qui deviendra par la suite le département de la Lozère, où il resterait d’ailleurs quelques indiens, frères de race de Liborio.

Derrière ce titre se cache un ouvrage décoiffant, rafraichissant et qui pique les yeux, comme le premier vent du nord de l’automne quand il secoue les chênes de la Margeride.


L’auteur
Aura Xilonen est née au Mexique en 1995. Après une enfance marquée par la mort de son père et des mois d’exil forcé en Allemagne, elle passe beaucoup de temps chez ses grands-parents, s’imprégnant de leur langage imagé et de leurs expressions désuètes. Elle a seulement dix-neuf ans lorsqu’elle reçoit le prestigieux prix Mauricio Achar pour son premier roman, Gabacho. Aura Xilonen étudie actuellement le cinéma à la Benemérita Universidad Autónoma de Puebla.

Source : Editions Liana Levi
En savoir plus sur le livre et l’auteur.


Les chroniques se suivent et se ressemblent, étonnant !

Une plume pour les migrants dans La Croix (janvier 2017)
Une écriture brillante pour Le Figaro (janvier 201)
La revanche du  " wetback " sur Médiapart (janvier 2017)
Coup de cœur littéraire de la FNAC (janvier 2017)
Aura Xilonen, prodige mexicaine des lettres sur l'Express  (février 2017)
L'article enthousiaste de Daniel Jacob sur Bibliobs. (février 2017)
L'avis de Cannibales lecteurs (blog) (février 2017)
Toutes les langues du Mexique, dans l'Humanité (février 2017)
Un fabuleux (clan)destin dans Elle (février 2017)
Laissez-vous emportez par une tornade, dans Actu du noir (février 2017)
Une véritable révélation : le mur d'Aura Xilonen sur Nouveaux Espaces Latinos (mars 2017)
Une belle révélation des lettres mexicaines, Dealer de lignes (mars 2017)
Des murs pas encore construits que les mots ont déjà le pouvoir de fracasser, La Vie, (mars 2017)


Premio Mauricio Achar Literatura Random House 2015 Aura Xilonen, en un "ingleñol" que sorprende, narra los problemas sociales, el miedo, la soledad, pero también el amor al que los migrantes se enfrentan en un país del que siempre serán expulsados. Y entonces se me ocurre, mientras los camejanes persiguen a la chivata hermosa para bulearla y chiflarle cosas sucias, que yo puedo alcanzar otra vida al putearme a todos esos foquin meridianos. Al fin, nací muerto y no tengo ni pizca de miedo. Así habla Liborio. De esa forma piensa. Él debe dejar México, esa tierra que no le ha ofrecido nada más que golpes y el instinto de sobrevivencia, tras un asesinato imprudencial. Cruza, como tantos otros, el Río Bravo para llegar "a la tierra prometida". Y en un barrio indefinido de cualquier ciudad gringa, este mojado nos cuenta su historia. Gracias a los recuerdos y a la voz de Liborio descubrimos una infancia desnutrida, abandonada, y una juventud en la que ya no importa arriesgar todo. Él empieza trabajando en una librería donde descubre la inutilidad de las palabras; después conoce a la mujer con la que fantaseará hasta llegar a la obsesión; y finalmente encontrará un camino en el que, tal vez, consiga salvarse: será un boxeador. La vida de Liborio es deslumbrante por el lenguaje con el que está hilvanada y el cual demuestra, a su vez, resistencia y fascinación.


El articulo de Carlos Paul en  La Jornada en 2016.

22 janvier 2017

Desperados Housewives

Améziane (scénario)
Sybille Titeux (dessin)
édition Jungle, 01/2017 - 44 pages


Fiche de l'éditeur
L’histoire se passe au Mexique en 1911 en fin de dictature de Porfirio Díaz, dans le petit village de Tetecala dans la région de Morelos, non loin de Mexico.

Cette famille vit dans une dynamique traditionnelle : les hommes sont machos et les femmes s’attèlent aux tâches ménagères ainsi qu’à l’éducation des enfants… mais plus pour très longtemps.

Portées par le vent nouveau de révolution qui approche, les trois sœurs Delfina, Pandora et Maria prennent les choses en main et décident de remplacer leurs maris lors de braquages de banques. Avides de sensations fortes, elles manieront l’art du déguisement, apprendront à tirer, et trouveront grâce à leurs voisines alibis et cachettes.

Les hommes de la famille ont bien du souci à se faire !

" J'habite une maison dans la région du Morelos, près d'une pyramide très ancienne "
C'est donc très probablement la pyramide de Xochicalco

Ce sont de drôles de dames qui font leur entrée au bal des bulles et des cases. Les sombreros sont de la partie et les sombres… idiots, aussi. Oh, ce n’est pas tant qu’ils soient méchants, Fausto, Tadeo et Dante, mais ils pourraient être plus délicats dans leur rapport aux femmes. Et Pandora, Delfina et Maria, trois soeurs, passent leurs temps entre les casseroles, le ménage et les lessives pendant que leurs hommes mènent la grande vie avec l’argent braqué dans les banques. Mais, au pays des cactus, telle l’eau qui les gorge, la révolution féminine et féministe va peu à peu monter... [lire la suite de l'article sur le site Branchés culture]

Le cactus généalogique de la famille

Les auteurs
Né au début des années 70’, nourri aux comics de Frank Miller et aux films de Bruce Lee et Sergio Leone, le tout bercé par les rythmes de la Soul des années ’66/76’, Améziane se lance dans la bande dessinée en 2001. Il travaille  sur l’adaptation en BD du roman Cuatro Manos en compagnie de Paco Ignacio Taibo 2, son romancier préféré.

Née en 1971, Sybille Titeux  rentre à 22 ans à l'École Supérieure Nationale des Arts Décoratifs, où elle pratiquera tant le dessin que la sculpture la photo, la vidéo ou encore la gravure : elle obtient son diplôme en 1999 en spécialisation illustration. Passionnée de littérature, l’écriture est désormais son activité principale.

Le président Porfirio Díaz, francophile, n'était pas aussi méchant que ça.

PhH

11 janvier 2017

Camerone

Avril 1863
Scénario : Thierry GLORIS - Dessin : Joël MOUCLIER
Collection Champs d'honneur
éditions Delcourt - 01/2017
 

Résumé de l'éditeur
La bataille dite de Camerone (30 avril 1863) correspond au massacre d’une poignée de légionnaires retranchés face à une armée mexicaine déchaînée. Relativement obscur et secondaire à l’époque, cet engagement de quelques dizaines de personnes deviendra un mythe pour la légion étrangère. Il est perçu comme la quintessence de l’esprit guerrier et du sacrifice ultime face à la parole donnée.


L'histoire
Dès l’enfance Jean Danjou avait choisi le métier des armes. Devenu officier il choisit la jeune Légion Étrangère. Danjou est blessé et perd la main gauche. Il portera une prothèse en bois. Napoléon III a des ambitions territoriales et politiques. L’Italie ensuite et Magenta en 1859. Et puis il y aura le Mexique et Maximilien qu’impose la France. Ce qui provoque une guerre sans merci faite de guérillas et d’embuscades. Il faut que la route de Puebla reste ouverte pour acheminer artillerie et ravitaillement. La Légion est là en protection jusqu’à ce mois d’avril 1863 où la 3e compagnie du 1er Étranger tombe sur les milliers de Mexicains du coronel Milan et se réfugie dans l’hacienda de Camerone (Camaron de Tejapa - Puebla) fixant l’armée ennemie, empêchant que le convoi français vers Puebla soit anéanti. Le capitaine Danjou et ses 60 légionnaires ne se rendront pas.

Ce fait d'armes est devenu légendaire et est perçu comme le véritable combat fondateur de la Légion. La fête de Camerone, tous les 30 avril est d'ailleurs la fête de la légion. Une prise d'armes a lieu chaque année sur les lieux du combat, pendant laquelle l'armée mexicaine rend les honneurs aux légionnaires et soldats tombés ce jour la.

Le monument actuel au Mexique


Extrait du récit officiel :
Les soixante hommes du capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout leur serment. Pendant 11 heures, ils ont résisté à deux mille ennemis, en ont tué trois cents et blessé autant. Ils ont par leur sacrifice, en sauvant le convoi, rempli la mission qui leur avait été confiée.
L’empereur Napoléon III décida que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment Etranger et que, de plus, les noms de Danjou, Vilain et Maudet seraient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à Paris.

Ils furent ici moins de soixante opposés à toute une armée, sa masse les écrasa. La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats Français le 30 avril 1863.
Carte postale de la fin du XIXe siècle
Les soldats mexicains relevant les légionnaires blessés

 

Lire aussi sur ce blog l'article sur Camerone

28 novembre 2016

FRIDA

Benjamin Lacombe
Sébastien Perez

éditions Albin Michel, 11-2016

L’une des plus grandes figures de l’art mexicain du XXe siècle inspire Benjamin Lacombe et Sébastien Perez pour leur nouvelle collaboration.
Pour lui rendre hommage, Benjamin Lacombe propose une immersion inédite dans le processus créatif de l’artiste. Une succession de pages découpées et un texte poétique nous entraînent dans les profondeurs de l’âme de Frida Kahlo. À la manière d’un recueil de pensées, le livre explore les thématiques qui sont chères à Frida : l’amour, la mort, la terre, les animaux…
Sébastien Perez insère dans son texte des phrases extraites des correspondances de Frida pour restituer de la façon la plus sincère et vraie ce que l’artiste ressentait « par-devers elle et face à elle ».

Un superbe album à la construction originale, pour faire découvrir l'univers de Frida Khalo aux enfants et aux plus grands, à travers sa vie tourmentée et tumultueuse, les tableaux composant son œuvre conditionnée par son état de santé fluctuant, et son environnement apaisant dans la casa azul à Coyoacan.

Voir la fiche de l'album sur le site d'Albin Michel
Le site de Benjamin Lacombe
La biographie de Sébastien Pérez
Le trailer de l'album


PhH

20 novembre 2016

JUAREZ - Spectacle chorégraphique - débat

JUAREZ

La ville qui tue les femmes

Vendredi 25 novembre – 21h
Samedi 26 novembre – 19h

ENTREE LIBRE


Le Trioletto accueillera les 25 et 26 novembre 2016 un spectacle chorégraphique de la Cie Lasart qui se concentre sur le ressenti des femmes de Juarez. Et parce que la danse ne peut pas tout dire de cette réalité complexe, le spectacle est suivi d’un débat. Le 25 novembre est également la journée internationale pour l’élimination des violences faites au femmes.

Marc Fernandez
Journaliste, Marc Fernandez a longtemps été chargé de suivre l’Espagne et l’Amérique latine pour Courrier International. Il est l’auteur avec Jean-Christophe Rampal du livre « La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez », publié en 2005 aux éditions Hachette. Ils ont réalisé ensemble sur le même thème le webdocumentaire.


 

13 novembre 2016

La file indienne

Antonio Ortuño
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Marta Martinez Valls
éditions Christian Bourgeois
11 - 2016

Irma, assistante sociale à la Commission nationale de migration (Mexique), doit annuler ses vacances à Disneyland avec sa fille pour aller s'occuper d'un groupe de migrants victimes d'une violente agression à Santa Rita. Que lui réserve ce voyage inattendu ? Pourra-t-elle venir en aide à Yein, une jeune Centraméricaine qu'elle prend sous son aile ? Quelles sont les réelles intentions de Vidal, son collègue ? Joël Luna, un journaliste ambitieux, est-il si honnête qu'il y paraît ? Et enfin, qu'en est-il de son ex-mari ? 

La File indienne est un polar dont l'intrigue évolue en enfermant l'héroïne dans un huis clos où les frontières entre le bien et le mal se délitent progressivement.


Un albergue, en el que permanecen algunos migrantes centroamericanos luego de huir de los abusos de sus transportadores, es víctima de un ataque sorpresa. Se cierran bien las puertas y se lanzan bombas hechas en casa para provocar un incendio que cobra muchas vidas. Es por este atentado que llega una funcionaria, Irma, a Santa Rita, el pueblo que será el escenario de la historia. Irma, la Negra, es una de esas mujeres sensibles y acomplejadas que consideran, como parte de su deber y sin importar las consecuencias, salvar a alguien en apuros. Es así como se relaciona con Yein, panameña víctima (en varias ocasiones) de violencias y atentados, personaje enigmático, sediento de venganza, que moverá los nudos de la historia. Leer la reseña de Alicia Escarcega Freixas.

L'auteur
Né près de Guadalajara (Mexique) en 1976, Antonio Ortuño est considéré comme l'un des écrivains mexicains les plus prometteurs. Auteur de plusieurs romans lui ayant valu différentes distinctions ainsi que de recueils de nouvelles, Ortuño s'intéresse surtout à l'actualité politique de son pays. L'ensemble de ses récits porte sur la corruption ou la tension qui règnent au Mexique.

Source éditions Christian Bourgeois